La vision d’Ezéchiel

lundi 26 mars 2012
par  Scrutator
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Au sein d’un ouvrage consacré aux sou­coupes volantes, il n’est pas rare de découvrir une ten­tative de recons­ti­tution de l’objet observé par le pro­phète Ezé­chiel. Ces ten­ta­tives ont été si nom­breuses qu’il en existe toute une variété. Un cher­cheur attaché à la NASA, J. Blumrich, a même réussi à trouver dans la vision d’Ezéchiel la matière d’un ouvrage complet agré­menté d’une impor­tante quantité de schémas et de pho­to­gra­phies (1). Même le célèbre pro­fesseur Menzel s’est penché sur le sujet. Fidèle à une méthode toute per­son­nelle, il a tenté de prouver qu’Ezéchiel avait observé un phé­nomène atmo­sphé­rique nommé halo solaire (2).

Hélas pour tous ceux qui voient dans cette vision célèbre une mani­fes­tation extra­ter­restre, nous allons pro­poser une expli­cation très dif­fé­rente.
On ne pourra nous taxer de parti-​​pris puisque nous avons jadis défendu avec achar­nement la thèse extra­ter­restre comme la seule pos­sible en la cir­cons­tance. Ce fut pro­ba­blement une erreur, due alors à notre igno­rance d’une cer­taine sym­bo­lique. Le Livre d’Ezéchiel est com­posite car ses auteurs ont utilisé dif­fé­rents calen­driers. Néan­moins, pour sim­plifier -et parce que cela ne gênera en rien notre démonstration-​​ nous conti­nuerons à le consi­dérer comme l’oeuvre d’un seul homme.

Dans ces condi­tions, on peut admettre la date de 571 avant J.C. comme suf­fi­samment exacte en ce qui concerne la rédaction de l’ouvrage ; elle est en effet la plus récente men­tionnée dans le texte (3).

Par rapport aux autres livres pro­phé­tiques, le Livre d’Ezéchiel peut être considéré comme héré­tique. En effet, d’après Ez. XVI, 3, les Israé­lites ne sont pas de race pure car ils ont pour père un Amor­rhéen et pour mère une Héthéenne, tous deux des­cendant de Kanaan. Or la doc­trine des rabbins fut tou­jours celle de Genèse XXVIII, 1-​​2, à savoir que les Israé­lites sont de pure race. Si ce livre figure néan­moins dans la Bible, c’est qu’il échappa, on ne sait trop comment ni pourquoi, à la purge qu’effectuèrent les rabbins lorsqu’ils établirent le canon de leurs textes sacrés (5)

 Ouvrons le Livre d’Ezéchiel.

Le pro­phète nous décrit tout d’abord un vent de tempête, un nuage envi­ronné d’une lueur, un feu d’où jaillis­saient des éclairs. S’agit-il d’un vaisseau spatial extra­ter­restre ? Il ne semble pas, et la suite tend à le prouver.

Le pro­phète parle ensuite de quatre animaux qui ont quatre faces et quatre ailes. Ces faces sont, dans l’ordre, les sui­vantes : face d’homme, de lion, de taureau et d’aigle. Cer­tains y ont vu des casques d’astronautes bardés d’instruments com­plexes. Or, chacun sait qu’on a attribué à chaque évan­gé­liste un symbole : un homme pour Mat­thieu, un lion pour Marc, un taureau pour Luc et un aigle pour Jean. Nous retrouvons ici l’ordre de citation des faces des animaux que vit Ezé­chiel, et ce, en nous bornant à citer les évan­gé­listes dans l’ordre que leur a attribué le canon ! Pour une coïn­ci­dence, elle serait de taille…

Et savez-​​vous ce que sym­bo­lisent ces quatre animaux ? Tout sim­plement ce que les astro­logues iden­ti­fiaient jadis comme les quatre étoiles fixes ou "royales".

