L’accord de la honte

dimanche 9 août 2015
par  Neimad
popularité : 100%

13 juillet 2015. Le dernier accord entre le gou­ver­nement grec et ses créan­ciers de l’Union euro­péenne, de la Banque cen­trale et du FMI (qu’on sur­nomme du nom de "troïka) doit nous alerter, à la fois sur le manque de respect des réfé­rundums dans l’Union euro­péenne, sur l’idéologie écono­mique qui décide des nou­velles réformes d’austérité en Grèce et sur le pro­blème de la dette en Union européenne.

"C’est un jour très triste en dépit des appa­rences et du folklore de la satis­faction du gou­ver­nement d’un côté de de Sarkozy et de ses amis" (Mélenchon, sur BFMTV, le 13÷07÷15).

Tous les poli­tiques se féli­citent d’avoir obtenir un accord pour, disent-​​ils, empêcher la Grèce de sortir de la zone euro et lui accorder 86 mil­liards d’aides, en échange de nou­velles mesures d’austérité. Notre gou­ver­nement par­ti­cipera à la fabri­cation des nou­velles lois qui devront être votées en Grèce sous deux jours, avant l’ultimatum, c’est-à-dire sans laisser le temps au par­lement grec de dis­cuter le contenu de ces dites lois.

Rap­pelons que le peuple grec avait dit "Non" le 5 juillet 2015 à 61% à de nou­velles réformes d’austérité imposées par la troïka. Alexis Tsipras ne res­pecte pas plus l’avis de son peuple que Nicolas Sarkozy quand il a fait passer par le Par­lement des réformes équi­valent au Traité consti­tu­tionnel européen que nous avions rejeté par réfé­rundum en 2005. Ce taux de 61% est exces­si­vement important pour un sujet polé­mique quand on sait que l’élection de nos pré­si­dents se fait géné­ra­lement autour des 50% (53% pour notre dernier président).

JPEG - 48.2 ko

Revenons un instant sur ces 86 mil­liards d’aide finan­cière. Les créan­ciers de l’Union euro­péenne, trans­formée en véri­table banque, prévoit de pri­va­tiser tout ce qu’elle peut en Grèce pour ren­flouer ses caisses. La Grèce doit en effet engager 50 mil­liards de pri­va­ti­sation, léguant ainsi à bas prix tout ce qui peut rap­porter (élec­tricité, télé­com­mu­ni­cation, banque, métal­lurgie…) aux sociétés finan­cières, banques [1], assu­rances [2] et Etats [3] qui se por­teront acqué­reurs [4].

Ce montant se décompose donc de la manière suivante :

  • 50 mil­liards d’euros de pri­va­ti­sa­tions
  • 36 mil­liards d’aides sup­plé­men­taires "promis sur le papier"

Mais une partie des ver­se­ments pré­cé­dents n’a tou­jours pas été versé, des diri­geants grecs doutent du ver­sement de cette partie de la part de l’Union européenne.

Les "ins­ti­tu­tions" euro­péennes veulent décider, non pas seulement du salaire des fonc­tion­naires, de la durée des retraites et du montant de la TVA, mais aussi du prix des bou­lan­geries, des lai­teries, toutes les nou­velles lois à voter doivent être revues et toutes les lois passées par l’actuel gou­ver­nement d’Alexis Tsipras qui iraient à l’encontre des vues de la "troïka" devront être abrogées. Des lois qui avaient pourtant été votées par les repré­sen­tants du peuple grec…

Comme le disait un com­men­tateur de BFMTV : "qu’est-ce que c’est, si ce n’est pas une mise sous tutelle ?".

Selon l’un des membres de Siriza (coa­lition de la gauche radicale qui fait partie du gou­ver­nement grec) : " Il s’agit d’une situation néocoloniale."

JPEG - 172 ko

Cette situation de fait est une honte pour la démo­cratie dont le mot a été inventé par les Grecs, elle est une honte pour les diri­geants qui ont signé cet accord, pour le peuple grec qui laisse faire. Avant de les juger, que ferions-​​nous à leur place ? Peut-​​être que nous aussi nous irions retirer de l’argent à la banque pour le mettre sous le matelas…

