Charles fort

mardi 26 juillet 2011
par  syagrius
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 Introduction

Ceux qui se souviennent des années 1970, se rappelleront peut-être de la profusion d’ouvrages traitant du paranormal qui virent le jour à cette époque. Dans les vitrines des librairies s’étalaient les couvertures noirs et or de la collection l’Aventure Mystérieuse, et chez J’ai LU, la collection de poche aux tons grenat alignait titre sur titre jusqu’à devenir une encyclopédie du genre. En 1976, alors que nous regardions les premières photos de la sonde Vicking I sur Mars, nous découvrions avec Charles Berlitz le mystère du Triangle des Bermudes….

J’ai découvert pour ma part ces ouvrages à côté des romans de SF, dans le grand fourre tout de la contre culture des années 70. Cette littérature regroupait les sujets les plus divers : Soucoupes volantes, extraterrestres, civilisations disparues, visites d’extraterrestres dans l’histoire, disparitions mystérieuses, pouvoirs parapsychiques, Templiers, rites cathares, télékinésie, combustion spontanée, vaisseaux fantômes, la liste est interminable… Bien que leurs sujets fussent quelques fois très éloignés les uns des autres, une chose au moins les unissaient tous : leurs auteurs présentaient leur sujet respectif comme autant de révélations inédites et nouvelles sur des thèmes jamais abordés. Que l’on soit alors enclin ou non à suivre l’auteur dans ses théories, on lui devait tout au moins le respect de la découverte d’un nouveau sujet littéraire. Il eut été difficile dans ces conditions, de s’apercevoir que la plupart de ces écrits étaient redevables aux théories d’un seul homme, qui plus est totalement inconnu du grand public, un écrivain américain auteur de quatre ouvrages mort en 1932 : Charles Fort.

Lorsque je dis difficile d’établir une filiation entre " les découvertes paranormales " des années 70 et Charles Fort, il faut même parler d’impossibilité, à tel point qu’on peut se demander dans quel mesure les écrivains de cette époque n’ont pas cherché à effacer toute trace de filiation directe avec lui. Il faut dire que tout l’art de convaincre le lecteur dans la démonstration d’un sujet touchant au paranormal consiste souvent à se parer d’une allure de savoir ancestrale, de faits attestés par la tradition, subitement mis en relation et en lumière par un " chercheur " dont la rigueur intellectuelle est une preuve supplémentaire de ce qu’il affirme.

Pas étonnant dans ce cas que la plupart d’entre eux n’aient jamais cité Charles FORT, quant bien même ils étaient de ses plus fidéles disciples. JPEG - 29.3 ko

Charles Fort

Et pourtant… Qui a dit que notre planète était régulièrement visitée par des êtres d’un autre monde ? Charles Fort.
Qui affirme que ces extraterrestres entretiennent des relations privilégiées avec certains terriens ? Charles Fort.
Qui a expliqué que la Mary Celeste a été victime d’un effet de téléportation organisé par ces êtres venus d’ailleurs ? Charles Fort.
Qui recensait les premières disparitions mystérieuses ? Charles Fort.
Qui a parlé le premier de mystérieux disques volants ? Charles Fort.
Qui a enquêté sur les animaux fabuleux, la combustion spontanée des corps, les pouvoirs psychiques ? Charles Fort, dans ses quatre livres publiés entre 1919 et 1932 : Le livre des Damnés (1919), New Lands (1922), LO ! (1929), et Wild talents (1932).

Il n’y a aucun doute qu’avec cette œuvre il a façonné à lui seul ce qui allait devenir le paysage paranormal du XX ème siècle. Ce faisant il créa de toutes pièces le fond de commerce de nombre d’officines religieuses, de groupes philosophiques, de sectes mercantiles, d’écrivains de littérature fantastique ou de science fiction, et de chercheurs voué à l’exploration du paranormal.

Au cours des années 1980, l’intérêt pour le paranormal a progressivement disparu pour resurgir en pleine force au début des années 1990, trouvant son apothéose dans la célébration de l’anniversaire du crash de ROSWELL, le succés populaire de la série télévisée X-FILES, ou la mode du New-Age. Au cours de cette décennie tant les études sur la culture SF que les essais sur l’origine du mythe des soucoupes volantes ont mis en valeur les liens qui unissaient étroitement les deux mondes. Dans ces deux voies d’investigation sur l’imaginaire du XX ème siècle, un nom est revenu souvent, comme l’inspirateur principal et la source originelle de cet imaginaire, celui de Charles Fort.