Deux mille cinq cents ans avant notre ère, ces quatre étoiles parais­saient avoir été placées par la nature aux points d’équinoxes et de sol­stices afin de déli­miter les saisons. Le hasard fit qu’elles étaient de cou­leurs dif­fé­rentes deux par deux, en oppo­sition. Ainsi, lorsqu’une étoile rouge paraissait au méridien supé­rieur, l’autre, rouge également, paraissait être sous la terre. Il en allait de même avec les deux autres qui étaient blanches. Les deux étoiles rouges signa­laient les équi­noxes et les deux blanches les sol­stices. On com­prend aisément que, grâce au rôle important qu’elles rem­plis­saient aux yeux des astro­logues, ces quatre étoiles aient été consi­dérées comme "royales". Chacune fut iden­tifiée en fonction de la place qu’elle occupait sur la voûte céleste. Ainsi,

-Fomahaut (Fom-​​al-​​hùt : bouche du poisson), qui signalait le sol­stice d’hiver, située à l’extrémité du Verseau, fut sym­bo­lisée par un homme

- Régulus (Petit Roi) qui signalait le sol­stice d’été et situait le coeur du Lion, fut sym­bo­lisée par un lion

- Aldé­baran ("l’oeil de Dieu" des Hébreux) qui signalait l’équinoxe du prin­temps et consti­tuait l’oeil droit du Taureau, fut sym­bo­lisée par un taureau

- Antares qui signalait l’équinoxe d’automne et situait le coeur du Scorpion fut sym­bo­lisée par un aigle, animal céleste associé par les anciens au Scorpion et qui faisait fonction de para­na­tellon (6)

Ces quatre sym­boles se ren­contrent, tou­jours associés, en bien d’autres endroits de la Bible. En voici deux exemples. On sait que Jacob iden­tifia son premier fils Ruben à l’eau qui s’écoule, c’est-à-dire à l’homme du Verseau ; son second, Judas, au lion et son qua­trième, Dan, au Céraste, une sorte de serpent qui sur la voûte céleste est casé sous le Scorpion. Quant au troi­sième, il fut assimilé par Moïse au boeuf, c’est-à-dire au Taureau. Remar­quons une fois encore que les quatre étoiles sont citées ici dans l’ordre habituel. Ajoutons que le camp des Hébreux était formé sur un grand qua­dri­latère de seize cases dont les quatre cen­trales étaient occupées par les images des quatre éléments et les douze autres, une par tribu, repré­sen­taient chaque signe du zodiaque. Aux quatre angles du qua­dri­latère figu­raient les quatre tribus cor­res­pondant aux étoiles royales. Cet agen­cement par­ti­culier avait été analysé par Diodore de Sicile qui affirmait que Moïse avait procédé de la sorte pour honorer son Dieu qui n’était autre que… la voûte céleste tout entière (7 - 8) ! Nous empruntons à M. Halévy la tra­duction du com­men­taire de Diodire de Sicile : "…la divinité, selon lui (Moïse), n’était pas autre chose que ce qui nous enve­loppe, nous, la terre et la mer, savoir ce que nous appelons le ciel, monde où nature. Or, quel homme sensé oserait repré­senter cette divinité par une image faite sur le modèle de l’un de nous ? Il fallait donc renoncer à toute fabri­cation d’idoles et se borner pour honorer la divinité, à lui didier une enceinte et un sanc­tuaire digne d’elle sans aucune effigie." (9)

Exa­minons à présent de plus près les affir­ma­tions du pro­phète Ezé­chiel. Nous remar­quons que les quatre animaux "ne se détour­naient pas en mar­chant" et "allaient chacun devant soi". Voilà bien l’image du mou­vement cir­cu­laire imper­tur­bable des étoiles "royales".

Les animaux sont associés à des roues ; il nous est dit qu’elles parais­saient consti­tuées comme si elles étaient au milieu l’une de l’autre, et qu’elles avan­çaient dans les quatre direc­tions et ne se tour­naient pas en mar­chant. Or, c’est bien un tel mou­vement que peut noter un obser­vateur qui, en se tournant vers les points car­dinaux, assiste au dépla­cement des étoiles dans les quatre directions.

Le pro­phète précise encore que les cir­con­fé­rences des roues étaient garnies d’yeux tout autour. Or, les anciens ont tou­jours assimilé les étoiles aux yeux du Dieu omni­présent. On lira dans Zacharie IV, 10 que sept yeux de l’éternel par­courent toute la terre. Il s’agit bien entendu des sept pla­nètes des anciens parmi les­quelles figu­raient le Soleil et la Lune qui dans Le Livre des Morts égyptien sont également iden­ti­fiées à des yeux : "Mais j’ai délivré Horus de l’empire de Seth et ouvert la route aux deux yeux du ciel." (10)

Il devient donc clair que le pro­phète Ezé­chiel a doté la cir­con­fé­rence de ses roues d’étoiles et non de hublots de sou­coupes volantes.