Autre ironie de l’histoire : Goldman Sachs, une société tris­tement célèbre pour avoir joué un rôle dans la crise des sub­primes, avait spéculé sur le montant de la dete grecque… tout en aidant le gou­ver­nement de Papan­dréou à tra­fiquer ses comptes (il s’agissait de porter au bilan comp­table les recettes de l’année sui­vante, ce qui fait que les recettes étant comptées deux fois…). En 2011, en pleine crise de la dette grecque, la Grèce et l’Italie nomment un nouveau premier ministre, Mario Monti en Italie et Lucas Papa­demos en Grèce, deux anciens de Goldman Sachs… [5] La proximité de la sphère finan­cière avec les plus hautes ins­tances de l’Etat devrait inter­peller les citoyens, surtout quand les sociétés concernées sont impli­quées dans la crise des sub­primes et dans le trafic du bilan financier de la Grèce en 2009

JPEG - 28.6 ko

N’a-t-on pas oublié d’autres cou­pables ? Le pré­cédent gou­ver­nement grec qui a appelé Goldman Sachs à l’aide pour tra­fiquer les comptes et continuer à emprunter sur les marchés finan­ciers (contre une com­mission de 300 000 mil­lions de dollars, une paille !), les ins­ti­tu­tions finan­cières qui sont res­pon­sables de la spé­cu­lation sur la dette grecque alors qu’elles savaient que la BCE allait inter­venir (en 2008, la Banque Cen­trale Euro­péenne avait débloqué un prêt de 700 mil­liards d’euros aux banques à un taux infé­rieur au prix du marché), l’Europe qui fait passer le rem­bour­sement de la dette avant l’intérêt des peuples (l’économie est-​​elle fait pour l’homme ou l’inverse ?), les ministres français qui se féli­ci­taient de leur travail accompli "au nom de la Grèce" (Le peuple grec a-​​t-​​il élu notre premier ministre ? Je ne crois pas), et enfin nous-​​mêmes, qui laissons faire et qui géné­ra­lement oublions tout ce "passif" lorsque vient le moment d’aller voter…

Allons-​​nous continuer long­temps à faire sem­blant de croire ce que disent les marion­nettes à la télé­vision ? La démo­cratie, cela com­mence ici et main­tenant, en dénonçant cet état de fait, en essayant de trouver d’autres solutions…

Pour cela, il faut com­mencer par espérer, croire qu’un autre monde est pos­sible. Or, c’est pré­ci­sément là la force de nos diri­geants, des ins­ti­tu­tions finan­cières et des médias : ils n’imaginent pas qu’un autre monde est pos­sible, ils n’ont pas intérêt à ce que change l’ordre établi, ils ne veulent pas qu’on remette en cause le système qui les a mis en place et qui continue à leur apporter pouvoir et argent.

JPEG - 34.9 ko

Dans son livre, La stra­tégie du choc, la jour­na­liste Naomie Klein a très bien analysé ce rapport entre les crises (catas­trophe natu­relle, crise écono­mique, crise écolo­gique, guerres aux fron­tières des pays occi­dentaux, ter­ro­risme à l’intérieur des Etats…) et ce Nouvel Ordre Mondial que les puis­sants sont en train d’instaurer [6] : ils ne leur suffit plus d’instaurer un climat d’insécurité (vio­lence, chômage, grippe, H1N1…) pour que l’émotion rem­place la raison, ils doivent frapper fort ou pro­fiter de chaque catas­trophe pour faire passer de nou­velles réformes sans laisser le temps aux citoyens de réfléchir, il faut agir dans l’urgence, faire face aux chiffres incom­men­su­rables de la dette par exemple, pour faire passer des accords comme celui de la Grèce.

La France n’est pas en reste puisque le gou­ver­nement a profité des attentats ter­ro­ristes de janvier 2015 pour faire passer en urgence la Loi Macron, un pot-​​pourri de nou­velles mesures de sur­veillance, à l’aide du 49/​3 (un seul vote, pas de dis­cussion sur les amen­de­ments). Cette loi n’a pas été construite dans l’urgence, elle était déjà "dans les tiroirs" depuis plu­sieurs mois, le gou­ver­nement attendait seulement le bon moment pour la faire passer. On peut ima­giner que d’autres lois seront de nouveau votées de cette manière.

Si les puis­sants veulent nous faire peur avec l’insécurité, les ban­lieues, les émigrés, le chômage, la dette, les épidémies, le ter­ro­risme, l’Etat isla­mique… nous devons consi­dérer ces réa­lités comme des "faits" et non comme des "menaces", nous devons refuser d’avoir peur, car la peur fait appel à nos ins­tincts pri­maires, faci­lement pré­vi­sibles pour les gens qui pensent, et nous empêche de rai­sonner. La peur peut se trans­former en colère, en haine, en jalousie, en esprit de ven­geance, trouver des "boucs émis­saires", etc.

