La guerre secrète du K.G.B.

mercredi 10 novembre 2010
par  syagrius
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Au sortir de la Seconde guerre mondiale, les sacrifices consentis par les 2 grands et la nature avant tout idéologique de leur opposition excluaient (a priori) un conflit militaire frontal. De plus, sans être totalement écarté, le recours à la diplomatie s’avéra rapidement d’une efficacité limitée. Les USA et l’URSS se trouvaient ainsi dans une situation à mi-chemin entre guerre et paix… et, personnage occulte par définition, l’espion était tout désigné pour se glisser dans cet espace ambigu. La " guerre froide " fut donc avant tout une guerre d’espions.

 1)L’avance initiale des Soviétiques.

Dès 1920 ,Félix Dzerjinski, chef de la sanguinaire Tcheka (ancêtre du KGB), crée un département étranger. Communément appelé I.N.O, ce service se révélera d’une redoutable efficacité sur le sol américain lors de l’Entre-deux-guerres : il était parvenu à infiltrer l’appareil scientifique américain et le Département d’Etat. Lorsque les Etats-Unis rentrent en guerre en décembre 1941, son armée et son industrie d’armement deviennent les cibles principales de l’INO (on est jamais trop prudent…). On estime d’ailleurs de nos jours que la suppression de l’OSS (agence de renseignement de l’armée américaine) en septembre 1945 fut en partie dû au fait qu’elle était noyautée par les Soviétiques. D’ailleurs [petite histoire amusante] lors de la conférence de Yalta, Roosevelt annonce à Staline que les USA possèdent la bombe atomique or ce dernier ne réagit pratiquement pas… Roosevelt pense qu’il n’a pas compris l’enjeu stratégique et l’avance américaine, il s’empresse de raconter l’anecdote à ses conseillers hilares… en fait, Staline est au courant depuis le début de leur programme nucléaire en 1942 et les ingénieurs soviétiques copient consciencieusement les découvertes de leurs confrères américains (qui font trop confiance aux femmes de ménages ou à leurs charmantes maîtresses au charme slave…).

 2) La grande époque du recrutement idéologique.

Des années 30 jusqu’aux années 50, les recrutements d’espions ( pardon, d ’ " honorables correspondants ") aux USA se feront surtout sur une base idéologique. Des ouvriers et des intellectuels trahissent leur pays par sympathie pour le communisme (il est intéressant de remarquer qu’ Andropov, qui dirigea le KGB durant plus d’une décennie, les qualifiait de " merdes idéologiques ") .

On peut prendre l’exemple de Kim Philby, un anglais d’origine bourgeoise, mais marxiste convaincu et en poste à Washington de 1949 à 1951, qui fournira aux soviétiques tous les détails sur l’opération " Valuable " de la CIA. Cette dernière voulait parachuter des commandos américains et des opposants en Albanie pour y créer des maquis et renverser le régime communiste d’Enver Hoxha… face à des échecs répétés, elle y met fin en 1953. En fait, les informations de Philby avait permis au KGB de prévenir les albanais et ces derniers se contentaient de rafler les parachutistes dès leur arrivée sur le sol puis émettaient les messages convenus (merci Philby et la torture !) pour dire que tout était OK et attendaient le second largage, raflaient de nouveau, etc. Bilan : 300 disparus.

Comme autres recrues idéologiques du KGB, on peut citer Hugh Hambleton qui, à partir de 1951, lui fournira des documents " très secret défense " de l’OTAN, mais aussi Robert Lee Johnson, un officier de l’USAF qui lui révélera l’emplacement des lieux de stockage des têtes nucléaires américaines en Europe.

 3)L’appui des " pays frères ".

Lorsque l’URSS " libère " l’Europe de l’Est en 44-45, elle s’empresse de mettre les partis communistes locaux au pouvoir et d’écraser les autres forces politiques. Elle se forme donc un glacis défensif contre les pays occidentaux et ces " républiques-sœurs " (on est très famille dans le jargon communiste…lol) verront leurs organes de sécurité calqués et soumis au KGB. Ce dernier accroît ainsi considérablement sa puissance et son stock d’espions. De plus, il jouera la carte des affinités nationales pour mieux infiltrer l’Occident (les " officiers traitants " en RFA seront plutôt des Allemands de l’Est, en France on envoi plutôt des Polonais, etc).

Par exemple, en 1955, les services est-allemands réussissent à recruter Günter Guillaume, homme politique ouest-allemand convaincu que l’Allemagne doit se réunifier. Il deviendra un des hommes de confiance du chancelier Willy Brandt (et provoqua sa chute en 1974 lorsque l’affaire fut connue). Il n’aurait jamais travaillé pour le KGB et ne s’intéressait qu’au bien de l’Allemagne, mais ses informations finissaient avant tout à Moscou…

 4)Le K.G.B s’implante dans le Tiers-Monde…

L’URSS comprend l’importance stratégique des pays du Tiers-Monde dès le début des années 50 (avant les USA) et soutiendra activement la décolonisation. Bien évidemment le KGB est aux premières lignes pour aider les mouvements luttant contre les colonisateurs européens (fournitures d’armes et de renseignements, envoi d’instructeurs militaires, etc) ce qui assurera une bonne place à l’URSS dans certains pays nouvellement décolonisés.

