Les "modes" ufologiques

lundi 30 janvier 2012
par  Scrutator
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Si c’est en juin 1947 que l’on commença à parler de soucoupes volantes et qu’on prêta à ces objets une origine extraterrestre, ce ne fut vraiment qu’au tout début des années ’50 que l’on commença à parler d’atterrissages de ces engins et de rencontres avec leurs pilotes.

Sous l’influence des premiers “contactés” américains, l’idée se forgea que les extraterrestres étaient très semblables aux humains, mais en mieux. Ils étaient soit de jolies femmes très sexy, soit de beaux hommes d’allure virile et sportive. Bien sûr, ici et là, on signalait quand même, parfois, des êtres très différents, soit très grands ou très petits, semblables d’un côté à des robots mécaniques et de l’autre à de petits singes noirs ou verts… C’est en 1954 que la tendance s’inversa radicalement, et plus précisément à l’occasion de la fameuse vague ovni française. Pendant celle-ci, on signala surtout des nains à peau sombre dont certains avaient d’énormes têtes. Puis, peu à peu, le portrait des extraterrestres se diversifia, comme d’ailleurs la forme de leurs engins. Après avoir décrit majoritairement des soucoupes et des cigares, les gens virent des ballons de rugby, des sphères parfaites ou même des objets aux formes complexes ressemblant tantôt à des fusées, tantôt à des avions, tantôt à des dirigeables, tantôt à des cubes, des pyramides ou des ouchons de carafe”. Quant aux pilotes de ces engins, ils passèrent par toutes les tailles et tous les types.

Dans la plupart des cas, les pilotes des ovnis semblèrent vouloir éviter tout contact. La fuite était le plus habituel de leurs comportements. A l’inverse, les contactés nous décrivaient des êtres soucieux de nous délivrer des messages plus ou moins longs et complexes. Les uns étaient plutôt philosophico-religieux tandis que les autres étaient d’ordre écologique. Enfin, certaines rencontres entre des humains et ces mystérieux pilotes d’ovnis s’étaient soldées par un dialogue ou des agissements incompréhensible, illogique, ou d’un surréalisme aberrant.

On en était là quand les pilotes des ovnis parurent majoritairement changer complètement d’aspect et de tactique. Ils furent en effet désormais décrits le plus souvent comme de petits êtres gris aux yeux immenses et proéminents, un peu comme ceux des insectes. Quant à leur principale activité, elle parut consister à enlever des humains pour leur faire subir toutes sortes de sévices sexuels qui semblaient liés à des expériences de mutation entre notre espèce et la leur…

C’est dans ce contexte nouveau qu’apparurent des engins décrits comme très plats et généralement triangulaires ou, plus rarement, rectangulaires. Certes, auparavant, on avait déjà signalé d’autres plate-formes d’aspects divers, mais jamais en nombre si important qu’elles parurent désormais être à l’origine de la majorité des observations.

Au fil de l’évolution de l’ufologie, les ufologues eux-mêmes tentèrent de cerner à la fois les types d’engins mystérieux qui nous visitaient et les types de personnages qui les pilotaient. On vit ainsi apparaître divers “catalogues” qui, rassemblés, auraient pu former le plus bizarre des inventaires à la Prévert. Du coup, certains ufologues clamèrent haut et fort que les observations d’ovnis ne pouvaient qu’être le reflet d’une apparence trompeuse. Et d’inventer alors des théories diverses, toutes plus ou moins semblables, fondées sur l’idée que derrière non seulement les ovnis mais toutes sortes d’autres phénomènes étranges, se cachait une force mystérieuse, inconnue, maléfique que d’aucuns n’hésitèrent pas à identifier au diable ou à ce qu’il pouvait bien personnifier…

Si l’on considère, comme la grande majorité des ufologue le font, que les observations ufologiques se rapportent à des faits réels mystérieux, il est clair en effet que si on veut trouver à l’ufologie une cohérence réelle on est bien forcé de postuler que celle-ci se cache derrière des apparences que nous prenons au premier abord pour des réalités. En d’autres mots, si mystère il y a, il ne peut être que fondamentalement plus mystérieux encore que ce qu’il paraît être. D’où l’abandon, par certains, de la théorie extraterrestres, jugée désormais par eux comme simpliste, au profit d’une théorie plus complexe faisant la part belle à une sorte de puissance invisible et néfaste qui nous manipulerait depuis l’aube des temps un peu comme un savant fou ou sadique s’amuserait avec des cobayes en multipliant sur eux les expériences visuelles ou tactiles les plus traumatisantes.