Un exemple ? La série X-files est l’objet d’un véritable culte et nombre de guides recensent les thèmes développés par la série : parmi ceux-ci, il n’en est pas un qui ne soit directement issu des livres de Charles Fort écrits dans les années 1920. Voilà peut-être un hommage secret à celui qui n’eut pas de grand succès populaire lors de la publication de ses ouvrages…

Affirmer sommairement l’influence d’un seul homme sur une culture qui ne s’est jamais revendiqué de lui explicitement prête le flanc à une critique facile.

C’est pourquoi le but de cet article est de présenter en détail ce qu’est la pensée fortéenne, puis de montrer quelles furent ses modes de diffusion, pour enfin évaluer la part qui lui revient dans l’élaboration de la culture du paranormal. Auparavant, il nous faut parler de la vie étrange de celui que ses amis appelèrent l’ermite du Bronx.

 Qui est Charles Fort ?

L’homme qui allait devenir le prophète de l’inexpliqué et le théoricien des faits refusés par la science est né à Albany, dans l’état de New-york, le 6 Aôut 1874. Ses parents, originaires de Hollande y tenaient une épicerie de gros et charles Fort, aîné de trois frères, passa son enfance dans un milieu modeste mais confortable. Sa mère mourût en mettant au monde le plus jeune des frères et son père se remaria alors que Charles avait une dizaine d’années.

Son enfance nous est connu par les fragments d’un texte autobiographique, " Many parts ", où Charles Fort se décrit comme énergique, plein d’imagination, et en but à l’autorité d’un père irascible. Cela explique sans doute pourquoi dès l’âge de 18 ans il déserte le foyer pour tenter sa chance à New-york dans le journalisme avant de voyager dans le sud des Etats-unis puis de partir faire le tour de l’Europe. En 1896, à 22 ans, son périple le laisse échoué à Capetown en Afrique du sud où il contracte la malaria. Malade, il revient à New-york et reprend ses tentatives journalistiques. Il se marie en 1897 avec Anna Filing, une servante de la maison familiale et entame une longue période de vie précaire et de dénuement total dans un petit appartement du Bronx.

Charles Fort vit de petits boulots et, à défaut de grands reportages, se met à écrire des nouvelles qu’il vend avec plus ou moins de succès aux journaux. Curieusement, la plupart de ces textes ont aujourd’hui disparu et seul le travail des Fortéens les plus acharnés a permis d’en sauver quelques uns de l’oubli.

Parallèlement à cela, il entame pour son compte personnel la collection systématique des articles traitant de phénomènes inexpliqués. Archiviste infatigable, il ébauche son classement particulier des évènements dont il tirera ses théories futures, mais en pleine dépression nerveuse, découragé, brûle tout en 1900…
En 1905, âgé de 31 ans, Charles Fort a une existence d’ermite ne se déplaçant plus qu’entre son appartement et la bibliothèque public, sans aucune vie sociale, ce dont sa femme souffre énormément. Il a repris ses travaux de compilation et de classement des faits étranges avec une prédilection cette fois pour les gazettes scientifiques.

C’est au cours de cette année, tentant de vendre ses nouvelles au Smith’s magazine qu’il fait la connaissance de l’écrivain Théodore Dreiser, alors son rédacteur en chef. Ils deviennent amis et Charles Fort vient de rencontrer celui qui va le soutenir toute sa vie et lui offrir la postérité. C’est une étonnante amitié qui se noue là et on peut se demander ce qui a poussé Théodore Dreiser, écrivain reconnu de la trilogie Cowperwood, grande figure saluée en son temps par H.G .Wells et Sinclair LEWIS à s’attacher un personnage tel que Charles Fort. Sans doute l’exentricité du personnage, ses centres d’intérêts fantasques, son allure décalée, et son humour légendaire ont charmé l’écrivain naturaliste.

