Crois-​​tu qu’on peut changer le monde ?

samedi 17 mai 2014
par  Neimad
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Les moines du Moyen Age assé­chaient les marais pour rendre leur envi­ron­nement habi­table, cultiver la terre et bâtir des maisons. A la manière de ces hommes, cer­tains se demandent comment amé­liorer la vie des autres et de la société toute entière. A l’heure de la mon­dia­li­sation, de Fuku­shima et du réchauf­fement pla­né­taire, l’avenir de l’humanité se confond avec l’avenir de la Terre. Comment pouvons-​​nos changer les choses, amé­liorer notre façon de vivre ensemble et réa­liser nos rêves dans une société vieillissante ?

Cet article s’adresse non seulement à ceux qui rêvent et à ceux qui veulent agir, mais également à ceux qui demandent quels modes d’action uti­liser et dans quelle mesure la société, le monde, la réalité est prête à se plier à nos volontés ? [1]

Pour cela, nous avons listé les dif­fé­rents moyens pos­sibles de changer le monde, en les traitant, non pas comme des outils à uti­liser, mais comme des croyances sur notre potentiel d’action sur le monde qui peuvent cor­res­pondre ou non à la réalité. Vraies ou fausses, nous espérons, chers lec­teurs, que nos ana­lyses puissent vous donner des idées pour agir ou des conseils utiles pour éviter cer­tains écueils…



 Les moyens spirituels


La prière et les pouvoirs de l’au-delà


Cer­tains croient qu’on l’on peut faire un pacte avec le monde, que la volonté possède une action efficace, que la prière peut être entendue. D’autres croient dans des forces invi­sibles, qu’ils appellent anges et démons dans la religion chré­tienne, génies dans la religion musulmane, etc. Quelques-​​uns ont vu des formes spec­trales qu’ils appellent fan­tômes, beaucoup ont entendu parler de ces appa­ri­tions et croient dans la vie après la mort et dans le pouvoir inter­cesseur de leurs ancêtres dans le cours de leur vie, soit qu’ils pro­voquent des événe­ments, soit qu’ils leur soufflent des conseils « d’esprit à esprit ». Enfin, il s’agit rarement de Dieu lui-​​même, entité abs­traite et toute-​​puissante.

Malgré leur diversité, les moyens spi­ri­tuels ont ceci en commun qu’ils attri­buent une impor­tance au cœur, à la croyance, à la position de l’être par rapport au monde existant et aux forces qui l’animent. Il s’agit d’une phi­lo­sophie pri­mitive, où les allé­gories prennent vie et les concepts collent avec le réel. Celui qui pra­tique la prière ou les invo­ca­tions se croit regardé, aidé, protégé ou menacé, entravé et maudit. Il oublie souvent qu’il n’est pas seul et que des mil­lions de per­sonne prient tous les jours pour le succès au travail, en amour et une meilleure santé. Ils sont peut-​​être aussi nom­breux à sou­haiter gagner au Loto…


La pensée positive (ATPNL )


Version athée de la prière, méthode Coué amé­liorée, la pensée positive utilise les outils de la psy­cho­logie cog­nitive et des tech­niques de visua­li­sation d’origine indienne pour déve­lopper la confiance en soi, diminuer les peurs, gérer les conflits et amé­liorer les rela­tions inter­per­son­nelles. Elle agit sur soi grâce aux moyens de son esprit, par des pro­cé­dures par­fai­tement iden­ti­fiées. On exagère parfois ses pos­si­bi­lités et ses résultats. Le cerveau se donne à la fois pour médecin et pour malade. La per­sonne s’auto-hypnose et finit par changer. Elle finit également par se convaincre que ses pro­blèmes sont résolus.

