Dernières nouvelles de Mars

dimanche 20 février 2011
par  Neimad
popularité : 8%

Compte-​​rendu de la confé­rence de Charles FRANKEL, Der­nières nou­velles de Mars, le 18 février 2011, de 21h à 23h, salle de Bre­tagne à Nantes, orga­nisée par la SAN (Société d’Astronomie Nan­taise).

 CHARLES FRANKEL


Charles Frankel, né en 1956 d’un père français et d’une mère amé­ri­caine, est marié à une Bre­tonne et vis en France. Géo­logue de for­mation, il étudie la vol­ca­no­logie et la télé­dé­tection par satellite, avant de par­ti­ciper à l’analyse des résultats envoyés par les sondes pla­né­taires.
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En 1978, il organise avec Albert Ducrocq [1], à Lyon, le premier ras­sem­blement mondial d’astronautes (amé­ri­cains) et de cos­mo­nautes (russes). Mais le pro­gramme spatial prend du retard sous Reagan. Les russes conti­nuent d’envoyer des sondes autour de Vénus et de Mars. Il faudra attendre près de dix ans, en 1978, pour que les Etats-​​Unis rat­trapent leur retard dans l’exploration de Vénus.


En attendant de par­ti­ciper à la car­to­graphie de Vénus, Charles Frankel publia de nom­breux ouvrages de vul­ga­ri­sation scien­ti­fique et tourne des films docu­men­taires sur l’espace et la géo­logie [2].
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Charles Frankel enseigne la pla­né­to­logie en France et aux Etats-​​Unis. Il par­ticipe à des simu­la­tions d’exploration de la Lune et de Mars en milieu extrême (en Arc­tique en 2001, dans le désert de l’Utah en 2002). Il est membre du conseil d’administration de l’Asso­ciation Planète Mars qui est la section fran­çaise de Mars Society, et membre de plu­sieurs autres asso­cia­tions (Terre & Volcan, etc.). Depuis 2003, il est manager du projet Euromars qui prévoit de lancer une troi­sième robot sur le sol marsien.

 MARS


Mars, dieu de la guerre chez les Romains, est une planète visible à l’œil nu. Pourquoi la guerre ? A cause de sa couleur rouge (pro­voquée à par l’oxyde de fer à sa surface) ? Parce qu’elle peut avoir un mou­vement apparent rétro­grade du point de vue de la Terre ?

Quoiqu’il en soit, Mars est deux fois plus petite que la Terre [3], si bien que sa gravité est près de trois fois moindre. Cela n’est pas suf­fisant pour retenir une atmo­sphère, celle-​​ci s’enfuit donc dou­cement dans l’espace. Il n’y a donc ni effet de serre ni couche d’ozone. Son obli­quité lui permet d’avoir les mêmes saisons que la Terre, avec des varia­tions plus impor­tantes à cause de son excen­tricité orbitale et de son obli­quité qui peut faire bas­culer le Pôle Nord presque au niveau de l’équateur !
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Si vous pré­voyez un voyage sur Mars, sachez que la tem­pé­rature varie de -50°C à +20°C en été… au niveau du sol, car un homme debout aurait les pieds à 20°C et le nez à -10°C ou -20°C ! L’hiver, la tem­pé­rature chute à -80°C et -130° au niveau des pôles. Pré­voyez aussi de quoi vous éclairer, car Mars est une fois et demi plus éloignée du Soleil que la Terre et son inso­lation est 50% plus faible sur Terre (le Soleil paraît également plus petit).

Au XIXème siècle, les astro­nomes com­men­cèrent à observer Mars et ses fameux « canaux ». HG Wells écrivit la Guerre des mondes et les pulps amé­ri­cains des années 20 pré­sen­taient deux images de Mars : une planète de rêve (avec des prin­cesses…) et une planète de cau­chemar (les fan­tômes de Mars…). En 1938, Orson Welles adapta à la radio le roman de Wells qui pro­voqua une peur panique aux Etats-​​Unis. Il fallut attendre 1950 pour qu’un auteur de science-​​fiction, Ray Bradbury, pré­sente une image de Mars plus sereine – mais tout aussi envoû­tante – dans ses Chro­niques mar­tiennes [4].