Ainsi, L’URSS se rapproche beaucoup de Fidel Castro et Cuba deviendra un merveilleux porte-avion soviétique contre les USA. Outre la célébrissime " crise des fusées " de 1962 (L’URSS ayant discrètement implanté des missiles nucléaires pointés vers le sol américain), on peut citer le gigantesque centre d’écoute de Lourdes (sud-ouest de la Havane, une des zones militaires la plus secrète au monde) mis en place par le KGB au début des années 60. A partir de ce centre, le KGB (et de nos jours, le FSB, service de renseignement de la Fédération de Russie) peut capter n’importe quelle communication électronique américaine et déceler les sous-marins de l’US Navy tapis au fond du Golfe du Mexique ou longeant Cuba, la Floride et les Bahamas.

De même, le KGB recrute à la fin de années 50 Samir Sharaf, conseiller de Nasser et futur responsable des services de renseignements égyptiens (une recrue de choix lorsque l’on connaît l’importance stratégique du Proche-Orient).

Les sympathies pro-soviétiques du pouvoir en Inde permettra aussi au KGB de lancer de grandes opérations dites d’ " agit-prop " (agitation et propagande) contre les USA. Ainsi en 1968, le Bombay Free Press Journal publiait une lettre soi-disant écrite par un officier des Marines (avec des preuves d’authenticité) accusant les américains de mener une guerre bactériologique et chimique au Vietnam. Cette lettre fut reprise dans le monde entier. En fait, il s’agissait d’un faux écrit par le KGB et fourni aux services secrets indiens. De même, le KGB utilisera de nouveau l’Inde lorsqu’il s’efforcera de lancer la rumeur selon laquelle le virus du sida aurait été crée par l’armée américaine.

Toutefois, c’est l’Afrique qui deviendra le lieu de prédilection de la fameuse agence soviétique qui profitera beaucoup de la décolonisation pour installer ses " honorables correspondants " au pouvoir dans certains états nouvellement crées. Ainsi, elle tenta de profiter de la décolonisation belge pour créer un Congo communiste en 1960 avec un ami de longue date, P.Lumumba, aux commandes. Malheureusement pour Moscou, cet allié sera capturé dans des circonstances obscures et assassiné dans le plus grand secret (par qui ?). Enfin, le KGB ne désespère pas de contrôler ce continent remplies de ressources stratégiques et fera tout pour aider les mouvements de rébellion dans l’empire portugais dans les années 70 (les créant au besoin et les soutenants grâce à des instructeurs militaires et des livraisons d’armes). Sa stratégie se révèlera payante car lorsque l’Angola et le Mozambique obtiendront leurs indépendances en 1975, ils seront dirigés par des pions aux mains des soviétiques. Deux ans plus tard, Mengistu, dont l’organisation collabore depuis des années avec le KGB et le GRU, prend le pouvoir en Ethiopie (pays dont la position prés de la Mer Rouge où passent les pétroliers du Moyen-Orient vers l’Europe est très intéressante !).

Enfin, en 1979, le mouvement sandiniste (archi-soutenu par la Havane et Moscou) prend le pouvoir au Nicaragua et le KGB (et son homologue cubain) développe des rebellions au Salvador et au Guatemala sur le même modèle. Les Etats-Unis sont menacés sur leur propre continent ! ! !

 5)…même si l’Occident reste la cible principale.

Bien évidemment le risque de 3e guerre mondiale obligea le KGB à concentrer ses efforts sur l’Occident et surtout sa technologie ( pas forcément militaire… il ne fallait pas se laisser distancer par le capitalisme… amour-propre et idéologie obligent). En effet, dans les années 70, Moscou, qui n’a pas le droit d’acheter la technologie occidentale et dont le recherche fondamentale est de piètre qualité dans le domaine civile, se rend compte qu’elle risque de perdre la guerre économique avant de perdre une hypothétique guerre militaire [ NLDR : d’ailleurs c’est ce qui se passera…] et qui est ce qui va être chargé de régler ce problème ? ? ? allez mon bon monsieur, un petit effort ! ! ! aller je vous aide : 3 lettres ! ! ! vous voyez pas ? ah si quand même : le KGB.

On va donc créer une nouvelle section dans notre agence favorite : la " ligne T ". Complètement énigmatique, les services de renseignements occidentaux ne savaient pas trop sa fonction (à l’instar de la section 16… dite " division bunker "). En fait, elle était chargée de l’espionnage scientifique et technique et disposait d’un énorme budget. De 1970 à 1975 (on plus fort de la Détente), le nombre d’agent du KGB en poste aux USA passe de 1920 à 220et un effort considérable est fait pour recruter des agents travaillant dans le secteur industriel occidental. On estime de nos jours que dans les années 70, Moscou à économiser plus d’une dizaine de milliards de dollars en recherche fondamentale grâce à cet espionnage industriel. Pendant ce temps, les services de contre-espionnage occidentaux, obnubilés par l’aspect militaire de la confrontation Est-Ouest ne s’aperçoivent de rien. Toutefois, les documents et les noms fournis aux services français par Vladimir Vetrov, alias " Farewell " (fusillé depuis), allaient sérieusement contrecarrer le travail du KGB. En 1983, pas moins de 148 " diplomates " soviétiques (dont 47 en France), furent expulser en Europe et aux Etats-Unis et de nombreux espions sont éliminés (c-a-d traduit en justice ou " bête accident de grosses voitures "… lol).

Avant d’être dissous en 1991, le KGB avait réussi une fois encore à pénétrer les arcanes de la communauté de renseignement américaine en utilisant le réseau crée par un agent de la CIA, Aldrich Ames, recruté en 1984. L’arrestation de ce dernier en 1994 a clairement démontré que la disparition de l’URSS n’a pas mis un terme à l’effort de pénétration de l’Occident du KGB (euh, pardon du FSB,on a changer le nom pour faire plus démocrate… mais on a pas remplacé les hommes…comme dit le proverbe " on change pas une équipe qui gagne ").


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