Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?

lundi 21 novembre 2011
par  Neimad
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Le monde est-​​il entiè­rement expli­quable par la science ? Toute chose peut-​​elle se réduire à la pensée maté­ria­liste, aux lois de la phy­sique et à la lutte pour la survie dans le vivant ?

Le monde ne recèle-​​t-​​il pas quelque part de mystère ou d’étrangeté ? N’avez-vous le sen­timent que votre conscience, votre exis­tence, votre être-​​là  [1] est incom­pa­tible avec le simple jeu des atomes et des probabilités ?

L’Univers a créé des formes stables, les sys­tèmes solaires, avec les condi­tions néces­saires à l’émergence - peut-​​être for­fuite - de la vie sur une planète. Non seulement le vivant se réplique mais il s’adapte et évolue… vers une forme de vie intel­li­gente, la nôtre. Nous sommes capable de com­prendre les lois phy­siques qui régissent l’Univers et grâce à cela de modifier notre environnement.

Ainsi, nous n’avons pas seulement conscience de notre exis­tence, avec la capacité de nous recon­naître dans la glace comme le font les singes, les éléphants, les dau­phins, les orques et plu­sieurs espèces d’oiseaux [2], mais nous sommes également capables de concevoir un monde, c’est-à-dire de concevoir un tout organisé dans lequel nous existons, nous et tous les autres êtres vivants.

Après voir précisé le terme de "monde", nous mon­terons comment la phy­sique quan­tique modifie notre conception du monde, et comment nos croyances risquent de créer la fin du monde en 2012. La façon dont nous concevons le monde se confondrait-​​elle avec le monde lui-​​même ? N’est-ce pas fon­da­men­ta­lement étrange ?



Trois façons de concevoir le monde


Le terme de "monde" est trompeur. Il a plu­sieurs accep­ta­tions pos­sibles, qui dépendent du contexte dans lequel il est utilisé :

  • le monde commun, dans lequel nous vivons sans nous poser de question, dont les contours se limitent à notre envi­ron­nement immédiat, qui se crée et qui s’efface à chacun de nos pas, qui contient tous nos pré­jugés, nos peurs, nos super­sti­tions, nos espé­rances… mais aussi toutes les maximes aux­quelles nos adhérons ("si je tra­vaille assez, ça finira par payer", "celui qui fait le mal le paiera un jour", "la vie est une boîte de cho­colats", etc.)
  • le tout construit par notre intellect, un espace fini vieux de 15 mil­liards d’années si on adhère à la théorie du Big Bang, un monde qui nous permet d’expliquer le fonc­tion­nement du monde dans son ensemble et de lui donner une cohé­rence : il peut s’agir du monde causal des scien­ti­fiques [3], du monde régi par Dieu tel que l’imaginent les chré­tiens, d’un monde animé par une "énergie" un peu floue ou d’un monde obéissant à la loi du karma…
  • le monde réel, tel qu’il fonc­tionne véri­ta­blement, qui com­prend toutes les réponses aux ques­tions que nous nous posons (à condition qu’elles aient un sens) et toutes les décou­vertes que pourrait faire un jour la science.

Selon la conception du monde que l’on a, on croit ou non aux miracles, aux pou­voirs de l’esprit sur la matière, à l’existence de l’âme, d’une vie après la mort, d’un autre monde, aux extra-​​terrestres, etc.

Selon la conception du monde que l’on a, on croit ou non que la science apporte le progrès, que les progrès de la science sont infinis, que tout est com­pré­hen­sible par l’esprit humain, etc.

Nous vivons ainsi dans trois mondes dif­fé­rents. La plupart se satisfont de cette ubi­quité mais cer­tains cherchent à unifier ces mondes, à com­prendre comment ils s’articulent ou à rap­procher leur conception le plus pos­sible de celle du monde réel.



Sur quoi reposent nos pieds ?


Prenons l’exemple de la phy­sique quan­tique. Pour Ein­stein, elle repré­sente un échec pour la com­pré­hension du monde par l’esprit humain car il stipule que cer­tains données - la vitesse ou la position d’une par­ticule - n’existent pas en tant que telles mais qu’elles dépendent de l’observateur pour exister (elles font système avec lui) [4]. La phy­sique quan­tique est un scandale en ce sens qu’elle ne ramène pas la matière à une série de lois mais à des pro­ba­bi­lités, si bien que la matière sur laquelle s’appuie notre monde perd de sa solidité : la matière peut être ou ne pas être en même temps… Ce faisant, la phy­sique quan­tique oppose le monde commun au tout construit par la science.

Le monde réel englobe-​​t-​​il les deux réa­lités ? Pour les maté­ria­listes, notre conscience, nos émotions, comme nos sen­sa­tions, peuvent s’expliquer au niveau chi­mique et élec­trique, le tout construit par la science est iden­tique au monde réel.

