La " cellule internet " de la DST.

mercredi 6 octobre 2010
par  syagrius
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La Direction de la Sur­veillance du Ter­ri­toire est l’organe chargé de la sécurité à l’intérieur des fron­tières. Au delà de cette défi­nition assez vague, ses prin­ci­pales pré­ro­ga­tives, repré­sentées par 4 divi­sions prin­ci­pales, sont : le contre-​​espionnage, la pro­tection du patri­moine indus­triel, la lutte contre le ter­ro­risme, et plus récemment la lutte contre la cri­mi­nalité informatique.

Ces der­nières années, la DST s’est illustrée à plu­sieurs reprises dans ce nouveau domaine (affaire du Chaos Com­puter Club par exemple) . Elle dispose d’un "Dépar­tement des Sys­tèmes d’Information" (DSI) qui fut créé en 1986. Cette création concré­tisait l’intérêt que la DST portait au piratage infor­ma­tique depuis que les fichiers du Centre de docu­men­tation de l’armement (Cedocar) avait fait l’objet d’une péné­tration en 1984. Le DSI a une double mission : de pré­vention (par la sen­si­bi­li­sation auprès des entre­prises) et de répression. Pour autant, la DST aurait déve­loppé une activité infor­ma­tique offensive visant à tenter de pénétrer cer­tains réseaux infor­ma­tiques adverses. Elle uti­li­serait pour ce faire d’anciens hackers " repentis ".

Glo­ba­lement, le déve­lop­pement de l’Internet a conduit la DST à créer, au sein du DSI, une " cellule Internet " à la fin des années 90.

1) Naissance de la cellule.

Début 1996, le Ministère de l’Intérieur engage une série de concer­ta­tions entre la Direction Générale de la Police Judi­ciaire, les Ren­sei­gne­ments généraux et la DST pour créer un " échelon d’intervention de la Police Nationale sur l’Internet ".

En juin 1997, la DST se voit confier la res­pon­sa­bilité de mise en œuvre de cette action : recherche d’infractions pénales et recueil d’informations dif­fusées sur Internet inté­ressant les ser­vices de Police.

Le 1er décembre 1997, le Com­mis­saire Prin­cipal Blancher et une ving­taine de fonc­tion­naires lancent la " cellule Internet " de la DST, qui se voit doter de liaisons à très haut débit, d’une réception par satellite et de puis­sants ordi­na­teurs. En théorie, la cellule est capable de traiter les mails déposés dans plus de 15 000 forums grâce á une " solution logi­cielle per­for­mante " (sans doute une copie du célèbre pro­gramme Taïga de la DGSE).

Tou­tefois, bien que la DST col­labore sur l’Internet avec la DGSE et la DRM, les moyens français restent faibles par rapport aux 2 leaders mon­diaux : la NSA amé­ri­caine et le FAPSI russe.

2) Les risques du net.

La DST s’inquiète de la pro­li­fé­ration d’activités déli­cieuses de 3 ordres : le crime organisé, l’espionnage indus­triel, et la désinformation.

Selon un de ses documents intérieurs de la DST :

  • Crime organisé : " Géné­ra­lement, le but des pirates est de s’introduire sur les réseaux sen­sibles et de s’affirmer comme les maîtres du serveur de ces sites. Souvent jeunes et auda­cieux, ils goûtent davantage le plaisir de tra­vestir les sites offi­ciels que de trouver des ouver­tures plus lucra­tives à leurs com­pé­tences. Tou­tefois ces der­nières peuvent être uti­lisées par des orga­ni­sa­tions cri­mi­nelles ou des ser­vices de renseignements.