Jusqu’en 1915, il continue son travail de fourmi, et publie au cours de cette période son seul roman qui ne soit pas perdu, " The outcast maunfacturers ". JPEG - 16.4 ko

ISBN : 9781612030562
ISBN-10 : 1612030564

Il se lance alors dans la rédaction de deux manuscrits intitulés respectivement " X " et " Y ", qu’il présente pour lecture à théodore Dreiser. A propos de ces étranges titres, il lui dira qu’il est chanceux d’avoir " X " et " Y " en main, car cela signifie que lui, Fort, a commencé à écrire avec le " A ". Cela en dit long sur la capacité de Charles Fort à détruire systématiquement son travail lorsque celui ci ne lui donne pas satisfaction.
Théodore Dreiser se rappellera plus tard : " Ces manuscrits étaient si étranges, si merveilleux, si plein d’énergie […] c’était certainement les plus grandes choses qu’il me fût donné à lire dans toute ma vie… ". Un compliment de poids pour deux manuscrits aujourd’hui perdus eux aussi, brûlés par Charles Fort parce qu’il les trouvaient imparfaits. De par Théodore Dreiser, on sait simplement que " X " traitait d’une théorie selon laquelle la vie sur Terre était issue et contrôlée par des êtres de la planète Mars, tandis que " Y " présentait les évidences de l’existence d’une civilisation aujourd’hui disparue au Pôle sud. Un bref résumé qui en dit long déjà sur la capacité de Charles Fort à élaborer des théories échevelés. Enthousiaste, Théodore Dreiser encourage Charles Fort à continuer dans cette voie et l’incite à coucher sur le papier ses réflexions : ce sera " Le livre des damnés " , terminé quatre ans plus tard, en 1919. JPEG - 14.2 ko

ISBN-10 : 2922976092

Qui sait s’il n’a pas rencontré à cette époque Howard Phillips Lovecraft se promenant à nyc ?

Pour parvenir à l’écrire, Charles Fort a disposé de tout son temps car depuis 1916, un modeste héritage lui a permis de se libérer des petits boulots pour se consacrer uniquement à son sacerdoce.

Théodore Dreiser parvient à convaincre son propre éditeur de le publier et le livre paraît le 1er décembre 1919 chez Boni & Liveright. Les critiques seront pour le moins partagés et on peut dire que le livre, à défaut de convaincre le public, ne le laisse pas indifférent. C’est en effet un tollé général lorsque le livre est chroniqué : " une monstruosité de la littérature " selon edmond Pearson, " un rameau d’or pour les cinglés " selon John Winterich, tandis que " Fort est l’âpotre de l’exception et le prêtre mystificateur de l’improbable " pour Ben Hecht.

Seules quelques voix s’élèvent pour le complimenter : Théodore Dreiser, bien entendu, pour qui Fort est " la plus grande figure littéraire depuis Edgar Poe " ou John W. Campbell l’écrivain de Science-Fiction et futur rédacteur en chef de Astounding Stories pour qui il y a " dans cette œuvre les germes d’au moins six sciences nouvelles".

Un an plus tard, en pleine dépression à nouveau, il brûle la totalité des 40.000 notes qu’il avait accumulé pour la rédaction du " livre des damnés ", et part s’installer à Londres en 1921. Il passe là bas huit années qu’il qualifiera de merveilleuses. Habitant à deux pas du British Museum, il y travaille tous les jours en dévorant traités scientifiques, gazettes, journaux, et chroniques des temps anciens. Enthousiaste, il est régulièrement au Speaker ’s corner de Hyde park pour y parler du caractère inévitable du voyage interplanétaire et publie son second livre " New lands ". Ce dernier est surtout consacré à sa démolition systématique de l’esprit des astronomes et de ce qu’il considère comme leurs erreurs. C’est à cette époque qu’il entame une correspondance avec Tiffany Thayer, jeune écrivain américain qui va devenir l’un de ses plus fidèles amis, et admirateur dévoué à sa cause.

A 55 ans, en 1929, il revient s’installer à New-York pour y continuer son travail. En 1931 il publie son troisième livre, LO ! explorant dans cette ouvrage les preuves de la téléportation et son concept d’univers organique. Cette même année, ses plus fidèles admirateurs décident de fonder la Fortean Society, chargée de diffuser la pensée de Charles Fort. Ce dernier, fidèle à son excentricité refusera toujours d’y participer. Moins d’un an plus tard, alors qu’il termine son quatrième ouvrage " Wild talents ", il est admis à l’hôpital et décède le 3 mai 1932, sans doute de leucémie. Sans enfants, son épouse Anna ne lui survit que quelques années et elle meurt en 1937. La pensée fortéenne peut maintenant être pillée….

" Ma méthode sera celle de l’accumulation. "

Je crois personnellement que le secret de la pensée fortéenne réside avant tout dans la méthode qu’il employa pour ses démonstrations d’une super-realité.