Ainsi, la phobie peut être traitée de manière efficace par le biais de la thé­rapie cog­nitive, mais le dés­équi­libre inté­rieur à l’origine de cette phobie n’est pas traitée et pourra se reporter ailleurs. Cela a tou­tefois l’avantage d’aider la per­sonne à vivre. De même, un homme qui manque de courage avec les femmes peut se « repro­grammer » et devenir le pire des machos. Il se sera conformé à un modèle de com­por­tement qu’il estime pré­fé­rable à celui d’être seul et timide. Il aura sans doute l’impression d’avoir évoluer…


 Les moyens symboliques


Je suis un exemple pour le monde


Les boud­dhistes et de nom­breuses per­sonnes pensent qu’en s’améliorant soi-​​même, on peut changer le monde. En devenant meilleur, on change l’image que l’on donne de soi, on change son rapport aux autres. Non seulement notre repré­sen­tation du monde évolue, mais les ren­contres et les événe­ments s’enchaînent de manière positive, car le monde dans lequel nous vivons n’est qu’une repré­sen­tation de notre esprit, selon les boud­dhistes et les hin­douistes. Scho­pen­hauer a très bien traduit cette pensée dans le monde occi­dental dans son livre : Le Monde comme Volonté et comme repré­sen­tation publié en 1819, qui était lui-​​même inspiré des textes indiens. Le défaut de cette croyance est de faire porter l’ensemble des événe­ments sur cette seule repré­sen­tation du monde. Comment expliquer dans ce cas, que Scho­pen­hauer ait eu si peu de succès à son époque ? Que les boud­dhistes aient subi l’invasion du Tibet, jusqu’au point de s’immoler ? Si l’on suivait leur logique, ce qui leur arrive serait entiè­rement leur faute ou le poids de leur karma. Dans ce cas, il faut croire que tous les habi­tants d’un pays envahi ou que toutes les vic­times d’un crash d’avion par­tagent le même karma…


Le sacrifice et le bouc-​​émissaire

En asso­ciant les succès aux qua­lités des indi­vidus et en imputant les mal­heurs qui arrivent à d’autres aux défauts inhé­rents de ces per­sonnes (à leur fai­blesse phy­sique, à leur manque d’intelligence, à leur mauvais choix, à leur manque de confiance en eux…), on aboutit à classer les indi­vidus en deux caté­gories : les forts et les faibles, les bons et les méchants, ceux qui sont doués et ceux qui tra­vaillent, ceux qui ont de la chance et ceux qui n’en ont pas, ceux qui ont de bons gènes et ceux qui ont une tare…

Appliqué à individu, ce mode de de pensée aboutit à s’auto-flageller pour ses mau­vaises pensées, voire à s’automutiler phy­si­quement. Elargi au niveau d’un village, d’un pays, cela aboutit à l’histoire du bouc-​​émissaire : le bouc chargé de tous les maux de la com­mu­nauté et chassé de la cité ou mis à mort. Les Juifs ont souvent ce rôle dans l’Histoire. Cette croyance est liée à la notion de culpa­bilité, de res­pon­sa­bilité non assumée.

Concernant la crise écono­mique en Europe, on accusera indif­fé­remment les Juifs, les ban­quiers, les Francs-​​maçons, l’Allemagne, la Grèce, l’Europe, les Etats-​​Unis, la Chine, les exilés fiscaux, les émigrés, les chô­meurs, les riches, les poli­ti­ciens, ceux qui votent à gauche, ceux qui votent à droite, etc. On aboutit rapi­dement à une théorie du complot, d’autant plus efficace sur les esprits faibles qu’elle ne peut être clai­rement nommée et donc clai­rement cri­tiquée. La théorie du complot a cependant l’avantage d’apporter un axe de lecture unique pour un monde où les choix poli­tiques, écono­miques et sociaux ne sont plus assumées par les chefs poli­tiques mais reportés sur des entités abs­traites comme « la crise, la dette, l’Europe, les agences de notation, les flux finan­ciers, les inves­tis­seurs… ». On revient ainsi à l’idée du bouc-​​émissaire. De fait, les théories du complot - car elles sont néces­sai­rement légions - devraient continuer à se déve­lopper ces pro­chaines années si rien ne change.


