Alexandre Korotkov : une carrière allemande dans les « organes » soviétiques

samedi 15 juin 2013
par  syagrius
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Alexandre Mikhaï­lo­vitch Korotkov (« Sacha  ») est une des étoiles, méconnues en Occident, du ren­sei­gnement sovié­tique. Agent illégal en France dans les années trente, il est affecté à Berlin comme vice-​​résident, sous cou­verture diplo­ma­tique, en 1940. Même si Staline en doute, on sait dans les organes que la guerre avec l’Allemagne nazie n’est, pour Moscou, qu’une question de mois. Et Korotkov, pour la pré­parer, a beaucoup à faire : il doit notamment mettre sur pied des réseaux solides à Berlin. Or, depuis 1938, le contact a été perdu entre Moscou et ses prin­cipaux agents locaux.

Dès son arrivée dans la capitale du Reich, le jeune officier mul­tiplie les mes­sages de mise en garde sur la pré­pa­ration des hos­ti­lités par les nazis. Mais, bien entendu, aucun de ces télé­grammes ne modi­fiera la position du « guide suprême ». Surtout, le 17 sep­tembre 1940, il arrive à opérer un premier contact avec Arvid Harnack, l’un des « Ber­linois » du NKVD. Il apprend que Harnack, recruté depuis quelques années, n’a pas chômé pendant les deux ans durant les­quels il a été coupé de Moscou. Il est main­tenant en contact avec une mou­vance infor­melle au sein de laquelle se retrouvent intel­lec­tuels, indus­triels et mili­taires antinazis.

Sa source prin­cipale est un jeune officier de ren­sei­gne­ments de la Luft­waffe, Harro Schulze-​​Boysen. Dès mars 1941, Korotkov lui enjoint de construire son propre réseau et d’en faire une structure autonome et cloi­sonnée, indé­pen­dante du réseau prin­cipal de Harnack. Harro Schul­ze­Boysen et sa femme, Libertas, acceptent. Ce qui ne les empêche pas de mêler, à l’effroi des Russes, acti­vités de ren­sei­gnement et résis­tance. Que ce soit par les sources de Harnack ou de de Schulze-​​Boysen ou par les nom­breux amants de Libertas (le couple mène une vie très libre), Korotkov amasse les ren­sei­gne­ments qui conti­nuent à le per­suader que la guerre est inévi­table. En vain.

Lorsque débute l’opération BAR­BA­ROSSA, en juin 1941, l’ambassade sovié­tique est étroi­tement gardée par les SS dans l’attente de l’échange de son per­sonnel contre celui de la chan­cel­lerie alle­mande à Moscou. Mais Bere­chkov, l’un des offi­ciers de la Rési­dence, qui sera un jour l’interprète de Staline, a acheté le chef du déta­chement SS. Un jour où les deux hommes déjeunent, l’Allemand terme les yeux sur une escapade de Korotkov censé aller " faire ses adieux à une petite amie ’’·

Deux heures durant, au cœur de Berlin, alors que les masses des « Panzers » déferlent sur les plaines de l’URSS, le numéro deux du ren­sei­gnement sovié­tique à Berlin pourra tenir une der­nière réunion avec les chefs de ses réseaux. Il leur annonce, entre autres, qu’ils seront désormais rat­tachés, pour leurs com­mu­ni­ca­tions, avec une autre structure ins­tallée, elle, à Paris et Bruxelles. Ce que les Alle­mands appel­leront un jour l’Orchestre rouge est désormais en place. Après la guerre, Korotkov sera affecté à la direction des « Illégaux » puis, en 1957, désigné comme résident à Berlin-​​Est.

Il mourra stu­pi­dement, en 1961, d’un infarctus, durant une partie de tennis avec Ivan Serov, l’un des chefs du KGB puis du GRU.


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