En attendant la fin du monde

dimanche 12 décembre 2010
par  Neimad
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Climat, pol­lution, crise écono­mique, inéga­lités sociales, délo­ca­li­sa­tions, chômage, dettes natio­nales, pouvoir des banques et des mul­ti­na­tio­nales, pression migra­toire, perte de repères poli­tiques, projets de société à courts termes, ter­ro­risme, vio­lences urbaines, famines, cynisme et nihi­lisme, tohu et bohu…

Les médias nous le répètent tous les jours, nous vivons dans une société du risque, nous nous y adaptons en nous repliant sur cela seul qui compte : l’amour d’un conjoint ou d’un enfant, le travail, la famille, la patrie, la religion, un loisir devenu passion, l’obsession d’un col­lec­tionneur, la montée d’adrénaline pro­voquée par l’achat com­pulsif ou un nouveau percing… le film ce soir à la télé. Nous adoptons un com­por­tement désabusé pour sur­vivre. Nous buvons et nous fumons, alors même que nous en connaissons les dangers pour notre santé et ceux qui nous entourent, mais qu’importe de mourir dans vingt, trente ou cents ans ?

Nous désirons vivre main­tenant, parce que l’instant présent me protège contre toutes les incer­ti­tudes du devenir. Cet instant est le mien, j’en suis le maître. Au car­refour du passé et de l’avenir, je suis libre de choisir ma voie… ou de n’en choisir aucune. J’ai tout oublié, je suis tout excusé, je me suis déchargé du poids de l’histoire et de la tra­dition, je me suis éloigné des regards bien­veillants de la mère et du père la morale, je suis au-​​delà du bien et du mal, je ne suis plus rien au moment où je suis moi-​​même.

Cette des­cription ne concerne pas seulement le « jeune » toxi­comane qui gage le reste de sa vie, son argent et ses amis contre quelques grammes de plaisir, mais aussi le conducteur qui accélère sur la route, le salarié qui tra­vaille dans une cen­trale du nucléaire, le com­mercial qui vit sur ses men­songes, celui qui vole, qui omet, qui cache ou qui se cache, qui se ment à lui-​​même, qui refuse de se connaître lui-​​même.

Mais changer pourquoi et vers quoi ? Quelle raison avons-​​nous d’expier nos fautes et nous amé­liorer ? Qu’allons-nous faire de nous-​​mêmes, de cette vieille car­casse, de cette voiture d’occasion ? Qu’elle route prendre quand toutes les routes sont flé­chées, balisées, enre­gis­trées sur GPS, quand toutes les routes mènent à Rome et que seule Rome existe ? L’homme a besoin d’un projet de société.

Certes, la tech­no­logie, le mar­keting et l’économie font une course relai, les chan­ge­ments maté­riels sont de plus en plus rapides, mais la civi­li­sation euro­péenne, pour ne parler que d’elle, reste pri­son­nière de ses vieux schémas, gardée par ses vieux amants que sont la Répu­blique, la démo­cratie, le libé­ra­lisme, le capi­ta­lisme, le socia­lisme, la liberté, l’égalité, la fra­ternité, la pro­priété privée et quelques autres idées.

Le monde entier n’est pas en meilleur état : entre les Etats-​​Unis qui n’en finissent pas de s’endetter et la Chine qui n’en finit pas de s’enrichir, entre les Arabes qui se haïssent et les Afri­cains qui se mas­sacrent pour ne pas se laisser mourir, il n’y a pas un pays qui ne puisse servir de modèle, d’eldorado vers lequel nous pour­rions émigrer, de nouveau monde que nous pour­rions colo­niser. La fuite en avant nous est interdite. Nous hésitons aujourd’hui entre l’autodestruction et la décroissance.

Ce n’est pas seulement la civi­li­sation euro­péenne mais l’humanité entière qui a besoin d’un nouveau modèle, d’un nouveau para­digme. Sans quoi, nous serons condamnés à répéter les mêmes erreurs et à vivre de nou­velles guerres.

Ces guerres elles-​​mêmes en sont pas des « maux absolus », des tabous à éviter à tout prix, car les guerres per­mettent aussi de défendre son pays, ses alliés ou quelque idée plus noble (la France et l’Angleterre auraient-​​elles dues faire la guerre à l’Allemagne après que celle-​​ci eût envahi la Pologne ?). Mais les guerres dont je parle sont les consé­quences d’une impasse, des résultats et non des solu­tions. Les guerres d’une civi­li­sation sur la voie de la déchéance ne font que pré­ci­piter cette der­nière, à la manière d’un château de carte qui s’écroule à la der­nière carte posée. La tour de Babel n’est pas tombée avant d’avoir atteint le Ciel.

