Trois SDF condamnés pour avoir volé de la nourriture dans les poubelles

mercredi 4 février 2015
par  Neimad
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Début février 2015, à Mont­pellier [1], un tri­bunal a condamné trois jeunes SDF qui cher­chaient à manger dans des pou­belles de super­marché [2]. Une autre affaire est en cours avec un demeur d’emploi, une étudiante et un tech­nicien du spec­tacle [3]. Dans une autre ville, un super­marché a mis des affiches sur ses pou­belles pour pré­venir les SDF (en tout cas, ceux qui savent lire) qu’ils avaient mis de la javel, avec le soutien de la gen­dar­merie [4]. Ces pra­tiques ne sont pas nou­velles, mais ces affaires per­mettent de réfléchir sur le manque de recy­clage de nos déchets ali­men­taires et de rap­peler le prin­cipal pro­blème : il y a encore en France, aujourd’hui, des hommes et des femmes qui sont obligés de faire les pou­belles pour ne pas mourir de faim [5].

Rap­pelons que 10 à 20% des pro­duits ali­men­taires des hyper­marchés (mais aussi des res­tau­rants, des bou­lan­geries…) finissent dans les pou­belles. Pour faire la chasse au gas­pillage, cer­tains res­tau­ra­teurs ont inventé le Doggy Bag, la pra­tique qui consiste à ramener chez soi les restes de ses repas. Si cer­tains res­tau­rants français com­mencent à le pro­poser, cela reste tou­tefois très marginal.

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Source : capture d’écran Twitter

La société de consom­mation appelle au contraire au gas­pillage. Au moyen âge et durant l’antiquité, le gas­pillage était le fait de la noblesse, la preuve de la richesse (on man­geait et on se faisait vomir pendant les orgies romaines…). C’est la même raison qui pousse cer­tains peuples afri­cains à valo­riser les femmes grosses : cela prouve que leur mari a les moyens de les entretenir.

Quand un SDF (ou un pauvre,disons-le mot) prend dans la pou­belle d’un riche, il l’empêche de gaspiller.

Evidemment, il y d’autres raisons possibles :

  • les raisons offi­cielles : le SDF ris­querait de tomber malade et de porter plainte (si les SDF avaient les moyens de payer un avocat, vous ne croyez pas qu’ils en appel­le­raient au droit du logement oppo­sable ?) ; on veut éviter le trafic de nour­riture avariée par cer­taines sociétés (? ??)
  • l’hypocrisie cou­pable : on préfère voir un SDF mourir de faim que de lui faire prendre le risque de tomber malade pour avoir mangé un produit périmé depuis 1 jour
  • cynisme brutal : un SDF mort vaut mieux qu’un SDF malade
  • mauvais genre : on veut éviter d’attirer les pauvres des environs
  • concur­rence déloyale : les magasins ne veulent pas laisser croire que cer­tains pro­duits sont "gratuits"

En réalité, tout cela n’est pas nouveau. Cela existait déjà au 19e siècle, mais les raisons qui étaient données étaient alors bien dif­fé­rentes. A la place des jus­ti­fi­ca­tions juri­diques, ration­nelles ou huma­ni­taires ("c’est pour leur bien"), on trouve un aspect psy­cho­lo­gique et une question économique :

  • la chasse aux pauvres : on ne voit pas voir les pauvres, on ne veut pas en entendre parler
  • la question de la pro­priété : les déchets ali­men­taires appar­tiennent à ceux qui les ont pro­duits, c’est pour cela que les SDF récemment condamnés l’ont été pour "vol" ou pour "sous­traction frauduleuse"

Proudhon disait que "la pro­priété, c’est le vol", pour dénoncer les méfaits du capi­ta­lisme (l’accumulation des richesses dans les mains d’un petit nombre). On pourrait aussi dire : "la pro­priété crée le vol". Ce que les grandes enseignes ne sup­portent pas, ce pourquoi elles mettent de la javel dans leurs pou­belles, c’est l’existence d’une consom­mation sans échange moné­taire, sans acte com­mercial. Ce que le capital déteste le plus, c’est l’idée de gratuité.

Les petits com­mer­çants peuvent être atteints de la même fièvre consu­mé­riste : j’ai moi-​​même vu un bou­langer jeter ses vien­noi­series non vendues dans des pou­belles, dans une cour à l’arrière de sa bou­tique. Dommage, car le SDF qui faisait la manche une rue plus loin aurait bien aimé qu’on lui donne de quoi manger…

Rap­pelons qu’aujourd’hui en France, 1 million de pauvre est inscrit aux Restaus du Cœur. Toutes les asso­cia­tions témoignes de la recru­des­cence de la pau­vreté en France. Remercions-​​les de ne pas venir se servir direc­tement dans nos assiettes…

_​_​_​

Ce monde est à nous, changeons-​​le !



[1] Voir http://​www​.midi​libre​.fr/​2015​/​​02/​03/​…

[2] Rap­pelons que les les jeunes sans emploi de moins de 26 ans n’ont pas le droit au RSA, à pouvoir jus­tifier de deux ans de travail à temps plein…

[3] Voir la deuxième partie de l’article : http://​www​.lefigaro​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​te-fr…

[4] Voir http://​leplus​.nou​velobs​.com/​c​o​ntrib…

[5] Qui habite Paris devrait aller faire un tour à côté de la gare de l’Est cer­tains soirs : il verra la longue file devant le camion qui dis­tribue la soupe popu­laire, parmi les­quels de nom­breuses personnes âgées…


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