En somme, je soutiens que Charles FORT a démontré l’existence du brouillard en observant le ciel au travers d’une lunette à l’optique dépolie. Au delà de la formule, je soutiens que Charles FORT ne pouvait qu’aboutir à cette pensée d’une super-réalité en usant de la méthode qu’il mit au point avec son système de fichiers.

Pour le démontrer, il me faut d’abord définir ce qu’est un " événement " paranormal

 Charles Fort Aujourd’hui ?

Beaucoup de questions se posent au propos de cette pensée et de sa survivance : doit on la considérer comme une forme esthétique dont la littérature fantastique a su user avec brio ? S’agit-il d’une pensée qui perdure car elle est l’intuition d’un mythe scientifique moderne ?

Charles FORT n’était il qu’un doux dingue dont les délires servirent defilons juteux destinés à un marché soudainement crédule ?

 Citations

"Une procession de Damnés. Par les damnés, j’entends bien les exclus. Nous tiendrons une procession de toutes les données que la science a jugé bon d’exclure. Des bataillons de maudits, menés par les données blafardes que j’aurai exhumées, se mettront en marche. Les uns livides, et les autres de flamme, et quelques-uns pourris. "

" J’ai classifié, catalogué toutes les données de ce volume et certaines proximités, mises de ce fait en évidence, m’ont tenu lieu de révélations… "

  • Les sciences en folie
  • les desordres de la meteo
  • les objets venus du ciel
  • la supermer des sargasses
  • we are property
  • la teleportation
  • la combustion spontanee
  • les poltergeist

 Sciences en folie

" ce qu’il y avait de gênant dans la science, c’était ce sens de l’immobilité des connaissances acquises, cette prétention à la progression géométrique du recensement de l’univers, qui, après l’ère encyclopédique, trouvait son sommet dans le dix-neuvième positiviste. Mais, depuis le début de ce siècle est né un nouvel esprit scientifique où l’élément émotionnel, l’élan imaginatif, le goût des réévaluations totale sont la menue monnaie des recherches dites avancées. On croirait assister à une nouvelle renaissance où les savants (disons les grands savants), tenus de penser cent fois plus vite et ne se donnant plus les alibis de l’expérience, redeviennent philosophes, poètes, voyants, utopistes ou agents secrets. "

" Tout ce qui tente de s’établir pour réel ou positif, système absolu, gouvernement, organisation, soi, âme, individualité, ne peut y parvenir qu’en s’entourant d’une frontière, en damnant et en excluant en fuyant toutes les autres " choses ".

" Les métaphysiciens, les théologiens et les biologistes ont essayé de définir la vie. Ils ont échoué parce qu’au sens positif il n’y a rien à définir - il n’est pas un seul phénomène de vie qui ne se manifeste, à quelque degré que ce soit, dans la chimie, le magnétisme ou les déplacements astronomiques. "

Howard Philipps LOVECRAFT lisait il Charles FORT ? on peut en être presque certain à la lecture de celui qui chuchotait dans les ténèbres.

 Un certaine forme de modernité

Charles Fort n’est pas un charlatant, un sectateur, un escroc. Charles Fort n’a jamais été Ron Hubbard… Fort est un ultra de la science. Impatient de ses découvertes, persuadé que plus rien n’est stable dans notre vision du monde, Charles fort s’empresse de le peupler d’animaux fabuleux, de phénomènes inexpliqués, de cosmogonie délirantes.

Charles Fort, c’est finalement l’esprit poussé à bout, ou plus rien n’est stable, ou les poissons tombent du ciel, les bateaux s’envolent, les extraterrestres nous écrivent dans la pierre et jettent leurs récipients usagés par dessus bord leurs vaisseaux transgalactiques.

Sans aucun doute, lire Charles FORT c’est être emporter par un torrent d’idées folles, loufoques, et quelques fois de la plus grossière stupidité. Mais je ne peux m’empêcher de déceler, dans cette Supermer de l’incohérent comme une forme de modernité.

Voilà un homme qui au tout début du Xxième siècle, alors que l’homme ne maitrisait pas le ciel a posé pour évidence que notre ciel était traversé " Lire Charles FORT, c’est chevaucher une comète. "
" Chercher la vérité dans le spécial, c’est chercher l’universel dans le local. "
" Quiconque cherche la vérité ne la trouvera jamais, mais il y a une infime possibilité qu’il devienne lui-même la vérité. "

page 36, sur la commission Lavoisier chargée de réfuter l’existence des météorites.
Charles FORT c’est la technique du cut-off de William BURROUGHS appliquée au monde de l’étrange et de l’inexpliqué.