 Les moyens physiques


Les bonnes actions et l’écologie


Cer­tains pensent agir sur le monde par une série de « bonnes actions » qui for­me­raient, par petites touches apportées au tableau, un monde meilleur pour tout-​​un-​​chacun. Cet idéal du « mieux vivre ensemble », axé sur des gestes de citoyenneté comme aider la mamie à tra­verser au feu et ramasser les crottes de son chien sur le trottoir, a pris un caractère d’urgence depuis que nous avons pris conscience des impacts de l’homme sur le climat et des consé­quences désas­treuses de la pol­lution sur la santé. Cette conscience écolo­gique a tout l’air d’une conscience pla­né­taire, pour laquelle la dis­pa­rition d’une espèce animale est tout aussi dom­ma­geable pour nous, êtres humains, que si l’on nous apprenait la mort d’un cousin. Autrefois, les hommes s’inquiétaient de la dis­pa­rition de leur lignée et de leur nom, aujourd’hui, ils s’inquiètent de la dis­pa­rition des lignées des autres espèces, au sens phy­lo­gé­nique du terme.

A la dif­fé­rence de l’urgence sociale, qui ne concerne que les hommes, l’urgence écolo­gique donne à l’homme la pleine res­pon­sa­bilité de ce qui arrive à la planète, au nom des géné­ra­tions futures qui n’existent pas encore. Ce sur­croît de res­pon­sa­bilité peut être dif­ficile à assumer et peut aboutir, par sur­croît de culpa­bilité, à l’idée de bouc-​​émissaire expliqué plus haut. L’homme, pour le coup, peut paraître le cou­pable idéal, le pré­dateur n°1 et le parasite par excel­lence de cette planète. Dans cette logique, il faut l’empêcher de nuire, même si cela implique de violer la notion de pro­priété privée, d’arracher des plants de maïs trans­gé­nique et de détruire des ins­tal­la­tions pol­luantes. Cer­tains auteurs de science-​​fiction [2], comme cer­tains jour­na­listes [3], ont même parlé d’« écoter­ro­risme » pour accuser les actions « coup de poing » de Green­peace et autres asso­cia­tions écologistes.


Le terrorisme et les coups d’Etat


Le terme de « ter­ro­risme » étant souvent utilisé ces der­nières années pour dis­cré­diter toute forme de résis­tance poli­tique [4], il faut se méfier de cette expression. L’écologie n’est pas un pro­blème en soi, mais la doc­trine du « déve­lop­pement durable » semble dif­ficile à mettre en place dans une société capi­ta­liste. Dès lors, les actions écolo­gistes, réa­lisées au nom du bien commun, risquent à un moment de se retrouver face à une impasse : sauver la planète implique de changer de modèle écono­mique et de donner de nou­velles prio­rités à la société, autrement dit : changer le monde.

Les plus radicaux pen­seront aux moyens armés, à la révo­lution, au coup d’Etat. Le monde serait ainsi « obligé » de changer. L’Histoire a montré que les chan­ge­ments apportés, s’ils ne font pas avec les élites des popu­la­tions sont sou­mises par exemple, en res­pectant l’organisation sociale ou les valeurs essen­tielles de ces peuples, finissent par se faire par oppo­sition à ces peuples, à pro­duire une série d’actions, consom­ma­trices de temps et d’énergie, qui ne visent qu’à main­tenir le système en place et la position des nou­veaux chefs. Si cela ne dégénère pas en guerre civile, cela finit par dis­pa­raître avec la mort de ces chefs [5]. Ce type d’action est-​​il stérile pour autant ? Pas tout à fait, car le chan­gement de société pourra pro­fiter à d’autres…

Ainsi, les révo­lu­tions du prin­temps arabes ont souvent profité aux partis isla­miques, de même que la Révo­lution fran­çaise a permis à la bour­geoisie de prendre le pouvoir et d’instaurer un système libéral. La vio­lence ini­tiale n’a pourtant pas été tota­lement « digérée » : les gens conti­nuent de des­cendre dans la rue en Egypte. Elle peut même se retrouvée « intégrée » dans le nouveau système poli­tique : par exemple, la Révo­lution fran­çaise, portés par des idéaux de liberté et de fra­ternité, est devenue la période de la Terreur [6].