 LES SONDES MARTIENNES


Les pre­mières sondes envoyées dans les années 1960 [5] :

  • 1960 : Marsnik 1 & 2 envoient des données avant de s’écraser au sol ;
  • 1964 : premier succès amé­ricain avec Marner 4, les pho­to­gra­phies sont en noir blanc et Mars pré­sente une topo­graphie sem­blable à la Lune ;
  • 1971 : premier succès russe avec Mars 5, tandis que Mariner 9 montre une image très dif­fé­rente de Mars, avec un volcan géant (Olympus Mons), des nuages (des cirrus) dans l’atmosphère…
  • 1975-​​1982 : les sondes Viking 1 et 2 pho­to­gra­phies la planète et partent à la recherche de vie sur Mars
  • 1996-​​2006 : Global Sur­veyor apporte une car­to­graphie presque com­plète de Mars (96%), avec des ravins et des glis­se­ments de terrain
  • 1997 : Mars Path­finder
  • 2003 : Mars Express envoyée par les Euro­péens (ESA) à la recherche de l’eau et de formes de vie [6]
  • 2004 : Phoenix
  • 2004-​​2011 : Spirit et Oppor­tunity, deux sta­tions robo­tisées, ini­tia­lement prévues pour fonc­tionner 3 mois, ont pro­longé leur durée jusqu’en 2009 pour Spirit et 2011 pour Oppor­tunity (il fonc­tionne encore)
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 MARS EXPRESS ET LA DETECTION DE L’EAU


En 2003, Mars Express, lancé par l’European Space Agency (ESA) a détecté des bouffées de méthane sur Mars. Or, le CH4 est volatile. Il doit donc être fabriqué, soit par un volcan (aucune trace de volcan en activité), soit par des êtres vivants (par les vaches… ou plus pré­ci­sément par les bac­téries métha­nogène du système digestif des vaches), soit par la décom­po­sition de minéraux (mais c’est peu convaincant). Par ailleurs, ces bouffées de méthane ne s’observent que dans cer­taines régions à cer­taines saisons.

On a également observé un suc­cession de creux et de bosse à la surface de Mars, ce qu’on appelle un « chaos », un sédiment contenant de la glace qui a fondu, due à une montée du magma par exemple : la glace a fondu entre les dunes, déformant ainsi la surface.


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Les ravines observées à la surface de Mars peuvent être d’origine géo­lo­gique ou dues à un écou­lement d’eau. La manière dont l’écoulement ser­pente et les sédi­ments détectés indiquent qu’il y a bien eu de l’eau à la surface de Mars.

Le grand rift « Valles Mari­neris » s’étend sur 4000 km, plus long encore que la dis­tance entre Madrid à Moscou, avec 5 km de dénivelé. Ce rift n’a pas été créé par l’eau mais par un glis­sement de terrain. Mars Express a cependant observé traces de glis­sement carac­té­ris­tiques, non pas d’une coulée de lave, mais de l’effet décapant que pro­voque la lave mélangée à l’eau.

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La calotte gla­cière tour­billonne autour de son axe à cause de l’effet du mou­vement du Soleil autour du pôle. La glace du pôle nord mesure 2 km d’épaisseur. Elle est très pure (95% de glace contre 5% de pous­sière qui suffit à lui donner une teinte rou­geâtre). Des ava­lanches ont régu­liè­rement lieu et les satel­lites ont pu observer à plu­sieurs reprises de la neige roulant dans la poussière.

L’eau n’est pas seulement pré­sente aux pôles mais également dans des gla­ciers.

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 POURQUOI IL N’Y A PAS D’EAU SUR MARS


Actuel­lement, il n’y a pas d’eau sous forme liquide sur Mars, parce que l’eau liquide demande deux conditions :

  • Une tem­pé­rature adé­quate
  • Une pression atmo­sphé­rique suf­fi­sante pour que la glace se trans­forme en gout­te­lettes d’eau et ne se sublime par direc­tement en gaz


Or, s’il y a bien des « étés » sur Mars, la pression atmo­sphé­rique est seulement de 7 ou 8 mil­libars, contre 1000 sur Terre. Res­pirer sur Mars ferait le même effet que d’ouvrir un hublot dans un avion à haute altitude…

L’atmosphère mar­tienne est com­posée de 95% de gaz car­bo­nique, de 1% d’azote et de 1% d’argon. La totalité de l’eau pré­sente dans l’atmosphère mar­tienne rem­plirait une petite flaque d’eau sur Terre.

