Pour un nouvel humanisme

samedi 16 octobre 2010
par  Neimad
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 Parmi tant de choses frappantes, rien de plus étrange que l’homme.

​Sophocle - Antigone



  L’homme, une définition impossible


Peut-​​on définir l’homme ? Chaque homme n’est-il pas d’abord un individu par­ti­culier, un univers à part entière ? Dès lors que l’on accepte de concevoir l’homme comme un seul homme, qui n’est jamais une idée ou le repré­sentant de son espèce, de sa classe sociale, de sa culture, mais l’homme par qui naissent l’espèce, la classe sociale et la culture, l’homme rede­vient le centre des ques­tion­ne­ments qui émanent de l’homme. Aucune question ne peut vraiment être résolue si elle feint d’éviter l’homme, celui qui parle et qui pense. Aucune question n’a de sens si elle ne pré­suppose l’existence du sens, c’est-à-dire de celui qui le donne et qui le com­prend, l’homme de l’instant, l’homme de la seconde, l’homme qui est là, devant nous et qui ne nous regardons pas.


 Qui suis-​​je ?


Qui sommes-​​nous vraiment ? Sommes-​​nous que la somme de nos déter­mi­na­tions phy­siques, psy­cho­lo­giques et sociales ? Ou existe-​​t-​​il une qualité irré­duc­tible en l’homme, qui le dis­tingue par rapport à lui-​​même et par rapport aux autres ? Quand je prends conscience de moi, de quoi ai-​​je conscience ? Quand je me dit "je pense donc je suis", ne fais-​​je que le dire ou y a-​​t-​​il vraiment quelque chose à com­prendre ? Autrement dit, l’homme a-​​t-​​il encore une âme à l’aube du XXIème siècle ?


 Le sentiment d’être soi…


Notre hypo­thèse est qu’il existe un "sujet", sous-​​entendu par la conscience humaine, un Moi irré­duc­tible et royal, qui n’est ni mon nom, ni mon métier, ni mon âge, ni mes plaisirs, ni mes sou­venirs, ni rien d’autre que la science pourra étudier, cerner, expliquer, objec­tiver ou maté­ria­liser. Le paradoxe est que le sujet n’est pas un objet d’étude pos­sible, il serait plus proche du sen­timent d’être soi.

Le sujet n’étant pas un sujet d’étude pos­sible, il ne peut pas non plus être prouvé, il peut à peine être argu­menté. Il est un sen­timent d’être soi qui se ressent pour soi, qui ne se ressent pour les autres qu’en réfé­rence au pour soi. Je suis inca­pable de prouver que ce que je ressens est res­senti par les autres. Est-​​il faux pour autant de parler à la pre­mière per­sonne ? Assu­rément, nous ne pour­rions pas décrire le com­por­tement d’une autre per­sonne sans sup­poser à l’origine de ses actes un être conscient qui pense, ressent des sen­ti­ments et choisit de faire ou de ne pas faire.


 … remis en cause par la science


Pourtant, des neu­ro­logues, comme Antonio Damasio, et des phi­lo­sophes maté­ria­listes (Jean-​​Luc Petit…) affirment que nos inten­tions et nos hési­ta­tions peuvent être expliqués par la méca­nique du cerveau. La conscience ne serait qu‘une illusion et le « je suis » du cogito car­tésien, une création du langage. Ces théories enlèvent à l’homme toute dignité. Il n’est plus qu’une machine bio­lo­gique parmi d’autres. Elles retirent également tout espoir pour l’homme de se libérer de ses désirs, de ses ins­tincts, de sa volonté de puis­sance… puisqu’il n’existe plus rien d’autre.

Peut-​​on croire qu’un jour la science aura acquis le droit de parler de l’homme à la place de l’homme ? S’il suffit de changer la chimie du cerveau pour changer l’homme, à quoi bon la psy­cho­logie, la phi­lo­sophie, la psy­cha­nalyse et toutes les sagesses ances­trales ? L’homme, le seul être pensant que nous connais­sions dans l’univers, ne pen­serait rien que ne lui aient dicté ses neu­rones, sa volonté de sur­vivre et de se repro­duire, sa soif et sa faim. C’est un scandale pour l’homme, mais c’est aussi l’aboutissement du posi­ti­visme et du pouvoir qui est en l’homme d’expliquer et de com­prendre l’univers. L’âme n’existe déjà plus. Son des­cendant, la conscience humaine, est le dernier mystère. Celui qu’il faut réduire à néant pour qu’enfin, tout soit dit. Les phy­si­ciens ne visent pas autre chose quand ils inventent la théorie des cordes, étudient le Big Bang et recherchent la masse man­quante de l’univers. Tout doit être dit. Et après ?