 Les moyens humains


L’engagement associatif et le bénévolat


Les béné­voles sont très nom­breux en France, ils répondent à des besoins qui ne sont pas pourvus par le marché (car non ren­tables) ou par l’Etat (par manque de moyens), comme par exemple l’entraide sociale, la création de spec­tacles, les banques ali­men­taires… Il ne s’agit pas seulement de retraités et d’étudiants, mais aussi de lycéens et de per­sonnes animées par une passion qui se sont réunies en asso­ciation. Les asso­cia­tions dont nous parlons ne doivent pas être confondues avec le statut asso­ciatif qui est une forme juri­dique choisie par cer­taines orga­ni­sa­tions (les clubs sportifs, les centres de for­mation…) et qui sont, eux, ren­tables et par­fai­tement intégrés à l’économie de marché.

Créer une asso­ciation, c’est s’engager dans un acte citoyen, c’est croire que l’on peut changer le monde par son action. Faire du béné­volat, c’est par­ti­ciper à ce rêve, donner un peu de soi pour une passion commune, une idée par­tagée, un autre en souf­france, etc. On donne de son temps, de son argent, on prêt ses com­pé­tences (dans les S.E.L.), on crée des échanges, des réseaux sociaux qui n’ont rien de vir­tuels. Petit à petit, cela change le monde, ou au moins la vie de ceux qui y participent.


Les réseaux professionnels, les collectifs et les sectes

Il peut être tentant de s’inscrire dans un groupe pour démul­ti­plier sa puis­sance d’action sur le monde, même sans en être le chef, sim­plement en se laissant influencer pour influence d’autres per­sonnes, en aliénant une part de sa volonté pour suivre la volonté du groupe, devenir les yeux, les bras ou les jambes d’un Titan. Par groupe, nous entendons les réseaux pro­fes­sionnels (clubs, think tanks…), aussi bien que les col­lectifs créés autour d’une cause à défendre (contre un aéroport ou pour la construction d’un puits en Afrique sub­sa­ha­rienne…) ou des mou­ve­ments sec­taires (depuis qu’on parle d’elles, beaucoup de sectes se sont recon­verties vers le bien-​​être ou le déve­lop­pement de la per­son­nalité…). Dans tous les cas, l’individu perdu dans la masse subit les lois de la dyna­mique de groupe [7]. Il n’est donc plus libre au sens de Nietzsche ou de Gurdjieff.

Ce qu’il faut penser, avant de s’inscrire dans un groupe ou de créer soi-​​même un groupe de ce type, c’est que l’ambiance ini­tiale, sa mission pre­mière, risque de changer pour garder la cohésion du groupe et qu’il faudra choisir alors entre rester dans le groupe, ce qui signifie changer en même temps que lui, et sortir du groupe pour rester fidèle à sa mission pre­mière et aux raisons pour les­quelles on s’était engagé par le passé. Prenons l’exemple de la chré­tienté : l’Eglise d’aujourd’hui est dif­fé­rente de l’Eglise de l’Inquisition et de l’Eglise du temps des pre­miers martyrs. Dif­fé­rents schismes, retour aux racines de l’Eglise et de l’Ancien Tes­tament, sont venus sou­ligner d’une cer­taine façon la dyna­mique des groupes appliquée à la religion. D’une cer­taine façon, l’Islam, venue sept siècles après le chris­tia­nisme, est plus proche de la religion juive que le catho­li­cisme, le pro­tes­tan­tisme et l’orthodoxie, qui auront eu sept siècles de plus pour se transformer.


 Les moyens matériels


Le prêt, le don et l’investissement solidaire


Peut-​​on aider autrui en l’aidant maté­riel­lement et finan­ciè­rement ? Peut-​​on amé­liorer la société en inves­tissant dans des entre­prises d’insertion (qui embauchent des per­sonnes au RSA), dans des sart-​​up de jeunes plein d’idées ou dans des entre­prises vertes ? Peut-​​on changer le monde avec l’argent, les fon­da­tions, les héri­tages, le troc ou des sys­tèmes comme le viager ?