L’obliquité de Mars peut modifier la position des Pôles par rapport à l’équateur (entre 25 et 70% d’obliquité), si bien que la calotte gla­cière peut être amenée à fondre et à aug­menter la pression atmo­sphé­rique : il peut alors neiger sur l’équateur !

 SPIRIT ET LES CARBONATES


Spirit a atterri dans un cratère de la taille de celui de Chicxulub au Mexique, res­pon­sable de la dis­pa­rition des dino­saures. « Un cratère d’impact est une car­rière gra­tuite », elle évite d’avoir soi-​​même à creuser le sol.

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Le basalte était son envi­ron­nement prin­cipal, même s’il a pu détecter aussi des sul­fates, des car­bo­nates… grâce à la signature spec­trale des minéraux [7]. L’intérêt d’avoir détecté des car­bo­nates, tels que le cal­caire, est que ce sont des minéraux qui se cris­tal­lisent dans l’eau. On en a trouvé peu dans l’environnement de Spirit car celui-​​ci était très acide, ce qui a pour effet de dis­soudre les car­bo­nates. En outre, le sol martien est recouvert d’une grande quantité de poussière.

Spirit s’est fina­lement retrouvé ensablé, sans puis­sance élec­trique, en 2009.

 OPPORTUNITY ET LES EMATITES GRISES


Oppor­tunity s’est posé sur un grand plateau, non loin des plus gros volcans de Mars : Olympus Mons et Alba Patera [8]. L’objectif d’Opportunity était de détecter de l’ématite grise à la surface de Mars, car ce minéral se cris­tallise avec de l’eau liquide. La station auto­ma­tisée a rebondi lors de son atte­rissage et est tombée dans un cratère, ce qui est une chance car cela lui a permis d’observer les sédi­ments en coupe. La roche en face d’Opportunity était très claire, ce qui était étrange, car cela révélait une lave sili­cieuse et des sédi­ments de même famille que le cal­caire. L’appareil détecta des sels simi­laires à ceux qui se déposent au fond d’un lac : sul­fates, chlorure et même du sel de table ! Il détecta également de petites billes de quelques mil­li­mètres : des ématites grises !

La stra­ti­fi­cation ondulée de la roche sem­blait indiquer la pré­sence d’un courant, avec un débit ‘un mètre ou d’un demi-​​mètre par seconde, mais cer­tains spé­cia­listes rejettent l’hypothèse du courant marin en indi­quant que les vents de Mars peuvent donner le même résultat. Le vent souffle sur Mars jusqu’à 200 km/​h, mais comment l’air est ténu, il n’a pas de force et ne bouge que quelques grains.

Cependant, on observe également dans la roche des fentes où un minéral, sans doute du gypse, se serait dissout sous l’action de l’eau. Les indices sont donc très forts pour conclure à la pré­sence de l’eau.

Selon toute pro­ba­bilité, et les scien­ti­fiques sont par­venus à ce consensus, il y a des océans sur Mars il y a 3,5 mil­liards d’années. En effet, en ne compter que les glaces pré­sentes aux deux Pôles, on obtient un océan d’une hauteur de 100 mètres. Or, la surface n’est pas homogène, on voit se des­siner des côtes et même des delta. Il y aurait donc eu des terres émergées et des océans beaucoup plus pro­fonds, comme sur Terre.

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Oppor­tunity a roulé pendant 951 jours dans le sable avant d’atteindre le bord d’un autre cratère. Il a ensuite cherché à y des­cendre, 800 mètres plus loin, avant de s’apercevoir que la seule pente acces­sible se trouvait près de son point de départ…

La coupe rocheuse sur le bord du cratère mon­trait une série de stries à la base qui n’existait pas au sommet, ce qui sem­blerait indiquer que le niveau de l’eau avait varié.