 Redonner à l’homme sa position centrale


Je propose de repartir de l’homme pour décrire le monde qui nous entoure, comme Husserl et Merleau-​​Ponty ont com­mencé à le faire, non pas pour com­prendre et expliquer, mais pour redonner du sens au monde, au vivre ensemble, à notre rapport au corps et nos rela­tions avec les autres. Il ne s’agit ni de valeurs rétro­grades ni d’utopie col­lec­ti­viste, mais de redonner à l’homme la position cen­trale dans tous les pro­blèmes, puisque c’est lui le seul être capable de donner du sens aux choses. Il faut avoir confiance dans ses capa­cités à se sur­passer, à inventer, à trouver des solu­tions en commun, à prévoir les consé­quences de ses actes, à se mettre à la place d’autrui, à modifier son com­por­tement, à apprendre de ses erreurs, à donner du sens à un univers qui en est peut-​​être dépourvu.

L’homme n’invente pas seulement des mots, des dieux et des cou­tumes, il crée des mondes ima­gi­naires, il écrit, il peint, il chante, il danse, et ce sont à chaque fois de nou­velles façons de vivre au milieu du monde, de nou­veaux points de vue sur la société, et parfois même, à l‘écoute d‘un air de musique, des sen­ti­ments qu‘on ne croyait pas res­sentir mais qui était déjà là depuis toujours.

L’humanisme appelait autrefois l’homme à se cultiver dans tous les domaines, parce qu’il en croyait l’homme capable. Je vou­drais appeler à un nouvel huma­nisme, qui redonne à l’homme sa position cen­trale. Pour cela, l’homme doit se libérer de tous les déter­mi­nismes (déter­mi­nisme social, écono­mique…) et de toutes les croyances qui mènent à la rési­gnation (« ca a tou­jours été comme ça », « demain sera pire »…), il doit croire en lui-​​même et dans l’humanité. Le reste suivra.


6 votes

Commentaires

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dimanche 20 octobre 2013 à 18h44 - par  remadi

Bonjour Syagrius

Oui

¨ il doit croire en lui-​​​​même et dans l’humanité.¨

Merci

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jeudi 4 août 2011 à 14h58 - par  icouli

Un jour un ami me disait qu il ne tuait aucun animal, même un mous­tique car c est un être vivant avec une âme. Le len­demain, alors que je net­toyai la table, se trouvait sur celle ci des fourmis. Pensant a ce que m avait dit mon ami je me posait la question de tuer ou non les fourmis et de savoir si je pouvais les éliminer sans tuer d êtres vivants.

M est apparu alors la réponse sui­vante. Si je considère la four­mi­lière comme un être vivant alors, une fourmi n est pas en tant que tel un être vivant mais une cellule de la four­mi­lière. Dans ce cas là je peux éliminer la fourmi sans culpa­bi­liser car ne tuant pas la fourmilière.De fait, une fourmi ne survit pas seule loin de la four­mi­lière. Il en va de même pour les humains, si je place le pays dans lequel je vis au dessus de moi et me considère comme tota­lement dépendant de celui ci, alors je ne suis pas un être vivant a part entière mais une cellule vivante de cet orga­nisme qu est ce pays, duquel je dis "mon pays". De fait, les humains meurent pour leur patrie suivant ce principe là (et très excep­tion­nel­lement pour leur religion).

Je n ai de valeur propre reconnu comme être vivant seulement à l inté­rieur de mon pays mais pas en dehors, pour lequel je ne suis qu une cellule vivante d un pays. Pour se consi­dérer comme être vivant à part entière il faut alors renoncer a être partie d une patrie pour être partie d un orga­nisme supé­rieur soit ici, la planète Terre. On dira alors que l on vit dans un pays, cellule vivante de la Terre. Tout cela implique un saut de conscience ou ce que j appelle chan­gement de dimension de conscience d être.

Vous me direz alors que pour la Terre nous sommes seulement des cel­lules vivantes parmi d autres et vous aurez raison tant il est vrai que celle ci peut nous réduire en cendre sans que cela ne la détruise elle même. Ce qui fait dire qu en aucun cas nous oeu­vrons pour ou contre la sau­ve­garde de la planète mais seulement de nous même. Mais il est dif­ficile de renoncer a notre égo sur­di­men­sionné et faux consistant a croire que la planète dépend de nous alors que c "est exac­tement l inverse !!!

A noter, que ce chan­gement de dimension de conscience d être ne menace pas la diversité cultu­relle des pays, donc de leur identité, mais tout au contraire en est sa meilleure défense et assure sa pérennité a très long terme… Etc

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