De quelle projet de société avons-​​nous besoin ? N’est-il pas pré­somp­tueux de poser cette question pour tous les peuples de la Terre ? Ne devrions-​​nous pas décliner cette question pour chacun d’eux ? En la divisant, nous l’affaiblissons, alors même que la finance, Internet, les pro­blèmes écolo­giques et ali­men­taires sont mon­dia­lisés. Il ne faut pas seulement penser à une Europe poli­tique ou à un gou­ver­nement mondial, il faut penser à l’ensemble des phé­no­mènes mon­diaux sus-​​cités d’une manière cohé­rente et coordonnée.

Dans un système clos, comme celui de la planète, les lois de la ther­mo­dy­na­mique s’appliquent. Ce qui se gagne à un endroit se perd dans l’autre (premier principe de la ther­mo­dy­na­mique), mais surtout, ce qui se mélange finit pas s’uniformiser : l’énergie ini­tiale se diffuse, ralentit et s’épuise - irré­ver­si­blement (deuxième principe de la ther­mo­dy­na­mique). Or, la vie a trouvé le moyen de lutter contre l’entropie en se com­plexi­fiant, en écono­misant la chaleur (en regroupant les cel­lules dans un même orga­nisme), en la pro­duisant elle-​​même (les animaux à sang chaud, la maî­trise du feu), en amé­liorant son ren­dement (avec l’utilisation d’outils, par exemple).

L’univers lui-​​même se refroidit. Or, les lois de la phy­sique expliquent comment les géantes gazeuses ont donné nais­sance aux étoiles et les étoiles aux sys­tèmes solaires et aux atomes qui nous consti­tuent. Dans ce cadre, l’apparition de la vie poursuit un pro­cessus bien plus ancien, qui a com­mencé avec le Big Bang. Les êtres vivants ne luttent pas seulement pour leur survie mais contre l’entropie. Des animaux mul­ti­cel­lu­laires aux animaux sociaux, le mou­vement est le même. Les sociétés humaines sont les plus orga­nisées de toutes les sociétés ani­males, car elles ont le pouvoir de modifier leur envi­ron­nement et de trans­former ce qui les entoure en sources d’énergie : les plantes et les animaux, mais aussi le bois, le gaz, le pétrole, l’uranium et l’énergie solaire… Ces res­sources sont de plus en plus nom­breuses et de mieux en mieux exploitées, car l’homme en a besoin pour s’émanciper de la sélection natu­relle qui prévaut dans l’état de nature - une forme de l‘entropie. Sans elles, l’espèce humaine serait restée une espèce parmi les autres, vivant de chasses et de cueillettes, fuyant les animaux plus gros que lui et ne voyant pas ses enfants se mul­ti­plier au-​​delà de ce que lui per­mettent ses res­sources, ses pré­da­teurs et les épidémies. Pensons aux tribus d’Amazonie, aux abo­ri­gènes d’Australie, aux Inuits du Groënland ou de Sibérie. Ces peuples sont par­fai­tement adaptés à leur envi­ron­nement, ils res­pectent la nature et pra­tiquent un mode de vie inchangé depuis des cen­taines d’années.

Le sur­croît d’énergie, l’homme l’utilise pour ali­menter son cerveau, pro­duire des idées, de la culture, modifier son com­por­tement et découvrir de nou­velles sources d’énergie. Son pouvoir, il peut l’exercer contre ses congé­nères ou contre la planète, mais telle n’est pas sa finalité. Le feu brûle mais éclaire aussi les ténèbres. Ce qui amène l’homme à être l’espèce domi­nante sur la planète peut aussi l’amener à amé­liorer la vie sur terre, à créer sur Terre une paradis ou à créer de nou­velles Terres ailleurs, dans l’espace. L’entropie condamne notre Soleil à mourir et la Terre à dis­pa­raître. Il semble donc que c’est vers la troi­sième solution que devra se tourner l’humanité - tôt ou tard.