 MSL, LE PROCHAIN LABORATOIRE



MSL ou Mars Science Laboratory est un projet de la NASA. Il a été sur­nommé « Curiosity » par les Amé­ri­cains. Plus grand que ses pré­dé­ces­seurs, Spirit et Oppor­tunity, c’est une sorte de 4×4 avec 6 roues, un 6×6. Il arrive à mi-​​hauteur d’un homme.

Il existe actuel­lement un débat autour du site d’atterrissage. Il y a quatre candidats :

  • Mawrth Vallis [9] est une vallée dans laquelle MSL pourrait trouver des traces de ruis­sel­lement, de l’argile et donc de la pré­sence l’eau par le passé.
  • Holden Crater
  • Gale Crater
  • Ebers­walde qui est le favori de Charles Frankel est un delta à l’envers, créé par un effet de sédi­men­tation dans les che­neaux laissés par un écou­lement (d’eau ?), comme une sorte de moulure de delta.


MSL devrait être lancé en novembre 2011, en même temps que Phobos-​​Grundt, la sonde russe qui partira explorer le sol de Phobos, l’une des deux lunes de Mars.

L’atterrissage de Curiosity est prévu de la manière sui­vante : l’appareil qui le porte ralentit légè­rement avec un para­chute, en passant de 5 km/​seconde à 1 km/​seconde, avant de des­cendre le MSL par des fils et de s’écraser au sol un peu plus loin. Le mât télé­sco­pique se dépliera avec sa caméra, ainsi que son bras télé­sco­pique équipé de nom­breux ins­tru­ments (détection chi­mique, tamis, pelle, découpage…), parmi les­quels un laser qui lui per­mettra d’analyser des roches à dis­tance (en ana­lysant la vapeur laissée par leur dés­in­té­gration).



En 2016 et en 2018, deux sondes sup­plé­men­taires seront envoyées, soit quatre au total. Ces projets risquent cependant d’être reportés, car les budgets dimi­nuent.




 A QUAND LE VOL PILOTE ?


A quand le vol piloté sur Mars ? Il n’y a pas de pro­blème tech­nique, mais un pro­blème de volonté poli­tique. Lors de la conquête spa­tiale, la NASA a réussi à construire une fusée en 8 ans afin de per­mettre au premier homme de poser les pieds sur la Lune, alors qu’elle n’avait rien. Actuel­lement, 400 mil­liards d’euros ont été dépensés dans l’Internatonal Space Station (ISS), « qui a apporté tel­lement de décou­vertes, comme tout le monde le sait ».

 LES SIMULATIONS SUR TERRE


Des simu­la­tions de vie dans des sta­tions mar­tiennes ont été effec­tuées dans l’Arctique, l’Antarctique et le désert de l’Utah. Les scien­ti­fiques ont contourné l’absence de budget alloué au vol piloté en simulant la mission sur Terre.

Avec l’aide de l’association Mars Society (com­posée de scien­ti­fiques, d’ingénieurs, d’étudiants, de pas­sionnés…), des scien­ti­fiques ont construit un module martien dans l’Utah, qui est la plus grande île dans l’arctique canadien, l’île Debron. C’est la plus grande île déserte du monde. Elle est inac­ces­sible en hiver à cause de la neige. La mission s’est donc déroulée l’été, avec à son bord 6 astro­nautes (chaque poste est doublé), dont Charles Frankel et Robert Zubrin, fon­dateur et pré­sident de la Mars Society.

Robert Zubrin est né en 1952. Il est ingé­nieur et expert en pro­pulsion spa­tiale. A 20 ans, il dépose le brevet d’un jeu d’échec tri­an­gu­laire, dit « échec de trois joueurs », per­mettant de jouer à trois joueurs. Il invente un système de pro­pulsion hybride fusée/​avion et un système d’alimentation en oxygène. Zubrin pense que l’homme doit partir dans l’espace s’il ne veut pas s’éteindre. Il est par­tisan de la ter­ra­for­mation de Mars et s’oppose à ceux, comme l’exobiologiste Chris­topher McKay, qui sou­hai­te­raient pré­server la bio­di­versité de l’Univers et celle du sol martien.