La pre­mière question à se poser est de savoir si l’on veut uti­liser le système moné­taire ou un autre système (troc, mon­naies vir­tuelles…). La deuxième question est de savoir si l’on veut recevoir quelque chose en échange (bénéfice, retour de l’argent prêté, remer­ciement, contre-​​don…). Enfin, on ne peut donner ou prêter que ce que l’on a, au sens où cette méthode ne crée pas de valeurs par elle-​​même mais par le mou­vement de valeurs qu’elle engendre et la façon dont les per­sonnes béné­fi­ciaires vont les faire fruc­tifier. De fait, on ne change pas de système, on l’utilise, on le réoriente. La question est de savoir si le système-​​monde qui est place possède suf­fi­samment de res­sources pour se changer lui-​​même, à partir de lui-​​même.


Les vertus du libéralisme


Les tenants du libé­ra­lisme croient que la solution est de laisser l’offre et la demande s’autoréguler. On abou­tirait ainsi au « juste prix » des pro­duits et de ser­vices, mais aussi au « juste prix » des salariés (l’offre est le nombre de chô­meurs, la demande le besoin de main d’œuvre). Ce système poli­tique et écono­mique, basé sur la libre-​​entreprise et la place de l’Etat réduite aux fonc­tions réga­liennes (la police, la justice et l’armée), devrait réussir s’équilibrer de lui-​​même, au bénéfice du plus grand nombre, si l’on empêche la mise en place d’ententes illé­gales sur les prix et la création de monopole. On voit déjà appa­raître des condi­tions, qui sont autant de failles. Ajoutons que le système peut s’équilibrer aussi par des crashs bour­siers, des famines et des dépla­ce­ments de popu­lation. Peu importe si on sauve le système écono­mique en place.

Les entre­prises privées et parfois publiques par­ti­cipent de ce système. Le but premier d’une entre­prise, sa défi­nition en économie, est de faire du profit. Evi­demment, le caractère du chef d’entreprise peut donner une orien­tation autre à son entre­prise, lui donner des valeurs, une éthique, mais l’entreprise pourra être vendue, rachetée, son per­sonnel licencié, y compris son gérant, son diri­geant, car il faut bien dis­tinguer cette entité com­mer­ciale, l’entreprise, de son créateur, un peu comme un fils et son père. Le fils, un jour, peut quitter son giron familial, il peut même s’opposer à lui et renier les valeurs pater­nelles. Ainsi, la création d’entreprise, tout en étant une réa­li­sation positive et un élément d’épanouissement per­sonnel, ne permet un contrôle suf­fisant sur son devenir. De manière plus générale, les entre­prises ne sont pas des outils fiables pour trans­former le monde car ils peuvent échapper au contrôle de leur diri­geant. En effet, les choix d’un chef d’entreprise dépendent autant de sa stra­tégie com­mer­ciale que de l’état du marché et de la concur­rence. L’entreprise obéit donc autant au chef d’entreprise qu’on fonc­tion­nement capi­ta­liste et plus ou moins libéral de la société.

Evi­demment, on pourra répondre qu’un chiffre d’affaires important donne les moyens finan­ciers ou maté­riels d’agir dans la société, d’influencer la vie des salariés et d’un pays, voire d’un continent… Dans ce cas, nous retombons sur les ques­tions que nous avons sou­levées dans la partie pré­cé­dente (cf. « Le prêt, le don et l’investissement solidaire »).


 Les moyens politico-​​médiatiques


« Faire pression » ou les pouvoirs du lobbying


Les hommes poli­tiques, les jour­na­listes et les leaders d’opinion peuvent-​​ils influencer dura­blement le monde ? Si oui, cette influence est-​​elle positive ? Chaque per­sonne, à son niveau, conseille son entourage, le plus souvent pour son bien, avec des résultats mitigés, les solu­tions qui sont bonnes pour soi n’étant pas tou­jours bonnes pour les autres. De même, les sociétés de lob­bying qui cherchent à influencer les avis du Conseil écono­mique et social européen et en défi­nitive les déci­sions adoptées par l’UE n’agissent pas pour le bien de tous mais pour d’un point de vue par­ti­culier, qui se veut le plus éclairé pos­sible. Dès lors, comment ne pas confondre les intérêts qui sont les siens avec les conclu­sions de son expertise ? Un labo­ra­toire financé par Mon­santo peut-​​il se per­mettre de cri­tiquer la société pro­duc­trice d’OGM ?