Les orga­ni­sa­tions mafieuses semblent ainsi avoir pris conscience du potentiel de ces éven­tuelles recrues et l’on redoute que des nou­velles orien­ta­tions plus délin­quantes soient données à ces vir­tuoses du pro­tocole Internet. Le risque est d’autant plus important que la plupart des outils servant au piratage sont désormais dis­po­nibles sur le réseau avec parfois des notices très détaillées per­mettant à un enfant d’attaquer le Pentagone pendant son goûter. " (lol pour la der­nière phrase)

  • l’espionnage indus­triel : " les ser­vices de ren­sei­gnement ont constaté que les réseaux actuels sont la cible des offi­cines d’espionnage indus­triel et écono­mique qui, par ce biais, accèdent frau­du­leu­sement aux données confi­den­tielles de cer­taines unités de recherche fon­da­mentale de grands groupes français. "

La dés­in­for­mation : " la cir­cu­lation de l’information en temps réel et de manière inter­active permet une mani­pu­lation encore plus aisée de la part des ser­vices de ren­sei­gnement ou de groupes indus­triels concurrents. "

3) Internet : un outil d’enquête sans pareil.

Pour la DST, ce sont 3 outils d’enquête et de recherche qui se pré­sentent à elle grâce au net :

  • le web en lui-​​même : Les groupes ter­ro­ristes affichent souvent des infor­ma­tions utiles sur leurs sites, ce qui fait gagner beaucoup de temps dans la col­lecte de la docu­men­tation ouverte. Le pauvre ins­pecteur qui devait " infiltrer " le réseau des sym­pa­thi­sants et récu­pérer les tracts dans les mee­tings n’a désormais même plus besoin de quitter son bureau, il peut désormais tout trouver avec quelques clicks de souris. Des groupes ter­ro­ristes, isla­mistes, de gué­rilla, etc ont des sites qui per­mettent de se faire une idée de leurs moti­va­tions et actions futures. Des pro­grammes de recherche auto­ma­tisée per­mettent de démul­ti­plier les visites et les analyses.
  • le courrier élec­tro­nique : les e-​​mails sont gardés en mémoire par les four­nis­seurs d’accès et la DST (ainsi que de nom­breux ser­vices de par le monde) possède le droit d’y jeter un coup d’œil. Autrement dit, c’est comme si en postant une lettre, un double était crée et conservé par la Poste qui le gar­derait pendant une cer­taine période durant laquelle la Police aurait tout le loisir de l’obtenir.
  • les forums de dis­cus­sions : la DST peut tracer un profil détaillé (voire intime… lol) de tout inter­naute à partir de son adresse e-​​mail en récu­pérant toute les mes­sages que ce dernier à laissé sur les forums de dis­cus­sions. Par exemple, si vous laisser des mes­sages sur beaucoup de forums gays, que vous dis­cuter souvent d’attaque DOS ou de Hija­cking sur des forums de piratage, que vous par­ti­ciper acti­vement à des forums pro-​​autonomistes bretons, etc… les logi­ciels peuvent établir un profil type : hacker homo­sexuel sym­pa­thisant de la cause bre­tonne… enfin ça dépend de ce que vous écrivez bien sûr). Les forums les plus sur­veillés sont ceux en rapport avec la drogue, l’économie, les ser­vices secrets, le piratage, l’intégrisme isla­mique, la pédo­philie etc.

CONCLUSION :

En 1998, le Préfet Pascal, patron de la DST déclarait que celle-​​ci était à " l’avant-garde du combat " sur l’Internet. Tou­tefois, il fait recon­naître une quasi supré­matie des amé­ri­cains sur ce domaine : les rou­teurs prin­cipaux du net se situe aux USA, la NSA possède une puis­sance infor­ma­tique démen­tielle, qua­siment tous les logi­ciels uti­lisés de par le monde sont amé­ri­cains, et ,selon D.Martin dans son ouvrage " la cri­mi­nalité infor­ma­tique ", la CIA pos­sé­de­raient des pri­vi­lèges gravés dans les puces [merci Intel…]et les ins­truc­tions secrètes oubliées dans les lignes de code des sys­tèmes d’exploitation [merci Microsoft…] ce qui lui per­met­trait de pénétrer dans tous les systèmes. ).

La menace des ser­vices secrets ou groupes privés amé­ri­cains (mais aussi russes, chinois, anglais, etc) touche les entre­prises fran­çaises et a des réper­cus­sions sur le déve­lop­pement écono­mique, l’emploi, etc. Le rôle que la DST doit jouer dans le dis­po­sitif de défense est essentiel.


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