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Zubrin a trouvé une solution pour réduire le coût d’un vol piloté. Le coût du voyage com­prend en effet le voyage retour sur Terre. L’astronef doit donc embarquer le car­burant pour le vol retour, soit 100 tonnes de pro­pergol. Le coût d’un voyage serait consi­dé­ra­blement réduit si l’on par­venait à fabriquer ce car­burant sur place. Même remarque pour les res­sources en eau.

La NASA a pris Zubrin au mot et lui a demandé de construire un pro­totype. Or, Zubrin est parvenu à fabriquer - chez lui-​​ un appareil capable de fabriquer 100 tonnes de pro­pergol à partir de 7 tonnes d’hydrogène embar­quées, grâce à un cata­lyseur (pas besoin de méca­nisme) qui utilise ce qu’on appelle en chimie la relation de Sabatier. En mélan­geant le gaz car­bo­nique présent dans l’atmosphère à l’hydrogène, on obtient du méthane et de l’oxygène qui permet de le brûler.

La deuxième dif­fi­culté d’un vol habité est la durée de la mission : 6 mois de vol aller, 6 mois sur place (délai minimum pour se retrouver en position du vol retour) et 6 mois retour, soit un minium de 18 mois. Or, l’expérience dans l’Utah a montré les dif­fi­cultés psy­cho­lo­giques de ce voyage : d’abord les ten­sions entre les membres de l’équipage (entre Frankel et Zubrin par exemple), ensuite et surtout les ten­sions avec l’équipage au sol. En effet, les astro­nautes tra­vaillent conti­nuel­lement et doivent pro­duire régu­liè­rement des rap­ports. L’équipage au sol leur donne conti­nuel­lement des ordres et les astro­nautes finissent par couper leur radio pour ne plus les entendre. Pour Zubrin, les colons mar­tiens finiront par faire sécession avec la Terre.

La troi­sième dif­fi­culté est liée au confort des sca­phandres : ils chauffent trop, le casque s’embue et les astro­nautes sont ralentis dans leur mou­vement, malgré tout un système de tubu­lures pour évacuer la chaleur. Cette dif­fi­culté s’ajoute évidemment à la pré­cé­dente pour expliquer l’humeur des astronautes.

Dans une simu­lation récente en Islande, où le paysage vol­ca­nique permet de simuler une base sur la Lune ou sur Mars, Nicolas Hulot a par­ticipé à l’expérience à l’occasion de son tournage. L’équipe a découvert un tunnel de glace sous un volcan, tel qu’il pourrait en exister sur Mars, aussi large qu’une bouche de métro. Elle y a découvert des formes de vie (des tapi­bac­téries) jamais vues.

 Y A-​​T-​​IL DE LA VIE SUR MARS ?


Y a-​​t-​​il de la vie sur Mars ? Cette question en pose une autre : comment concevoir un appareil pour détecter la vie ? Cette question suppose elle-​​même que l’on sache définir la vie.

On peut décrire la vie par ses échanges gazeux avec l’extérieur. Un moyen de détecter la vie serait de donner à d’éventuelles bac­téries de quoi la nourrir (des acides aminés…), une sorte de soupe et voir si elles la digère.

Une telle expé­rience a été tentée sur le sol martien. Elle a permis de déceler des émana­tions de gaz car­bo­nique. Etait-​​ce une réaction chi­mique liée à la nature du sol ? Le robot a ensuite sté­rilisé le sol et recom­mencé l’expérience. Il n’y avait plus d’émanations. Or, il n’y a guère que le vivant pour être aussi sen­sible aux chan­ge­ments de tem­pé­rature (60°C). Les minéraux sont moins fra­giles. L’expérience a été recom­mencée à plu­sieurs endroits avec le même résultat. L’inventeur de cette méthode est convaincu d’avoir détecté de la vie dans le sol martien.

