Un ministre japonais demande aux personnages âgées de mourir…

vendredi 8 mars 2013

Taro Aso, le Vice-​​premier ministre du nouveau gou­ver­nement japonais, s’est excusé après avoir demandé aux per­sonnes âgées de ne pas « encombrer » les ser­vices de gériatrie. Pointant du doigt les « per­sonnes avec des tubes » ila également afformé qu’il était impos­sible de « dormir tran­quillement quand vous pensez que le maintien en vie de ces per­sonnes est payé par l’État. ». Pour lui, la solution est de « laisser ces patients se dépêcher de mourir »…

Etonnant, pour un pays qui compte 30 mil­lions d’habitants de plus de 60 ans (sur 120 mil­lions). Le Japon est un pays vieillissant, comme une grande partie de l’Europe et de la Chine [1]. Le taux de fécondité y est par­ti­cu­liè­rement bas, comme en Alle­magne [2]. Il est même de 0,95 à Tokyo, au lieu des 2,5 pré­co­nisés [3].

En France, le taux de natalité est rela­ti­vement élevé, mais les per­son­nages âgées de plus de 60 ans prennent une place de plus grande dans la société, non seulement en terme de popu­lation, mais également en termes de besoins, de soins médicaux, de consom­mation de ser­vices (voyages, yoga, danse de salon, confé­rences…) et de travail bénévole dans des asso­cia­tions (les per­sonnes âgées font vivre de nom­breuses asso­cia­tions, en par­ti­culier les asso­cia­tions de lutte contre la pau­vreté, comme Emmaüs, les Res­tau­rants du Coeur…).

Les per­sonnes âgées, au lieu d’être perçues comme un coût, devraient être perçues comme une oppor­tunité pour la société de déve­lopper des emplois de service non délo­ca­li­sables (aides à domicile, infir­mière…) et un savoir-​​faire tech­no­lo­gique (soins médicaux, domo­tique…) qui pourrait s’exporter dans les autres pays.

A ce propos, l’article de Serge Guérin com­parant les propos de M. Taro Aso à "l’obsolescence pro­grammée" est édifiante : c’est une vision consu­mé­riste de la société qui veut que les pro­duits, comme les hommes, soit péris­sables et rem­pla­çables, en fonction de cri­tères de pro­duc­tivité qui ne tiennent pas compte de la com­plexité et de l’interdépendance de notre société, et en par­ti­culier du travail bénévole (non productif).

En cette journée par­ti­cu­lière (la journée de la femme), il serait bon de rap­peler que les tâches ména­gères, l’aide fami­liale, l’entraide dans une famille, dans un quartier, le béné­volat dans une asso­ciation… sont également du travail.

D’une cer­taine manière, on peut dire que ce travail enrichit la société, puisque c’est un travail qui ne coûte rien à la société.

Une vision étroite de l’économie vou­drait que seul le travail soit pro­ducteur de crois­sance. En réalité, la demande, c’est-à-dire les besoins, la consom­mation, est aussi impor­tante que l’offre. [4]

D’un autre côté, une recon­nais­sance finan­cière du travail asso­ciatif, des aidants fami­liaux et de la femme qui élève ses enfants serait néces­saire dans tous les pays où elle n’existe pas déjà.

C’est parce qu’en Alle­magne et au Japon, il n’existe pas d’allocations fami­liales comme en France que les femmes font le choix entre le travail et la vie fami­liale. Les allo­ca­tions fami­liales per­mettent de sou­tenir la natalité d’un pays.

De même, des aides finan­cières per­mettant le maintien à domicile des per­sonnes âgées per­met­trait de créer des emplois dans le secteur de l’aide à domicile (et donc des per­sonnes qui cotisent…) et de diminuer les frais de l’Etat.

De même, les deman­deurs d’emploi qui s’investissent béné­vo­lement dans des asso­cia­tions par­ti­cipent à la vie de la société. Cela ne devrait-​​il pas être considéré comme un travail en soi ?

En résumé : les femmes, les retraités et les deman­deurs d’emploi, même combat ! :)

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Ce monde est à nous, changeons-​​le !


[1] Malgré un allè­gement de la poli­tique de l’enfant unique, la Chine, comme l’Europe, auront un "pic" de per­sonnes âgées aux alen­tours de 2030. Il nous reste donc quinze ans pour trouver une solution…

[2] En Alle­magne, le faible taux de natalité des Alle­mands est com­pensé par l’immigration.

[3] Le renou­vel­lement d’une popu­lation demande une moyenne de 2,5 nais­sances pour 2 adultes, compte tenu des décès prématurés

[4] D’ailleurs, nous ne vivons pas actuel­lement une crise de l’offre mais une crise de la demande. Le pro­blème n’est pas le travail ou la pro­duction mais celui de la consom­mation. Suite à la révo­lution indus­trielle qui a permis de pro­duire plus pour moins cher, les pays de la Vieille Europe devaient trouvé un moyen d’écouler leurs pro­duits. Ils ont trouvé la colo­ni­sation. Quand ce système est devenu caduque, la publicité et le crédit à la consom­mation ont pris le relais, les Etats se sont endettés… Aujourd’hui, la Chine et les Etats-​​​​Unis font tout pour main­tenir un niveau élevé de consom­mation, alors même que plus per­sonne ne croit en l’idéologie du progrès depuis la fin la deuxième guerre mon­diale, que la crois­sance écono­mique est en berne et que les néces­sitées envi­ron­ne­men­tales nous incite à recycler nos pro­duits plutôt qu’à les consommer-​​​​jeter. A quand une économie qui fonc­tion­nerait avec une crois­sance 0 ?




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