Les sceptiques, quant à eux, ont un raisonnement diamétralement opposé. Ils estiment que le manque total de cohérence dans l’ensemble des récits ufologiques provient du fait qu’ils sont un mélange extrêmement confus à la fois d’hallucinations d’origines diverses et d’objets réels plus ou moins mal observés. Il n’est pas difficile à ces sceptiques d’expliquer toutes sortes de cas qui furent en leur temps considérés chacun comme exemplaires par les ufologues et d’en tirer comme conclusion qu’il suffirait simplement de beaucoup plus de temps pour expliquer tous les cas qui ont fait l’objet d’une enquête à peu près bien faite (chose rare il faut le dire !). Bien entendu, les “croyants” répondent à cet argument en multipliant sans cesse le nombre des récits auxquels ils s’accrochent, négligeant par la même occasion d’effectuer les vérifications les plus élémentaires à propos de ces récits.

Pour expliquer la manière dont l’apparence des ovnis et des ufonautes s’est modifiée ou complexifiée au fil du temps, les ufologues disposent de plusieurs théories : soit la technique des ufonautes a progressé, soit les ovnis sont arrivés ici successivement de plusieurs planètes différentes, soit la puissance machiavélique qui se sert des ovnis et des ufonautes pour se jouer de nous a estimé nécessaire ou amusant de faire varier les conditions de ses expérimentations.

Les sceptiques se contentent de constater que l’ufologie suit des modes et que celles-ci semblent s’imposer au fil des hasards de l’histoire. Ainsi les premières soucoupes furent décrites à l’identique de celles qui intervenaient un peu auparavant dans des récits de science-fiction publiés par Ray Palmer, lequel fut le premier éditeur à sauter dans le train en marche de l’ufologie et dont on a pu dire qu’il en était le véritable père spirituel. Si les extraterrestres des premiers contactés parurent être des humains magnifiés et nous parlèrent de leurs mondes comme de véritables paradis, c’est sans doute parce qu’à l’époque on sortait de la guerre et que l’humanité aspirait à un monde nouveau de beauté et de grâce que les stars de Hollywood semblaient pouvoir annoncer. Si, ensuite, les extraterrestres et leurs engins se diversifièrent de plus en plus, c’est très probablement parce que tout cela fut puisé petit à petit dans l’abondant réservoir que formait alors pour ce genre de chose la science-fiction popularisée sous forme de romans, de bandes dessinées et de films à grand spectacle. Si les extraterrestres devinrent majoritairement de petits êtres gris aux yeux d’insectes, il faut y voir l’influence de récits célèbres comme celui du couple Hill ou de films comme Rencontre du troisième type, sans oublier cette morosité particulière qui s’empara du monde après le premier grand choc pétrolier et ses conséquences sur l’emploi et le niveau de vie de beaucoup de gens. Si les récits d’enlèvements suivis de sévices sexuels apparurent d’abord aux Etats-Unis et y restèrent toujours majoritaires, c’est parce que c’est dans cette région du monde qu’une certaine forme d’hypocrisie sexuelle suscita le plus de récits de faux-souvenirs diffamatoires axés sur de prétendus abus sexuels. Enfin, si les ovnis sont désormais majoritairement des plate-formes plutôt que des soucoupes plus ou moins rebondies, c’est sans doute parce que cette forme anguleuse s’est imposée via les medias à la faveur de la pseudo vague ovni belge et d’une célébrissime photographie dont chacun sait aujourd’hui qu’elle était un faux.

Bien sûr, ce qui précède n’est qu’un schéma très grossier de la manière dont les “modes ufologiques” apparurent et se développèrent ; mais quiconque a étudié de près cette question a pu constater que les observations ufologiques n’ont jamais apporté la moindre innovation par rapport à tout ce qui était connu ou avait été imaginé au moment même où ces observations furent rapportées. Autrement dit, le descriptif complet des ovnis et de leurs occupants a toujours puisé dans les connaissances ou l’imaginaire de l’époque. Or, il est évident que si nous étions visités par des êtres appartenant à une civilisation très en avance sur la nôtre, ils produiraient devant nous ce que nous devrions considérer comme une multitude de prodiges divers totalement incompréhensibles pour nous. Ce ne fut jamais le cas et cela prouve que l’ufologie emprunte ses éléments constitutifs dans les connaissances et l’imaginaire des terriens et non dans l’observation de phénomènes qui nous dépasseraient complètement.

D’un point de vue psychologique, les ufologues agissent un peu comme les responsables d’une secte : tout événement présenté comme mystérieux peut faire farine à leur moulin après avoir été passé au crible de leur obsessions touchant les complots, les choses cachées et mystérieuses ou le fantastique qui, selon eux, a seul des chances d’être vrai. Une certaine étroitesse ou même une faiblesse d’esprit ne peut que favoriser les processus qui conduisent ces gens à analyser toutes choses dans un contexte paranoïaque qui justifie la véracité de leurs croyances. On comprend dès lors qu’il ne peut guère y avoir de dialogue entre eux et des esprits sceptiques…

Marc HALLET

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Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?