Une autre expé­rience a cherché des molé­cules orga­niques à base de carbone, car seul le carbone permet des struc­tures aussi com­plexes [10]. Or, par un heureux hasar, le carbone est abondant dans l’Univers. Le spec­tro­mètre n’a rien trouvé mais il lui fallait plu­sieurs mil­liers de bac­téries pour les détecter, alors que la pre­mière expé­rience n’avait besoin que de quelques bactéries.

Ces bac­téries seraient-​​elles dan­ge­reuses pour l’homme ? Si les bac­téries et les virus sont dan­gereux sur l’homme, c’est parce qu’ils ont évolué avec nous et qu’ils sont adaptés à notre orga­nisme. Des bac­téries mar­tiennes ne seraient pas plus dan­ge­reuses pour nous que nous pour elles.

S’il y a de la vie sur Mars, elle est dis­crète. Il n’est cependant pas exclu de découvrir un jour de micro­fos­siles, car les bac­téries s’assemblent parfois, comme les stromatholites.

Selon Charles Frankel, si la vie a existé un jour sur Mars, il n’y a aucune raison que la vie n’y soit pas encore pré­sente : la vie s’adapte. Elle a de fortes chances de se trouver là où se trouve l’eau et la chaleur, c’est-à-dire dans le sous-​​sol. Plus l’on se rap­proche du cœur de Mars, plus la tem­pé­rature et la pression aug­mente, ce qui per­met­trait à la glace de se trans­former en eau. Les sondes Viking ont essayé de détecter des lacs sou­ter­rains au radar, mais ces ten­ta­tives n’ont encore rien donné.

 QUESTIONS DU PUBLIC


Comment se pro­téger des rayons UV et rayons cos­miques pendant le temps d’une mission sur Mars ?

Etant donné la rotation de Mars, un astro­naute est deux fois plus protégé sur terre que dans l’espace. Une solution pour accentuer cette pro­tection serait de placer les lieux d’habitation où les astro­nautes restent le plus souvent, tels que les lits, au milieu des bom­bonnes d’eau et de pro­pergol, car cela arrê­terait une grande partie des rayons cos­miques. Le risque d’attraper un cancer avec les rayons cos­miques est équi­valent à celui des per­sonnes tra­vaillant dans les cen­trales nucléaires, à celui des fumeurs, à celui de vivre entouré de granit comme cer­tains Bretons, soit 2 à 3% de plus.

Comment réchauffer l’atmosphère ?

La solution pose un pro­blème éthique. Il suf­firait de « polluer » Mars pour aug­menter sa tem­pé­rature. Une aug­men­tation de 4°C éviterait au gaz car­bo­nique de geler et jouer un rôle d’effet de serre. La glace fon­derait et se trans­for­merait en gaz, aug­mentant la pression dans l’atmosphère à 200 ou 300 mil­libars, ce qui lui per­met­trait de se condenser en pluie. L’homme pourrait alors modifier géné­ti­quement des mousses et des bac­téries à même de s’adapter à la vie martienne…

Pour aug­menter la tem­pé­rature de Mars, plu­sieurs méthodes sont pos­sibles : construire des usines à méthane, salir les pôles avec une pous­sière noire, étendre un gigan­tesque panneau solaire au-​​dessus du Pôle nord de Mars, adapter des algues métha­no­gènes (pro­duisant du méthane) au sol martien [11]… La deuxième solution est peut-​​être la plus aisée à réa­liser et tout aussi efficace : coloriée en noire, la glace, au lieu de réfléchir la lumière, l’absorbera, ce qui aug­mentera sa chaleur…

Y a-​​t-​​il encore des érup­tions vol­ca­niques sur Mars ?

Non, mais il y en aura. L’activité vol­ca­nique la plus récente remonte à – seulement - 2 mil­lions d’année, ce qui n’est rien d’un point de vue géo­lo­gique. Or, il n’y a aucune raison que le point zéro ait été atteint au moment où l’homme arrive. Mais il y en aura de moins en moins car Mars se refroidit rapidement.

Une idée serait de placer des sis­mo­graphes sur la planète.

Quel sera la source d’énergie des astronautes ?

Pour le vol, on pourra uti­liser un moteur ther­mique ou nucléaire. Dans le deuxième cas, au lieu de brûler de gaz, il suffira d’amener de l’uranium qui brûlera auto­ma­ti­quement l’hydrogène durant le vol.

