Un plan B pour la Grèce

mardi 28 juin 2011
par  Neimad
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Nou­velle grève générale en Grèce. Après celles du 11 mai et du 15 juin, celle du 27 juin est prévue pour 48h pour pro­tester de nouveau contre le plan d’austérité imposé par les diri­geants et par l’Europe. Selon Bruxelles, "il n’y a pas de plan B".

La condition de la Grèce est en effet catas­tro­phique. Le PIB recule, le chômage grimpe à plus de 15%, les salaires s’effrondrent, les impôts aug­mentent, l’inflation aug­mente de 5%, la consom­mation s’effondre… Le plan d’austérité apportera-​​t-​​il une solution ou aménera-​​t-​​il encore plus de pau­vreté en Grèce ? Actuel­lement, un Grec sur quatre se trouve sous le seuil de pauvreté…

Pour com­pa­raison, l’Argentine a subi des plans d’austérité com­pa­rables entre 1998 à 2001, à la demande du FMI, en main­tenant la parité de la monnaie entre le peso et le dollar. Ces plans ont eu pour seul effet d’alimenter la crise.

En quoi consiste le plan d’austérité grec ? Une économie de 28 mil­liards d’euros sur cinq ans (baisse du nombre de fonc­tion­naires, dimi­nution des salaires, du montant de la retraite, du rem­bour­sement des soins médicaux, des inves­tis­se­ments de l’Etat…), la pri­va­ti­sation du secteur public pour une valeur de 50 mil­liards d’euros, une hausse de la TVA, un élar­gis­sement des impôts aux couches plus modestes (en passant de 12000 euros par an à 8000 euros). En échange de ces efforts, l’Eurogroupe, la Banque cen­trale euro­péenne et le FMI ont prévu un budget de 110 mil­liards d’euros pour aider la Grèce, mais cette aide ne sera versée qu’au fur et à mesure de l’application des mesures d’austérité [1].

Pourquoi un plan d’austérité ? Parce que l’UE considère que la Grèce ne peut pas rem­bourser ses dettes sans équi­librer ses comptes, ce qui est un leit­motiv de la Com­mission euro­péenne depuis le début et une condition d’entrée dans l’UE. Certes, la Grèce achète plus à l’étranger qu’elle n’exporte (sa balance com­mer­ciale est défi­ci­taire). Certes, les diri­geants grecques ont allourdi leur dette en empruntant sur les marchés. Certes, les diri­geants grecques ont tra­fiqué les comptes pour cacher leur déficit et obtenir ainsi de nou­veaux prêts.

Mais la société d’investissement Goldman Sachs a aidé les diri­geants a tra­fiqué les comptes [2]. Mais les marchés finan­ciers ont accepté de prêter de l’argent à la Grèce aux mêmes taux qu’à l’Allemagne, l’incitant ainsi à emprunter plus encore. Mais les marchés finan­ciers ont spéculé sur la dette grecque. Mais la Banque Euro­péenne oblige les Etats à se financer sur le marché privé au lieu d’emprunter à l’UE ou aux autres Etats à taux 0, ce qui signifie que la Grèce devra non seulement rem­bourser sa dette mais aussi les intérêts de sa dette…

Comment la Grèce peut-​​elle encore gagner de l’argent ? Pourquoi la balance com­mer­ciale est-​​elle défi­ci­taire ? Parce que la Grèce fait partie de la zone euro et qu’une monnaie forte favorise les impor­ta­tions et défa­vorise les expor­ta­tions. C’est ce qu’ont très bien compris les Etats-​​Unis quand ils ont dévalué le dollar après la crise pour relancer les expor­ta­tions. Une monnaie forte est un avantage pour des pays riches, dont la consom­mation inté­rieure tient une part impor­tante dans la crois­sance. Il devient un désa­vantage pour un pays pauvre, qui vit de les expor­ta­tions vers les pays riches. Or, la Grèce n’est pas un pays riche.

Pourquoi vouloir main­tenir un euro fort ? Pour que les Etats euro­péens puissent emprunter sur les marchés à des taux com­pé­titifs et éviter ainsi de voir - méca­ni­quement - leur dette multipliée.

Pourquoi vouloir main­tenir la Grèce dans l’Union Euro­péenne ? Il y a deux raisons. La pre­mière : pour ras­surer les marchés finan­ciers sur le risque d’épidémie à d’autres pays de l’UE (le Por­tugal, l’Espagne et l’Italie). La deuxième : pour assurer le rem­bour­sement de la dette grecque auprès des banques [3]. La Grèce est actuel­lement sacrifiée pour éviter une nou­velle crise finan­cière au niveau de l’UE [4].