Mais allons encore plus avant. En I, 22 le pro­phète ajoute qu’au-dessus des têtes des quatre animaux était tendue une voûte écla­tante comme du cristal. En I, 26 il précise qu’au-dessus de la voûte se trouvait une pierre de saphir en forme de trône et que, tout en haut, il y avait un être d’apparence humaine. Cette des­cription est on ne peut plus limpide et permet de concevoir dans son ensemble la fameuse vision. Les anciens pen­saient en effet que la Terre était plate et qu’au-dessus d’elle se dressait une voûte solide et trans­pa­rente sur laquelle étaient fixées les étoiles. Cette sphère des étoiles fixes était elle-​​même sur­montée du trône divin, tandis qu’en-dessous, les sept pla­nètes sui­vaient leurs courses réci­proques selon des orbites -ou roues-​​ bien définies, s’éloignant de plus en plus de la surface de la terre de sorte que ces roues-​​orbites parais­saient concen­triques pour un obser­vateur placé au centre du système.

C’est ce système cosmographique qu’Ezéchiel a décrit.

Nous n’avons sans doute pas encore convaincu tous les par­tisans de la thèse extra­ter­restre ; aussi avons-​​nous gardé pour la fin un argument irré­fu­table. En bon pro­phète, Ezé­chiel avait-​​il prévu qu’après sa mort on ris­querait de mal inter­préter sa "vision" ? Tou­jours est-​​il qu’il prit la pré­caution d’identifier de façon for­melle l’objet de sa des­cription. En X, 13 il nous dit que les roues s’appelaient galgal. Pru­dents, les théo­lo­giens tra­duisent ce terme par "tour­billon", tout en prenant la sage pré­caution de pré­ciser qu’il s’agit là d’une tra­duction incer­taine. Et pour cause, puisque l’hébreu galil signifie "cercle du zodiaque" et qu’en chaldéen galgal désigne la sphère astro­no­mique dans son ensemble ! (11)

Rien d’étonnant, bien sûr, à ce que le pro­phète ait préféré uti­liser le terme chaldéen puisqu’il fut initié à l’astrologie auprès des prêtres chal­déens et que sa vision se situa en Chaldée. De toute façon, le terme employé convenait mieux ici que l’hébreu car il était beaucoup plus précis et défi­nissait mieux l’ensemble de la vision.

On peut enfin remarquer que les dates citées dans le Livre d’Ezéchiel ne sont pas dis­tri­buées au hasard, mais marquent au contraire des événe­ments astro­no­miques aux­quels les étoiles royales étaient asso­ciées. Nous citeront à ce propos la remarque de deux domi­ni­cains pour les­quels la vision du pro­phète est trans­pa­rente : "Yahvé se mani­feste au pro­phète aux points car­dinaux -sol­stices et équinoxes-​​ de l’année, dans le cadre d’une révé­lation cos­mique." (12)

Il n’est point besoin, croyons-​​nous, d’alourdir davantage notre démons­tration par d’autres preuves tant celles qui pré­cèdent sont irré­fu­tables. Déjà, avant nous, Camille Flam­marion qui avait étudié de très près l’astronomie ancienne et les ori­gines des mythes reli­gieux, avait trouvé tout naturel de résumer la vision d’Ezéchiel en une phrase lapi­daire que voici : "-590 : le pro­phète Ezé­chiel, à son retour de cap­tivité de Babylone, décrit, en termes sym­bo­liques, la sphère astro­no­mique des Chal­déens (galgal) montée sur quatre cercles à angle droit, et portée par quatre boeufs devenus plus tard ché­rubins." (13)

Quand Camille Flam­marion écrivit cela, le mythe sou­cou­pique n’était pas encore né…