PNG - 92.5 ko

Ce qu’ont très bien réussi à faire les médias et les jour­na­listes de la "nomen­clatura", c’est de trans­former les Grecs en "boucs émis­saires", en jus­ti­fiant "après coup" les réformes imposées par de nom­breux défauts "inhé­rents aux Grecs" eux-​​mêmes, en tant que peuple, et non à leurs gou­ver­nants, à leur poli­tique, à leur économie ou au système financier. Ainsi, les Grecs ont été traités de fei­gnants [7], d’escrocs [8], de mauvais payeurs [9], etc. [10].

C’est un peu le même dis­cours "per­son­na­lisant" qui veut que le chômeur soit la cause du chômage. C’est en effet plus simple d’accuser le malade que de soigner la maladie… Nous devons donc nous méfier de ces amal­games, et garder notre confiance en l’homme, car de nou­veaux chré­tiens risquent d’être jetés dans l’arène, soumis à la vindict populaire.

Finissons avec un peu d’humour : les vacances de Norman à Mikonos…


_​_​

Ce monde est à nous, changeons-​​le !


[1] BNP-​​​​Paribas possède 5 mil­liards d’obligations auprès de l’Etat grec.

[2] Pour infor­mation, les pro­prié­taires de la dette fran­çaise, ceux à qui l’on rem­bourse chaque année 45 mil­liards d’euros, le premier budget de la France, sont en premier lieu les assu­rances, en second lieu les banques.

[3] Des Etats, comme l’Allemagne, pos­sèdent plus de 6,3 mil­liards d’obligations auprès de l’Etat grec

[4] Source :Les​crises​.fr.

[5] Source : Goldman Sachs et la Grèce : une his­toire de vampir.

[6] Il ne s’agit pas de théorie du complot, mais sim­plement de l’ordre ultr­la­li­béral, néo­li­béral, le nom n’est pas important, tel que le dénonce Noémie Klein dans son dernier livre. Dans ce nouvel ordre, les Etats sont soumis aux marchés finan­ciers, au pouvoir des mul­ti­na­tio­nales et de leurs lobbies, ils ne sont pas même réduits à la fonction réga­lienne, puisque la démo­cratie elle-​​​​même ne s’effectue pas plei­nement : les deux partis qui font l’alternance, bonnet blanc et blanc bonnet, ne se dis­tinguent plus guère sur les ques­tions écono­miques, il n’y a pas de recours pos­sible pour les peuples, à moins de se sou­venir que ’l’homme libre" de la Répu­blique, celui qui défi­nissait le citoyen, est avant tout un homme qui se révolte…

[7] Nota : ils ne sont pas à 35 heures par semaine mais à 36 heures…

[8] Les Grecs sont devenus des "bar­bares", un mot qui a été inventé par les Grecs pour désigner les autres peuples…

[9] Certes, les Grecs n’ont pas de cadastre, mais leurs impôts sont pré­levés direc­tement sur leur fiche de paie, ce qui évite de fausses décla­ra­tions, des erreurs, des retards et des recou­vre­ments. Evi­demment, il reste le pro­blème du travail au noir, mais c’est un pro­blème commun à beaucoup de pays du Sud, dont la France.

[10] Pour avoir plus d’informations sur les clichés et les faux dis­cours sur la Grèce, vous pouvez lire l’article suivant : Grèce, petit guide contre les bobards médiathiques.


4 votes

Commentaires

Logo de Anne
samedi 2 janvier 2016 à 18h11 - par  Anne

il n’ y a jamais eu de" dette", invention pure et simple pour rendre le peuple esclave

Publications

Brèves

24 septembre 2015 - L’Arabie Saoudite nommée à la tête du panel du Conseil des droits de l’homme de l’ONU

L’Arabie saoudite, reconnu par l’ONU et la Ligue des droits de l’homme (LDH) comme un pays peu (...)

26 avril 2015 - L’UE autorise les OGM de Monsanto

Ven­dredi 24 avril 2015, l’Union Euro­péenne autorise l’importation et la com­mer­cia­li­sation de (...)

20 avril 2015 - Il critiquait la fraude sociale et cachait 1,5 millions au fisc

Le député UMP, Domi­nique Tian, était connu pour sa viru­lence à l’encontre des frau­deurs au RSA, (...)

3 février 2015 - Coïncidence malheureuse : tous ces livres qui brûlent…

Le ven­dredi 30 janvier 2015 : une incendie à la plus grande biblio­thèque uni­ver­si­taire de (...)

3 février 2015 - 1% des plus riches possèdent plus de 50% de la richesse mondiale

Le chiffre ne cesse de gonfler : 45% en 2009, 48% en 2014… Ce chiffre, c’est le pour­centage de (...)