La condition d’une action efficace serait donc de ne pas faire partie du système, de ne pas avoir étudié les OGM et peut-​​être même de n’en avoir jamais entendu parler. Cela revient à l’idéal d’un système de valeurs abs­trait, en dehors des contin­gences maté­rielles et des indi­vidus, où les poli­ti­ciens seraient tirés au sort parmi les citoyens comme en Grèce antique, où les règles du jeu seraient testés à l’aveugle comme dans la Théorie de la Justice de James Rawls [8]. On peut avoir des doutes sur les capa­cités de jugement d’une per­sonne qui ne connaî­traient pas les bases de la géné­tique, les tests en labo­ra­toire sur le maïs trans­gé­nique, les enjeux écono­miques des OGM [9] et les avis des agri­cul­teurs et les consé­quences sur la santé des popu­la­tions exposées au Roundup.


Changer la société de l’intérieur

Devenir maire, puis, pourquoi pas, député, pré­sident de com­mu­nauté de com­munes, de pays ou de Région, puis accepter un poste de ministre, se pré­senter aux élec­tions pré­si­den­tielles… Ce che­mi­nement trouve des équi­va­lents à l’intérieur des grandes entre­prises, des grandes asso­cia­tions ou de n’importe quelle autre orga­ni­sation de taille suf­fi­sante pour devenir un monde en soi. La question qui se pose est de savoir si l’on peut changer cet univers de l’intérieur, en étant n°1 ou n°2, le conseiller dans l’ombre ? Les études sur la vie des singes en société a montré que les singes domi­nants sont stressés par la peur de perdre leur position face à des singes plus jeunes et plus reven­di­catifs, ce qui arrive fata­lement un jour. La position la plus enviable est celle du n°2, qui a tout a espéré. Le n°2 finit par devenir n°1 et perd son bien-​​être, etc.

Les singes domi­nants n’ont certes pas l’intention de changer la vie des singes et de trans­former la forêt comme des Robinson Crusoé du règne animal. Non, la com­pa­raison visait seulement à montrer que celui qui veut changer la société de l’intérieur doit tout d’abord adhérer au système existant, com­prendre suf­fi­samment bien les règles pour pouvoir en jouer et évoluer… Le pouvoir qu’il finit par acquérir dépend de sa position au sommet de la pyramide. Détruire cette pyramide revient à détruire son pouvoir. Sa capacité de trans­for­mation du système est donc limitée, il risque même de vouloir le conso­lider pour s’assurer une position durable, sous pré­texte d’avoir besoin de temps pour changer la position en pro­fondeur : c’est le dis­cours de tous les hommes poli­tiques qui sou­haitent se faire réélire et des Pré­si­dents à vie d’Amérique du Sud.

Un Pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, par exemple, qui sou­hai­terait changer la Consti­tution en donnant un pouvoir élargi au Par­lement serait obligé de se saborder, à moins de reporter l’application de cette nou­velle mesure aux pro­chaines élections…

Régime pré­si­den­tielle ou régime par­le­men­taire, le système poli­tique global, celui de la Répu­blique et de ses lois, reste glo­ba­lement le même. Le chan­gement de Consti­tution, qui peut sembler révo­lu­tion­naire, demande certes un courage poli­tique pour ceux qui le pro­meuvent et le mettent en place, mais ne change pas fon­da­men­ta­lement la société : les rap­ports entre les per­sonnes, les dif­fé­rences entre riches et pauvres, etc. Il ne s’agit pas seulement d’une action trop large pour avor une inci­dence au niveau local, ou d’une action trop pro­fonde pour avoir des effets pra­tiques sur le court terme : il s’agit d’une réor­ga­ni­sation du système existant en fonction des règles que le système se donne.