" Il ne peut pas y avoir de véritable science, là où il y a des variables indéterminées. Or toutes les variables sont indéterminées, irrégulières. "


Fort passe en revue les phénomènes inexpliqués et étranges qu’il rencontre dans les annales météorologiques. 1) Pluies insolites : grenouilles, insectes, poussières, pierres qui sont pour lui la preuve que la terre est entourée d’autres mondes. Dans sa démonstration il lui faut d’abord mettre en doute les connaissances scientifiques, ce qu’il fait en rappelant les erreurs de Lavoisier sur les météorites, l’imprécision des astronomes lorsqu’ils prédisent le retour de la comète de halley, et le fait inexplicable qu’une trombe soulevant les grenouilles d’une mare n’emporte que des individus adultes et non pas à n’importe quel stade de sa croissance.

Passant en revue les divers séismes et les poussières qui les accompagnent, fort décèle dans l’incertitude à prouver totalement un lien de causes à effet, comme une preuve de l’incohérence de la théorie. Selon lui, la terre croise à proximité de routes commerciales reliant d’autres mondes :

"Et je pense à une île avoisinant un trajet commercial transocéanique. Elle pourrait recevoir plusieurs fois par an des détritus provenant des navires de passage. "


Son scepticisme vis à vis d’une science qui accepte de se remettre en cause le pousse à lui enlever toute crédibilité. Il n’est pas une discipline que ne pâtisse de son jugement à l’emporte pièce, telle ce morceau de bravoure et d’humour certain où il fustige les théories de Charles DARWIN :

" Son fondement [le Darwinisme] : la survivance du plus apte. Pas du plus fort, ni du plus habile, puisque partout survivent la faiblesse et la stupidité. Or, on ne peut déterminer l’aptitude autrement que par la survivance. En sorte que le darwinisme prouve en tant et pour tout la survivance des survivants. "

" …je propose qu’on admette l’existence au-delà de notre planète d’autres continents, d’où tombent des objets, tout comme les épaves de l’Amérique dérivent vers l’Europe. "

" je pense pour ma part qu’en 1903, nous avons traversé les restes d’un monde pulvérisé, laissé pour compte d’une antique querelle interplanétaire et boudant depuis au travers de l’espace comme une rancune rouge. "

" Débris de désastres interplanétaires. Batailles aériennes. Provisions alimentaires des super-cargos naufragés dans le trafic spatial. "

A propos de substances transparentes, molles sentant l’huile rance et tombée le 11 avril 1832 en Irlande, fort écris :

" Si des super-engins ont fait naufrage dans leurs allées et venues entre mars, Jupiter et vénus, la question de leur carburant se pose avec autant d’acuité que celle de leurs cargaisons. On s’attendrait à voir tomber des pluies de charbon, mais des moteurs à essence combustible ont pu être conçus depuis des siècles sur des moules plus avancés. "

La question du carburant ou de la cargaison revient souvent, expliquant notamment selon lui la manne céleste de la bible.

" Un jour je passerai en revue toutes les vieilles histoires de démons apparus sulfureusement sur terre, dans le but d’exprimer qu’à plusieurs reprises, nous avons eu des visiteurs d’un autre monde et que le signe de l’origine externe est dans la sulfurosité. Un jour je rationaliserai toute la démonologie… "

" Je pense à une région, suspendue au-dessus de la surface terrestre, où la gravitation n’opère pas, et qui n’est pas régie par le carré de la distance, tout comme le magnétisme est négligeable à très courte distance d’un aimant. Je pense que tout ce qui a été arraché à la surface de la terre est resté prisonnier de cette région jusqu’à libération par la tempête.
Une supermer des sargasses. Epaves, détritus, vieilles cargaisons des naufrages interplanétaires, objets rejetés dans ce que l’on nomme espace par les convulsions des planètes voisines, reliques du temps des Alexandre, des césars, et des napoléons de mars, de Jupiter, de Neptune. Objets soulevés par nos cyclones. Granges et chevaux, éléphants, mouches et dodos, ptérodactyles et moas. Feuilles d’arbres récentes ou de l’âge carbonifère, le tout tendant à se désintégrer en boues ou en poussières homogènes, rouges, noires ou jaunes, trésors pour paléontologues et archéologues, accumulations de siècles, ouragans de l’Egypte, de la Grèce ou de l’assyrie, poissons secs, poissons durs, les uns de passage, les autres pourrissants. "