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Commentaires

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mardi 29 janvier 2013 à 11h03 - par  ianop

Conséquences d’une théorie du "réel imaginé" :

  • L’univers "objectif" est une illusion (si on définit la réalité comme "objectivité").
  • L’humanité n’est tout simplement jamais apparue à un moment donné (l’évolution est une projection de la conscience humaine, qui est le temps).
  • L’univers n’existe pas sans la conscience que nous en avons (principe anthropique simple). Si nous n’étions pas là, il y aurait un autre univers, et les lois de la physique y seraient différentes (principe anthropique étendu).
  • Une conscience non humaine peut exister en parallèle (donc un autre univers), mais nous en sommes coupés par le fait de notre "réalité" collective.
  • Plus notre perception du réel est "subjective", plus ce dernier apparait comme mouvant et fluide, condition première pour générer ce que nous appelons "manifestations paranormales". Cet aspect intrinsèquement fluide de la réalité peut valider nos croyances dans le sens d’une matérialisation ici et maintenant de certains contenus de notre imaginaire.
    C’est une explication possible du "surnaturel". Concernant les OVNI, c’était en tout cas l’approche de Jacques Vallée, laquelle à mon sens n’a pas été suffisamment relayée.
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mardi 20 novembre 2012 à 11h29 - par  ianop

Lire "tangible" et non "intangible". Merci.

Ianop

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mardi 20 novembre 2012 à 11h22 - par  ianop

1) Ce nous est la "conscience" .
2) La réalité est "imaginée" mais elle n’est pas une illusion. La réalité apparaît ainsi comme le potentiel de l’imaginaire. L’imaginaire est une matrice (rien à voir avec les "matrices" de la SF).
Oui, dans la mesure où le "réel" est un substrat épousant les représentations millénaires de notre imaginaire, un monde réel peuplé d’êtres considérés comme imaginaires est concevable.
Il y a un moyen-âge pour notre culture occidentale, il n’y en a pas pour les cultures amérindiennes ou australiennes.
3) Encore une fois, la réalité n’est pas une illusion, mais l’imaginaire est bien réel. J’attire l’attention sur le fait que certains résultats de la physique quantique vont dans le sens d’une négation du réel considéré comme "intangible".
Je reconnais l’utilité de la démarche scientifique dans la mesure où elle admet la possibilité que tout dans l’univers ne s’explique pas "scientifiquement ". Il y a une différence entre la démarche proprement dite (nécessaire dans toute connaissance) et la mentalité scientifique réduisant tout à "l’explicable".
Il n’y a pas de séparation entre réel et imaginaire. C’est l’évolution de la conscience au cours des millénaires qui est la cause de cette séparation - et, à fortiori, du monde que nous considérons comme "réel".

Bien à vous,

Ianop

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mardi 20 novembre 2012 à 01h20 - par  Neimad

Très intéressant commentaire !

Trois questions toutefois :

1/ Si nous créons la réalité par la puissance de notre imagination, qui est ce "nous" ?

2/ Si la réalité n’a pas d’existence en-deçà de notre imagination, d’où viennent les grandes découvertes et la science (mathématiques, géométrie, médecine, géographie, astronomie…), à moins qu’il ne s’agisse là aussi d’une illusion ? Le moyen-âge était-il un monde plat, peuplé de sorcières, de démons et de vampires ? A moins qu’il n’y ait jamais eu de moyen âge ?

3/ Si la réalité est une illusion, vous ne pouvez pas vous appuyez sur les résultats de la physique quantique ni sur aucune autre donnée scientifique, puisque la science étudie le réel et que le réel est un produit de notre imagination. Si vous admettez la réalité de la physique quantique, vous devez admettre la réalité de la démarche scientifique, des lois et des instruments sur lesquels s’appuie ces chercheurs, des chercheurs d’eux-mêmes, de la société dans laquelle ils vivent, etc. Sinon, où mettez-vous le curseur entre réalité et imagination ?

Cordialement,

Neimad

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dimanche 18 novembre 2012 à 15h07 - par  ianop

Bon questionnement. Pour ma part, je pense que le "réel", surtout dans ses interactions avec l’imaginaire, nous est très mal connu.
Les OVNI viennent de notre imaginaire, tout comme les avions, le laser ou les ordinateurs, ou encore l’Univers lui-même. Et notre imaginaire … C’est la réalité.
Nous pensons couramment que la réalité extérieure s’oppose au monde de nos rêves et de nos fantasmes, mais nous nous trompons. S’il existait une séparation quelconque, nous n’aurions pas créé Hiroshima.
La réalité profonde (en admettant qu’elle existe) n’est pas définissable en fonction de paramètres mesurables, tout au moins passées certaines limites qui sont celles de notre monde biologique régi par les lois de l’attraction universelle. Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur les phénomènes se produisant dans l’infiniment petit, où la notion d’espace et de temps est devenue une absurdité.
Notre vie de tous les jours (celle, relativement insipide, que nous avons créée au cours des millénaires) ne doit pas nous faire oublier qu’elle n’est en aucun cas représentative de ce qui pourrait être la "réalité".
Imaginer la réalité au lieu de la subir, tel est peut-être l’enjeu du monde de demain. Et les OVNIS, tout comme les fées de jadis, sont là pour nous inciter au dépassement.

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