Dès lors, une question se pose : quelle est la sou­plesse de ce système, sa capacité à évoluer et à faire évoluer la société avec elle ? Il faut admettre que la démo­cratie existe depuis plu­sieurs cen­taines d’années en Europe, malgré des crises poli­tiques et écono­miques graves. Ce système s’est peu à peu étendu dans le reste du monde. La démo­cratie est sans nul doute un système très souple, mais aussi très cri­tiqué. Il faut croire que nous devons faire avec ses avan­tages (l’alternance poli­tique, le choix de la poli­tique) et ses défauts (le popu­lisme, l’arrivée au pouvoir de partis non-​​démocratiques…) pour changer le monde. La démo­cratie existant depuis 1789 en France et depuis plus long­temps en Grèce, nous devons nous attendre à voir réap­pa­raître des cas de figures déjà étudiés par les His­to­riens. Changer la société en se basant que le système poli­tique en place revien­drait à choisir laquelle de ces figures l’on sou­hai­terait faire revivre.

Ces réflexions s’appliquent également à d’autres sys­tèmes existants.


 Les moyens des autres


L’attente du Messie


Nous avons déjà parlé de la place du leader dans un groupe. Qu’en est-​​il du cas de figure où le leader est absent et attendu, comme celui du Messie chez les Juifs ? Dans notre société contem­po­raine, cela revien­drait à attendre l’arrivée d’un homme pro­vi­den­tielle (ou d’une femme) pour changer la face du monde. Cela sous-​​entend que la place actuelle est vacante ou qu’elle est usurpée. Le « Messie » vien­drait ainsi bou­le­verser le monde actuel, ne serait-​​ce que parce qu’il reven­di­querait une place dans un système qui fonc­tionnait (très bien) sans lui. L’arrivée du « Messie » per­mettre de rebattre les cartes entre les puis­sants et les faibles, entre les pri­vi­légiés et la mul­titude, etc. Un nouveau système de valeur pourrait être mis en place. Si cela n’était pas le cas, le « Messie » ne serait pas considéré comme tel, ce serait un « faux Messie » et il res­terait tou­jours un espoir pour le changement…

Dans la liste des moyens d’action, l’attente du « Messie » peut être com­prise de deux façons : du point de vue de celui qui attend et du point de vue du « Messie » lui-​​même, qui vient pour reven­diquer sa cou­ronne, recon­naître ses sujets et gagner un peuple.

Dans les deux cas, nous nous retrouvons dans un système dual avec le « Messie » d’un côté et le peuple de l’autre, comme dans la dia­lec­tique du Maître et du Ser­viteur du phi­lo­sophe Hegel. Les deux sont inter­dé­pen­dants, c’est-à-dire qu’ils dépendent de l’autre pour lui recon­naître sa place et exister. Si les rôles sont investis, tout devient pos­sible, le monde pourra se trans­former, prendre de nou­velles direc­tions. Mais ce système hié­rar­chique ins­titue un dés­équi­libre, donc une dia­lec­tique. Tout l’art de Hegel a été d’analyser ces chan­ge­ments pro­gressifs qui amènent le Ser­viteur à influencer les déci­sions du Maître, jusqu’à finir par prendre sa place, comme dans les Satur­nales romaines ou dans L’Ile aux esclaves de Marivaux.

Ainsi, l’attente du « Messie » est l’attente d’une nou­velle dia­lec­tique, d’un nouveau cycle si l’on croit aux cycles écono­miques ou à l’ère du Verseau.


Le cours de l’Histoire


Peut-​​on rester les bras croisés devant le mou­vement de l’Histoire et se dire que le chan­gement viendra de lui-​​même, quand ce sera le moment ? Peut-​​on déses­pérer à ce point de son action sur le monde pour croire que le monde évoluera de la même façon que l’on existe ou que l’on n’existe pas ? Nos actions, à défaut d’avoir des pou­voirs immenses, à néces­sai­rement des actions à long terme, sur plu­sieurs géné­ra­tions, voire même des actions à court terme, si l’on prend en compte la théorie du chaos (« les bat­te­ments d’ailes d’un papillon peut pro­voquer une tempête à l’autre bout de la planète »…).