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 Bibliographies

1) J.F. BLUMRICH : The spa­ce­ships of Eze­chiel (Gorgi - 1974)
2) J. VALLEE : Anatomy of a phe­no­menon (Tandem - 1974) p. 3
3) Bible de Jéru­salem - Com­men­taires
4) Emile FER­RIERE : Les mythes de la Bible (Paris - 1893) p. 148
5) H.E. DEL MEDICO : L’énigme des manus­crits de la Mer Morte (Paris - 1957) p. 23 et suiv.
6) C.F. DUPUIS : L’origine de tous les cultes (Paris - 1835) T. I, p. 286 /​ C.F.
DUPUIS : Abrégé de l’origine de tous les cultes (Paris - 1892) p. 577 /​ Camille FLAM­MARION : Les étoiles et les curio­sités du ciel (Paris - 1882) p. 278,279, 345, 427 et 441 /​ W.E. PEU­CKERT : L’astrologie (Paris - 1965) p. 80 /​ Ruppert GLEADOW : Les ori­gines du zodiaque (Paris - 1971) p. 148 7) C.F. DUPUIS : L’origine de tous les cultes (Paris - 1835) T.I p. 169 à 172 et T. VIII p. 190 et suiv.
8) Ruppert GLEADOW : Les ori­gines du zodiaque (Paris - 1971) chap. IX
9) M.A. HALEVY : Moïse dans l’histoire et la légende (Paris - 1927) p. 76
10) G. KOL­PAKTCHY /​ Livre des morts des anciens égyp­tiens (Paris - 1973) chap. CX 11) Georges ORY : Le Christ et Jésus (Paris - 1968) p. 157
12) G. DE CHAM­PEAUX et Dom S. STERCKX : Le monde des sym­boles (Paris - 1989) p. 432-​​433
13) Camille FLAM­MARION : Les étoiles et les curio­sités du ciel (Paris - 1882) p. 760 [En iden­ti­fiant les ché­rubins à des boeufs, Flam­marion faisait cependant une erreur car ceux-​​ci trouvent leur origine dans les kâribus assy­riens. Ces kâribus étaient des génies dont les statues à tête humaine, corps de lion, pattes de taureau et ailes d’aigles gar­daient l’entrée des temples - Cfr Charles AUTRAN : Mithra, Zoroastre et la pré­his­toire assy­rienne du chris­tia­nisme (Paris - 1935) p. 201 ]


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Commentaires

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mardi 10 juillet 2012 à 02h01 - par  Neimad

Merci pour votre commentaire, Yannick. J’ai trouvé le lien à cette adresse :

http://​users​.skynet​.be/​e​t​c​/​Z​i​p​Files…

Les 4 animaux de l’Apocalypse, une évolution de la vie humaine ? Ou des vies humaines, si on croit à la réin­car­nation ? Dans une arcane du Tarot, la Roue, on trouve également ces quatre figures autour d’une roue. Cela semble signifier que nous passons suc­ces­si­vement par ces quatre étapes, mais aussi que ces étapes ne mènent à rien. Ces figures sont un piège, une illusion, comme le samsâra dans les reli­gions orien­tales : la suc­cession des réin­car­na­tions y est également repré­senté sous la forme d’une roue.

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mardi 10 juillet 2012 à 00h22 - par  Yannick

Je tombe ici par hasard lors d’une recherche et je vais vous laisser un com­men­taire. En fait, je lis un livre de Rudolf Steiner et je vois appa­raître le taureau, le lion et l’aigle. Il me sem­blait avoir déjà vu ça chez Nietzche ou qq part, l’homme qui devient taureau, puis lion, puis aigle. On trouve donc un truc du genre chez Eze­chiel et ça confirme l’idée que les occul­tistes expriment ce phé­nomène lorsqu’ils lisent dans les chro­niques aka­shiques pour décrire l’histoire humaine…Il n’y a pas de vie extra-​​terrestre là-​​dedans mais je n’entrerai pas dans le débat. Mon livre ? "Evangile de Jean dans son rapport avec les 3 autres…" dis­po­nible librement sur internet en tapotant "ejdsr.pdf". J’ai trouvé la réfé­rence sur le taureau, le lion et l’aigle à la page 31.

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mercredi 28 mars 2012 à 00h52 - par  Neimad

Très bon article bien réfé­rencé, le lien avec l’astronomie semble cré­dible, même si effec­ti­vement il paraît étrange que ce livre soit resté dans le Canon de la Bible..

Il est étonnant de constater que la cos­mo­logie baby­lo­nienne ait pris l’apparence d’une vision escha­to­lo­gique. On sur­nommait d’ailleurs les astro­logues des "chal­déens" dans l’antiquité, car c’est à Chaldée, autrement dit en Méso­po­tamie, que cette science avait été la plus développée.

Par ailleurs, Ezé­chiel ne serait pas le seul juif à avoir ramené des connais­sances de Babylone : déportés tout le long du VIe siècle, l’empereur perse Cyrus II libère les Juifs retenus à Babylone et leur confie la tâche de recons­truire le Temple de Jéru­salem. Cer­tains sont restés près de 60 ans dans cette ville que l’Apocalypse de Jean sur­nomme la Grande Prostituée.

L’astrologie, la magie, les cor­res­pon­dances entre les mots et les chiffres qu’avaient déve­loppé les Baby­lo­niens seraient pour cer­tains à l’origine de la kabbale juive (Adolphe Franck, La Kabbale ou la phi­lo­sophie reli­gieuse des Hébreux, 1843, 18891892).

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