Poussant encore plus loin sa théorie, Charles fort introduit l’idée que ces chutes d’animaux pourraient bien avoir une implication encore plus grande que le prodige de leur origine extraterrestre.
Il se pourrait en effet que toute vie sur terre ne soit d’origine extraterrestre, et fruit d’un essaimage ancien :

"[il me vient] L’idée qu’il pourrait se trouver quelque part au dessus de nous un lieu d’origine de la vie, relativement à cette terre. Laissons aux recherches des supergéographes le soin de déterminer s’il s’agit d’une planète, de la lune ou d’une vaste région amorphe surplombant la terre, ou encore d’une île de la supermer des sargasses. "

Il décrit ensuite des objets manufacturés tombés du ciel et portant des inscriptions inconnues. Ce sont les fameuses haches de Charles FORT.

" Je tiens que de nombreux objets et différentes substances ont été arrachés par des perturbations atmosphériques à ce que j’appelle pour plus de facilité la Supermer des Sargasses. "

" Les boulets et les pierres triangulaires peuvent signifier un bombardement de la terre, des tentatives de communication ou des visiteurs antiques : explorateurs lunaires ramenant avec eux, à titre de curiosité, des outils préhistoriques terrestres, puis faisant naufrage et laissant toute leur cargaison suspendue des siècles durant dans la Supermer des Sargasses, jusqu’à libération accidentelle par l’intermédiaire d’une tempête ou d’un orage. "

" Je pense pour ma part que la logique, la science, l’art et la religion ne sont, dans le courant de notre existence, que des prémonitions d’un réveil à venir, comme la conscience nébuleuse de la réalité extérieure dans l’esprit d’un rêveur. "

" J’ai commencé par concevoir un autre monde, dont objets et substances tombaient sur terre, un monde qui eut ou a peut-être encore un intérêt tout tutélaire pour les choses terrestres.
Puis, j’ai modifié cette conception jusqu’à celle d’un aitre monde qui aurait tenté, depuis des siècles, de communiquer avec une secte, peut-être une société secrète, ou certains habitants très ésotériques de cette Terre. "

" Si je considère un autre monde communiquant dans le plus grand secret avec certains habitants très ésotériques de notre terre, il me faudra considérer d’autres moindes encore, tentant de communiquer avec tous les habitants de notre terre puis de vastes structures qui nous côtoient à des kilomètres de distance, sans le moindre désir de nous contacter, comme des caboteurs croisant d’île en île sans faire leur choix.
Puis encore les données d’une vaste construction, venue maintes fois nous rendre une visite subreptice, plongeant dans l’océan et restant submergée, puis repartant vers l’inconnu. Comment un Esquimau expliquerait-il un navire, venu s’approvisionner en charbon (dont abondent les plages arctiques, mais qu’ignorent les indigènes) et repartant sans esquisser la moindre tentative diplomatique ? "

" Il sera difficile, pour beaucoup de gens, d’admettre que nous puissions ne pas être intéressants. "

" J’admets qu’on nous évite, probablement pour des raisons morales. "

L’évidence de la connaissance par LOVECRAFT du Le Livre des Damnés se trouve dans le passage suivant, à rapprocher de la trame même de la nouvelle. Il s’agit là peut-être d’un exemple unique dans l’œuvre de HPL.

" Il est difficile de concevoir que les mines de cuivre immenses et complexes du lac supérieur aient été l’œuvre des aborigènes d’amérique.
Malgré l’étendue exceptionnelle de ces excavations, on a jamais trouvé dans la région un seul signe d’habitation permanente : pas une hutte, pas un squelette, pas un seul ossement. De plus, les indiens n’ont aucune tradition minière. Je crois plutôt que nous avons eu des visiteurs, venus chercher de notre cuivre, par exemple. "

" le plus grand des mystères : pourquoi ne se montrent ils pas ouvertement à nous ?
peut-être est-ce pour des raisons morales mais ne trouvera-t-il pas parmi eux quelques dégénérés ?
ou pour des raisons physiques : lorsque nous évaluons cette possibilité, nous croyons volontiers que l’approche de notre monde par un autre monde sera catastrophique. Mais pourtant nous devons bien les intéresser quelque degré que ce soit. Les microbes et les germes nous intéressent, certains même nous accaparent. "