Sur place, l’équipe pourra uti­liser l’énergie d’un réacteur nucléaire placé plus loin ou d’un isotope dont l’énergie dimi­nuera avec le temps. Les pan­neaux solaires sont également effi­caces, puisque c’est ce qu’utilisent les robots Spirit et Oppor­tunity depuis des années. Quand le vent apporte trop de sable, un mini-​​tornade nettoie le panneau solaire quelques temps après.

Dans tous les cas, les astro­nautes en mission sur Mars devront être pru­dents, économes et astu­cieux. Une vraie vie monas­tique !

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 CONCLUSION


Même s’il n’est pas encore vérifié que la vie existe dans le sous-​​sol martien, il existe de nom­breux indices conver­gents pour dire qu’il a existé de l’eau sur Mars. Charles Frankel parle d’océans, même si Robert Zubrin n’y croit pas. Qu’est devenue toute cette eau ? Une partie de l’eau est partie dans l’espace, une autre partie existe encore sous forme de glace aux pôles.

Les images satel­lites montrent des pla­teaux dans l’hémisphère sud dotés d’un véri­table système de rivières avec de nom­breux affluents. Ces images ne s’expliquent que par la pluie, à une époque où l’atmosphère de Mars était plus épaisse, il y a 4 mil­liards d’années. Il pleuvait donc sur Mars quand, au même instant, la vie naissait sur Terre…


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Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?



[1] Albert Ducrocq est l’un des pion­niers de la cyber­né­tique. Jour­na­liste scien­ti­fique de renom, il a également com­menté les pre­miers pas de l’homme sur la Lune en 1969.

[2] Fon­dateur de la société de pro­duction Sirius Films, Charles Frankel publia aussi de nom­breux ouvrages, parmi les­quels : Les Volcans du système solaire (Masson, 1993), La mort des dino­saures ; l’hypothèse cos­mique (Armand Colin, 1996), La Vie sur Mars (éditions du Seuil, 1999) qui obtient le Prix d’astronomie 2000, L’homme sur Mars. Science ou Fiction ? (Dunod, 2007), Der­nières Nou­velles des Pla­nètes (éditions du Seuil, 2009).

[3] Mais elle possède autant de terres émergées que la Terre, puisqu’elle n’a pas d’océan.

[4] Depuis, les auteurs de hard science ont repris le flambeau, notamment Kim Stanley Robinson avec sa tri­logie sur Mars. Au niveau ciné­ma­to­gra­phique, on continue de voir les deux écueils, avec d’un côté Mission to Mars en 2000 par Brian de Palma, et de l’autre Ghosts of Mars de John Car­penter en 2001.

[5] pour voir la liste com­plète des sondes, voir http://​astrosurf​.com/​a​s​t​r​o​s​p​a​c​e​/​s​o​n​d​e​s​m​a​r​t​i​e​n​n​e​s.htm

[6] antenne ita­lienne, spec­tro­mètre français, etc.

[7] le reflet de la lumière sur les minéraux

[8] Olympus Mons est un volcan la taille de la France (600 km de large), dont le bassin som­mital fait 80 km de large, trois fois plus haut que l’Everest (plus de 22 km de haut). Ce « monstre » n’est pourtant pas le plus grand de Mars, puisque le volcan Alba Patera est encore plus grand ! Les volcans de Mars sont en effet plus grands et moins nom­breux que sur Terre. Cela s’explique par une par­ti­cu­larité de la planète Terre : la tec­to­nique des plaques. Quand le magma, remonte, le mou­vement des plaques finit par obs­truer le conduit qui s’ouvre à un endroit, créant ainsi un deuxième volcan un peu plus loin. Sur Mars, le magma est remonté régu­liè­rement au même endroit, pendant 2 ou 3 mil­liards d’année pour Olympus Mons, contre 10 mil­lions d’années au maximum pour les volcans terrestres

[9] Chaque fleuve ou vallée porte le nom de Mars dans l’une des langues de la Terre

[10] le silicium aussi, mais Charles Frankel ne lui prête pas les mêmes pro­priétés : les cristaux de quartz sont bien com­plexes mais ils ne sont pas vivants

[11] James Lovelock, l’inventeur de la théorie Gaïa, ima­ginait que l’on pouvait créer un ther­mostat pla­né­taire avec des fleurs de deux cou­leurs, blanc et noir.