Mais tous les scien­ti­fiques ne sont pas maté­ria­listes, cer­tains croient à Dieu par exemple. Ils séparent, d’une manière qu’on pourrait qua­lifier de laïque, la science avec la foi. Même si leurs travaux les amènent à mettre à jour la cau­salité qui régit le système-​​monde, ils ne per­mettent pas d’expliquer la création de l’Univers (pourquoi quelque chose plutôt que rien ?) et n’épuisent pas le sens de celui-​​ci (que puis-​​je savoir ? que dois-​​je faire ? que m’est-il permis d’espérer ? demande Kant).



La fin du monde aura-​​t-​​elle lieu ?


Il existe un buzz autour de la fin du calen­drier maya le 21 décembre 2012, alors même que des calculs récents ont repoussé la date à 2116 [5]. Cette croyance se situe pour les uns dans le monde commun, comme une connais­sance vague sur laquelle on peut se per­mettre de blaguer, pour les autres dans le tout organisé en système de croyance ésoté­rique ou mystico-​​religieux qui s’appuie aussi bien sur le calen­drier maya que sur l’Apocalypse de St Jean [6], la pro­phétie de St Malachie, l’ère du Verseau, l’état de nos moeurs, le retour des inté­grismes, la peur du nucléaire, le réchauf­fement cli­ma­tique, les morts mas­sives d’animaux, l’augmentation des tâches solaires, le prin­temps arabe et la der­nière crise économique.

Où se situe le monde réel  ? Autrement dit, y aura-​​t-​​il ou non fin du monde ? S’il y a une nou­velle guerre mon­diale, une nou­velle pan­démie ou une grave crise écono­mique (le credit crash), ne sera-​​ce pas la fin d’un monde, celui que nous avons connu ? N’est-ce pas le cas à chaque génération ?

On peut prédire que cer­tains événe­ments mar­queront l’année 2012, qui pourront être consi­dérés ou non comme la fin d’un monde. Le buzz autour de 2012 crée une tension, si bien que les événe­ments qui arri­veront (ça peut être n’importe quoi) pren­dront une impor­tance qu’ils n’auraient pas eu s’il n’y avait pas eu de buzz sur la fin du calen­drier maya, si bien que ce seront les per­sonnes elles-​​mêmes, par leurs réac­tions, qui créeront la fin du monde annoncée. Cela est d’autant plus iro­nique que 2012 est peut-​​être une erreur de calcul, mais qu’importe !

Ainsi, les croyances qui existent au niveau du monde commun peuvent emporter comme un tsunami le tout construit par nos esprits rationnels qui pré­pa­raient déjà les vacances de 2013.

Sup­posons que la fin du calen­drier maya soit 2116, et non 2012. Cette erreur de calcul, émise à un point donné de l’histoire humaine par un archéo­logue, trouve un écho reten­tissant dans les évène­ments qui marquent l’approche de 2012. Cela aurait eu moins d’impact durant les Trente Glo­rieuses, par exemple. Il y a là une coïn­ci­dence fort étrange, comme si le monde réel faisait écho au monde commun

Ceci dit, Nostra­damus avait prédit la fin du monde en 1999 et il ne s’est passé qu’un petit bug de l’an 2000… Plus de peur que de mal.



Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?


Cette phrase part du pos­tulat que le monde dans lequel nous vivons, le monde commun, est parfois étonnant, mais elle n’affirme rien. Projet 22 ne propose pas de réponse, uni­quement des questions.

Nous cher­chons d’autres per­sonnes qui s’étonnent sur le fonc­tion­nement de notre univers, du monde, de la vie, et qui veulent com­prendre… mais aussi agir pour apporter sa pierre à l’édifice, par ses recherches per­son­nelles, comme c’est le cas sur ce site, par ses actions ou ses pro­po­si­tions. C’est pourquoi la deuxième phrase qui termine la fin de nos articles est "Ce monde est à nous, changeons-​​le !".

Cette der­nière phrase sera expli­citée dans un pro­chain article à paraître.

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The world is strange, it isn’t ?


[1] Le Dasein  d’Heidegger

[2] C’est ce qu’on appelle le test du miroir. Voir http://​www​.futura​-sciences​.com/fr/n…

[3] Un monde où les événe­ments sont expliqués par leur cause effi­ciente, selon la défi­nition d’Aristote. Voir Phy­sique (II, 3-​​9).

[4] Plu­sieurs théories ont été écrites pour expliquer le principe d’incertitude d’Heisenberg. Une affirme que "tout est lié", une autre que le monde est virtuel, une autre encore que tout se réduit à de l’information…

[5] Voir http://​www​.techno​-science​.net/​?ongl…

[6] Rap­pelons que le mot "apo­ca­lypse" vient du grec ἀποκάλυψις (apo­ka­lupsis) qui signifie "révé­lation", c’est-à-dire que la fin du monde doit s’ouvrir sur un monde nouveau beaucoup plus joyeux.


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