" Pourquoi ne nous enverrait-on pas quelques missionnaires pour nous convertir ouvertement, nous arracher à nos prohibition barbares et à nos tabous, et préparer la voie à un marché avantageux en ultra-bibles et super-whiskies ? "

" j’entrevois une réponse simple et immédiatement acceptable : éduquerions-nous, civiliserions-nous, si nous le pouvions, des cochons, des oies et des vaches ?
Serions-nous avisés d’établir des relations diplomatiques avec la poule qui fonctionne pour nous, satisfaite de son sens absolu de l’achèvement ?
je crois que nous sommes des biens immobiliers, des accessoires, du bétail. Je pense que nous appartenons à quelque chose. Qu’autrefois la terre était une sorte de no man’s land que d’autres mondes ont exploré, colonisé et se sont disputé entre eux.
A présent, quelque chose possède la terre et en a éloigné tous les colons. Rien ne nous est apparu venant d’ailleurs, aussi ouvertement qu’un christophe colomb débarquant sur san salvador ou hudson remontant le fleuve qui porte son nom. Mais, quant aux visites subreptices rendues à la planète, tout récemment encore, quant aux voyageurs émissaires venus peut-être d’un autre monde et tenant beaucoup à nous éviter, nous en aurons des preuves convaincantes.
En entrepenant cette tache, il me faudra négliger à mon tour certains aspects de la réalité. Je vois mal par exemple comment couvrir dans un seul livre tous les usages possibles de l’humanité pour un mode différent d’existence ou même justifier l’illusion flatteuse qui veut que nous soyons utiles à quelque chose. Des cochons, des oies et des vaches doivent tout d’abord découvrir qu’on les possède, puis se préoccuper de savoir pourquoi on les possède. Peut-être sommes-nous utilisables, peut-être un arragement s’est-il opéré entre plusieurs parties : quelque chose a sur nous droit légal par la force, après avoir payé pour l’obtenir, l’équivalent de verroteries que lui reclamait notre propriétaire précédent, plus primitif.
Et cette transaction est connue depuis plusieurs siècles par certains d’entre nous, moutons de tête d’un culte ou d’un ordre secret, dont les membres, en esclaves de première classe, nous dirigent au gré des instructions reçues, et nous aiguillent vers notre mystérieuse fonction.
Autrefois, bien avant que la possession légale ait été établie, des habitants d’une foule d’Univers ont atterri sur terre, y ont sauté, volé, mis à la voile ou dérivé, poussés, tirés vers nos rivages, isolément ou bien par groupes, nous visitant à l’occasion ou périodiquement pour raison de chasse, de troc ou de prospection, peut-être aussi pour remplir leurs harems. Ils ont chez nous planté leurs colonies, se sont perdus ou ont dû repartir. Peuples civilisés ou primitifs, êtres ou choses, formes blanches, noires ou jaunes. "

" j’accepte pour ma part les géants et les fées. La science d’aujourd’hui est la superstition de demain, la science de demain, la superstition d’aujourd’hui. "

  • Elvéra : le mondes nains
  • Monstrator : le monde des géants
  • Azuria : le monde des hommes bleus (à l’origine des premiers bretons)
  • cyclorea : monde en forme de roue

" s’il y a d’autres mondes, ce sont des mondes tutélaires, et kepler par exemple, n’a pas pu se tromper complètement. Sa vision d’un ange affecté à la poussée et à la direction de chaque planète, peut n’être pas très acceptable, mais abstraitement parlant, elle implique la notion d’une relation tutélaire. Le fait seul d’être implique la tutelle. "

" des iles flottantes stationnent souvent dans la supermer des Sargasses et des perturbations atmosphériques les affectent parfois, provoquant la chute de différents objets sur certaines zones terrestres. Je tiens que ces cailloux sont tombés des plages qui jalonnent les iles flottantes des la Supermer des Sargasses. "

" les aviateurs de l’avenir monteront de plus en plus haut, puis descendront de leur appareils pour dégourdir leurs jambes. La pêche est bonne en ces régions, ils sortiront leurs lignes et leurs amorces ; ils trouveront des messages de l’autre monde et, dans les trois semaines, il y aura un racket de messages apocryphes. Un jour, je rédigerai un message touristique de la Supermer des Sargasses, à l’usage des aviateurs. "

" on dit qu’à Rouen, le 5 juillet 1853, tombèrent des blocs de glace gros comme la main, et qui semblaient s’être tous détachés d’un seul bloc énorme : c’était, je pense, un iceberg volant. "