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mardi 18 juin 2013 à 19h37 - par  mauswapbanccon1979

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lundi 28 février 2011 à 18h59 - par  4tich

des vers des glaces il en existe ce sont des "Scottnema lind­sayae", de petits vers ronds de la famille des nema­todes qui mesure un mil­li­mètre de long et vive dans les regions arc­tiques ou dans les deserts froids

quand la terre gele ils sont capable de se des­secher com­ple­tement et de passer pour morts !

se des­seché leur permet d’evité les dagats lié à la congelation/​decongelation et de sup­porté des condi­tions extremes : ses cousins les "tar­di­grades" ont comme ça survecu à une sortie dans l’espace !!

j’ai trouve ces infos sur futurasciences http://​www​.futura​-sciences​.com/fr/n… dans un article qui dit ega­lement que ces vers meurent rapi­dement dans un des deserts : "La popu­lation de Scottnema lind­sayae a diminué de 65 % depuis 1993 "

l’explication donné n’est pas tres claire etant donné ce qu’on s’est de ce petit animal

bref tout ça pour dire qui pourrait y avoir des petits vers sur mars com­ple­ments des­seches ou un truc dans le genre qui atten­drait quon ter­ra­forme mars pour se reveiller !!

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lundi 28 février 2011 à 18h18 - par  Fremen

Qu’il y ait de l’eau à la surface ou dans le sous-​​sol de Mars, peu importe : ce qu’on sait, c’est que Mars se refroidit très vite et qu’une forme de vie un peu maligne (plantes, animaux ?) se réfu­gierait dans le sous-​​sol, quitte à creuser des galeries plus près du coeur de Mars.

L’Univers se refroidit aussi et plus il se refroidit, plus la matière prend des formes com­plexes (du refroi­dis­sement de l’Univers a découlé la création des dif­fé­rents atomes en per­mettant de nou­velles liaisons entre photons et élec­trons qui n’étaient pas pos­sibles à des tem­pé­ra­tures plus élevées).

Même chose plus les bac­téries qui s’assemblent pour écono­miser leur énergie, pour les mam­mi­fères qui régulent leur chaleur dans un envi­ron­nement plus froid qu’à l’époque des dino­saures, etc. Un envi­ron­nement aussi froid que celui de Mars impli­querait des formes de vie sophis­ti­quées et fina­lement assez fra­giles. Pensez aux dino­saures : c’est tou­jours l’espèce qui est au sommet de la chaîne ali­men­taire qui "trinque" la première…

Auraient-​​elles survécu aux chan­ge­ments de condi­tions de vie sur Mars ? Tout dépend des formes de vie qui s’étaient déve­loppées dans les océans et de la vitesse de ce chan­gement, mais il y a fort à parier que si de la vie a existé dans l’élément liquide, elle a dû la quitter tandis que l’eau se retirait, comme les amphi­biens l’ont fait chez nous. Doit-​​on s’attendre à trouver des "vers des sables" dans le sous-​​sol martien, comme dans Dune ? :-)

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vendredi 25 février 2011 à 01h05 - par  Osaka

Deux cher­cheurs amé­ri­cains disent avoir détecté des mares d’eau liquide sur Mars ! Cela semble dif­ficile à croire :-/, étant donné la tem­pé­rature à la surface de Mars, mais selon ces cher­cheurs, Nilton Renno et Manish Mehta, ces mares d’eau pour­raient être salées. Ils ont calculé que sur Mars, l’eau mélangée au sel (le saumure) pourrait per­mettre à l’eau de rester à l’état liquide jusqu’à -75°C environ (voir Science & Vie de février 2011, n°1121, février 2011). :-O Cette "décou­verte" reste évidemment à vérifier par l’envoi de cosmonautes…

Des fois, on a l’impression que la réalité dépasse la fiction lol

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