Aujourd’hui, que pouvons-​​nous faire ou que devons-​​nous faire ? Pre­miè­rement, croire que nous pouvons changer de monde. Deuxiè­mement, recenser nos com­pé­tences et nos qua­lités. Troi­siè­mement, trouver des hommes et des femmes avec les­quels nous pouvons tra­vailler. Pour quel travail ? D’abord, dif­fuser des idées, car les idées sont autant de graines. Ensuite, créer des asso­cia­tions, des sociétés ou des struc­tures qui per­mettent d’accueillir les bonnes volontés et de trans­former ces idées en actes. Dans un premier temps, le nombre et la taille ne sont pas impor­tants, mais il faudra tou­jours voir plus grand, au risque d’être traités de mytho­manes ou de révo­lu­tion­naires. Ce n’est qu’à cette condition que le monde que nous connaissons se ter­minera enfin.


8 votes

Commentaires

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jeudi 4 août 2011 à 21h24 - par  icouli

Qu est ce que la réalité sinon le monde apparent d abord et obser­vable ensuite. Commun a tous.

Observe t on une onde ? Une pensée ? Non, il faut attendre qu elle prenne forme. La même chose pour l ima­gi­naire, celui ci ne connait aucune limite autre que la réalité.

Ainsi dans la mytho­logie grecque les Dieux jalousent les mortels par­ceque les choses ont une intensité, une valeur réelle, soit, une consis­tance, une forme. Mais qu en est il du monde des Dieux ? Ainsi écrit t on qu il n y a de triomphe que s il y a combat, lutte, éffort. Mais qu en est il de l ima­gi­naire ? Ainsi ima­giner un film d ani­mation est facile, mais lorsque vous voulez que celui ci prennent forme, trait dans la réalité cela demande un travail tita­nesque de cen­taines d humains, pour lui donner consis­tance dans la réalité et donc visible par tous.

Bref, la réalité permet d avoir un ima­gi­naire, une pensée propre en confinant chacun en un espace/​temps propres et ensuite de la par­tager dans un espace/​temps commun. Si chacun ne vivait qu au travers de son propre monde ima­gi­naire donc sans réalité il vivrait seul, tel Robinson Crusoé sur son île. Pour par­tager quelque chose il faut un espace/​temps commun fixe et déterminé. Répondant à des lois qui s imposent a tous. C est aussi comme cela que fonc­tionne la nature, et notre propre société humaine. de là implique les notions de réalité absolu/​relative et de vérité absolu/​relative. Mais c est une autre paire de manche.…

Sans la réalité il n y aurait pas de dif­fé­rence entre vous, lui ou moi, tout serait mélangé en une sorte de "soupe d énergie" égal à ce que l on dit du monde d avant le fameux big bang. La rélaité implique le principe du temps sans ce dernier pas de réalité, pas d évolution, pas de mémoire, pas de sens de la vie, rien que du néant.

Or, nous vivons dans un monde dont la méta suprême, le graal est la sup­pression du temps, de la réalité, soit, un plon­geons dans le néant..

jeudi 4 août 2011 à 14h09

Merci icouli pour votre commentaire. Vous dites :

Mais qu est ce que la réalité et quel est son interet, sa fonction ?

Là, les réponses sont connues depuis tou­jours, mais notre société malade les fuient…

De quelles réponses parlez-​​vous ?

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jeudi 4 août 2011 à 12h35 - par  icouli

Un jour où je me trouvai au Mexique dans un endroit appelé Estacion qua­torce et jouant du saxo. Le "hasard" me fit ren­contrer un jeune pro­fesseur de phi­lo­sophie canadien égaré et parti en vacance pour écrire un livre.

Nous en pro­fitame pour parler phi­lo­sophie autour d un verre. C est alors que je lui posait cette simple question

"c est quoi pour vous l éternité ?"

Après réflexion il me répondit ceci "c est ce que je ne peux ima­giner de la réalité" : Et il avait tout juste, l éternité c est tout l au delà de notre capacité à ima­giner la réalité.

Bref, si votre capacité à ima­giner le futur de notre société trouve sa limite à 1 million d année, l éternité com­mence là. Et de facto, pour la plupart d entre nous, un million d année c est déjà trop, c est donc déjà l éternité relative. Alors, dire qu il faudra se pré­parer a la fin du soleil est une farce, un leurre de notre cerveau, ramenant tout à un concept mathé­ma­tique tota­lement décon­necté de la réalité. Une abs­traction absurde. Car pour nous même, le soleil devrait fonc­tionner plu­sieurs cen­taines d éter­nités relatives…

Mais qu est ce que la réalité et quel est son interet, sa fonction ?

Là, les réponses sont connues depuis tou­jours, mais notre société malade les fuient…

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