Pourquoi ne pas consi­dérer cette catas­trophe comme une oppor­tunité ? Une oppor­tunité pour la Grèce d’annuler sa dette, de sortir de l’UE et de la zone euro. Une oppor­tunité pour les Grecs de reprendre en main leur pays. Réagir à la faillite de son pays est une réaction saine, pleine de bon sens. Les mou­ve­ments sociaux qui secouent la Grèce ne repré­sentent pas un danger mais un espoir pour la Grèce. Les diri­geants grecs préféreront-​​ils la voix du peuple aux diktats des marchés ?

La Grèce est connue comme le pays qui a inventé la démo­cratie. Son identité est aujourd’hui mise à mal. C’est pour cela que les Grecs se révoltent.



[1] Le FMI - et plus pré­ci­sément le Club de Paris qui réunit 19 pays - procède ainsi avec les pays pauvres très endettés (PPTE), en les obli­geant, par exemple, à faire baisser les droits de douane pour placer leur marché inté­rieur (leur agri­culture, leur arti­sanat, les marchés publics…) en situation de concur­rence inter­na­tionale, ce qu’on appelle dans le jardon un "ajus­tement struc­turel". Cet ajus­tement implique aussi une rené­go­ciation de la dette, mais pas son annu­lation, contrai­rement à ce que demande régu­liè­rement les Nations Unis pour le pays les plus pauvres. Ainsi, le Kenya consacre 40% de son budget au rem­bour­sement de sa dette, et l’Equateur 50%. Les pays riches pos­sèdent en effet des parts dans ce dette et per­draient de l’argent à l’annulation purement et sim­plement. Des fonds d’investissement spé­cu­latifs, appelés "fonds vau­tours" rachètent parfois les dettes com­mer­ciales des pays qui ont vu leur dette allégée. Rede­venus sol­vables, ils demandent le rem­bour­sement des créances - avec les intérêts -afin de réa­liser une plue-​​​​value consé­quente. Selon l’économiste Aimé D. Mian­zenza, "Les remises de dettes sont apparues comme [une façon] de donner de l’argent non pas aux pays endettés mais à des sociétés privées (fonds d’investissement spé­cu­latifs) des pays dona­teurs". Voir http://​www​.cesbc​.org/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​d​e​s​_​f​o​n​d​s​_​d​’​i​n​v​e​s​t​i​s​s​e​m​e​n​t​_​e​t​_​d​e​s​_​f​o​n​d​s​_​v​a​u​t​o​u​r​s.pdf

[2] Des sus­pi­cions se portent également sur les banques amé­ri­caines PMorgan et feu Lehman ­Bro­thers, et des Etats comme l’Italie et l’Allemagne, très actifs sur les swaps de change. Voir http://​www​.lefigaro​.fr/​c​o​n​j​o​n​c​t​u​r​e​/​2010​/​​02​/​​18​/​​04016​-​20100218​A​R​T​F​I​G​00012​-​d​e​t​t​e​-​g​r​e​c​q​u​e​-​g​o​l​d​m​a​n​-​s​a​c​h​s​-​a​u​-​b​a​n​c​-​d​e​s​-​a​c​c​u​s​e​s​-.php

[3] Pour ne citer que a France, quatre grandes banques fran­çaises pos­sèdent une partie de la dette grecque et ont vu leurs actions baissées ces der­niers mois au moment des mou­ve­ments sociaux, quand cer­tains dési­raient rené­gocier la dette… et aug­mentées quant les diri­geants met­taient en place un plan d’austérité et quand l’UE refusait la négo­ciation de la dette grecque.

[4] L’aide finan­cière de l’UE est versée à l’Etat grecque, argent qui servira à rem­bourser sa dette. Indi­rec­tement, l’UE donne donc - encore - de l’argent aux marchés finan­ciers. Indi­rec­tement, nous tra­vaillons tous pour financer les marchés financiers…


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Commentaires

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dimanche 10 juillet 2011 à 12h45 - par  Pearl

Bon ben appa­remment y’a pas eu de révo­lution en Grèce, mais ça veut pas dire que c’est fini, cette histoire…

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jeudi 30 juin 2011 à 00h00 - par  Neimad

Mer­credi 29 juin 2011, le gou­ver­nement de Papan­dreou a obtenu la majorité des votes des députés pour la mise en place d’un deuxième plan de rigueur sur 5 ans ( 2011-​​2015).

Le plan est passé à 10 voix près, après un vote réalisé à main levé (155 voix pour, 145 voix contre), dans un contexte de grève générale, de mani­fes­ta­tions non-​​violentes (sitting, danses…) et d’affrontements avec la police (les images qui sont dif­fusées dans les médias).

Les députés dis­cutent encore des mesures d’application de la loi et voteront jeudi après-​​midi sur la manière dont le plan de rigueur devra se réa­liser, à moins d’une révolution…

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