" je trouve toujours intéressant d’arpenter une rue, de regarder ce qui m’entoure et de me demander à quoi ressembleraient toutes ces choses si l’on ne m’avait pas appris à voir des chevaux, des arbres ou des maisons là où il y a des chevaux, des arbres et des maisons. Je suis persuadé que, pour une vision supérieure, les objets ne sont que contraintes locales se fondant indistinctement les unes avec les autres dans un grand tout global. "

" il est conforme à mon opinion générale qu’il n’y a pas de planète intra-mercurielle, mais bien différents corps et plusieurs objets vastes, parfois près de la terre, parfois au voisinage du soleil : mondes sans orbites (que je conçois, vu l’absence apparente de collision, dotés d’un contrôle navigable), ou superconstructions dirigeables. "

" j’ai beau posséder les données de multiples corps sombres, je tends presque irrésistiblement à concevoir l’un deux comme le chef suprême des corps sombres. De tous ceux qui flottent ou naviguent dans l’espace interplanétaire, il doit y avoir un prince des Coprs Obscurs.
Mélanicus : Vaste corps ténébreux aux ailes de chauves souris ou super-construction noire comme le jais, mieux encore, l’un des spores du Malin. "

" je dirai que nous sommes en état de culture, que nous en sommes conscients, mais que nous avons le toupet de tout attribuer à nos instincts nobles et supérieurs ".

" une goutte d’eau. Autrefois, l’eau était considérée comme si homogène qu’on la prenait pour un élément. Vint le microscope et non seulement vit-on que le supposé élémentaire avait une infinie diversité, mais encore que dans sa vie protoplasmique, il y avait de nouveaux ordres d’existence. "

" … mais je pense que les grands corps sombres qui s’approchent de la terre sont lumineux, entourés de nuages, et tremblent si fort qu’ils affectent la terre. Suit alors une chute de matières issues de ce monde, et une levée de matière terrestre vers le monde avoisinant, ou un échange de matières, connu en Sismologie Avancée, sous le nom de celestio-métathèse. "

" quatre catégories de phénomènes ont précédé ou accompagné les tremblements de terre : nuages insolites, obscurité profonde, apparitions lumineuses dans le ciel, chutes de substances, communément ou non nommées météoritiques.
Aucune de ces manifestations ne s’intègre aux principes de la sismologie primitive ou primaire, chacune d’entre elles rend compte d’un corps vibrant suspendu au-dessus de la terre ou la survolant. "

" mais pour la plupart d’entre mes données, je pense à des super-objets qui traversent le ciel sans manifester plus d’intérêt pour la terre que les passagers d’un transatlantique n’en manifestent pour le fond des océans. "

" je crois qu’on nous pêche. Peut-être sommes-nous hautement estimés par les super-gourmets des sphères supérieures. Je suis ravi de penser que je puisse être utile à quelque chose. Je suis sûr que bien des filets ont traîné dans notre atmosphère, et ont été identifiés à des trombes ou à des ouragans. "

" un positiviste tente de formuler : un intermédiariste aussi, mais avec beaucoup moins de rigueur : il avccepte mais nie en même temps. "

" faisons la somme de nos éléments super-géographiques. Il y a des régions gélatineuses, des régions sulfureuses, des régions frigides et tropicales, une région qui fût source de vie par rapport à la terre, des régions où la densité est si grande que tout ce qui en sort explose en pénétrant dans l’atmosphère terrestre. "

Charles Fort, partant de faits précis, étiquetés, et contrôlés, leur appliquait une forme lyrique du doute, et atteignait poétiquement au sur-réel

David Hauguel

 Conclusion

Charles Fort est peu connus et pourtant son œuvre est monumentale. On ne peux pas dire qu’il voyait juste à chaque fois mais a introduit une certaine approche pour comprendre notre réalité.
Il ne cherchait pas à faire du profit mais à comprendre et à expliquer son point de vue.
Imaginez que Charles Fort est un auteur des années 20. Aurait il lancé une certaine façon de voir, d’analyser dont certain ont oublié de le citer ?.
___
Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?


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Commentaires

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dimanche 20 novembre 2011 à 22h36 - par  popi soudure

louis pauwels et Jacques bergier avec leur best seller " le matin des magiciens " doivent tout a charles fort ! ils rendent d ’ ailleurs dans leur préface un hommage indirect au pape de la parapsychologie et un des premiers écrivains sur ce sujet qu ’ était le grand charles fort ………….

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