On opposera à cette croyance aux lois sta­tis­tiques uti­lisées en psy­cho­logie, en socio­logie, en épidé­mio­logie, etc. Si l’action indi­vi­duelle est impré­vi­sible, « chao­tique », le mou­vement d’ensemble, l’évolution globale des gènes d’une espèce par exemple, répond à règles, à des lois de la phy­sique et est poten­tiel­lement pré­dic­tible. C’est aussi ce qu’envisage l’écrivain Isaac Asimov avec l’invention la « psy­cho­his­toire » [10]. C’est ce qu’affirment aussi les bio­lo­gistes comme Stephen Jay Gould concernant la géné­tique des popu­la­tions [11]. Ainsi, la portée d’une action indi­vi­duelle se dis­sou­drait dans les grands mou­ve­ments, dans les grandes révo­lu­tions qui signent une époque. Elle ne pourrait pas l’empêcher, elle pourra au mieux la ralentir ou l’accélérer.

A moins que… Sup­posons que nous puis­sions revenir dans le temps. Poul Anderson a envisagé les dif­fé­rentes éven­tua­lités (ce que nous serions tenté de faire, qui nous en empê­cherait, comment cor­riger les erreurs, etc.) au travers d’une série de récits réunis sous l’intitulé La Patrouille du temps. La théorie qui est exposée est celle d’une nature plas­tique du continuum spatio-​​temporel : cer­tains événe­ments, cer­taines dates, cer­taines périodes en cer­tains lieux sont par­ti­cu­liè­rement impor­tantes ou par­ti­cu­liè­rement com­plexes et il est très délicat d’intervenir à cette époque sans changer le cours de l’Histoire. A l’inverse, à d’autres périodes de l’Histoire, les actions n’auront pas de consé­quences graves, elles pourront être cor­rigés ou inté­grées à l’Histoire sans danger pour le cours général. Par exemple, la mort d’un individu n’entraînerait néces­sai­rement la dis­pa­rition de toute sa des­cen­dance, car les gènes qui le consti­tuent pour­raient être trouvées chez d’autres indi­vidus. Ce qui compte dans ce cas, comme pour la sta­tis­tique, c’est le génome présent dans l’espèce humaine, les mul­tiples pos­si­bi­lités données par nos inter­ac­tions, et non la vie ou la mort d’un individu sans impor­tance (du point de vue des livres d’Histoire).

Aux moments où l’Histoire semble s’accélérer, dans une révo­lution ou dans une guerre, par exemple, l’individu, revien­drait sur le devant de la scène. Dans une société en proie au chaos, où les ins­ti­tu­tions s’effondrent, les hommes peuvent en effet mourir ou réussir à changer la face du monde. On peut citer Hitler, mais aussi Lénine, Napoléon, Alexandre le Grand… En réalité, leurs actions ne sont pos­sibles que dans une société qui les accueille, en sorte que leurs actions, aussi incroyables qu’elles puissent paraître, sont tou­jours bornées par les pos­si­bi­lités d’action de la société où ils vivent. On peut dire qu’ils cata­lysent non seulement les espoirs et les haines de leur époque, mais aussi qu’ils révèlent à leur civi­li­sation ce qu’elle contenait en elle de force et de vio­lence… Le phi­lo­sophe Hegel appelait cela « la ruse de l’Histoire ».

Attendre que l’Histoire fasse son travail, c’est refuser le rôle que l’Histoire pourrait nous donner pour se can­tonner au rôle d’observateur ou de « Ser­viteur ». Si l’on choisit au contraire l’action dans ce monde, il faut savoir rester humble, car nous connaissons nos actions, mais nous connaissons rarement les raisons qui nous poussent à agir et nous ne maî­trisons pas la portée et les consé­quences de nos actes dans le temps et dans l’espace.



 CONCLUSION


Nous avons que les dif­fé­rents moyens d’action que nous pro­posent la nature, la société des hommes ou le monde, pour faire large, répondent chacun des logiques dif­fé­rentes, à des méca­nismes parfois fra­giles. Les moyens humains, maté­riels et politico-​​médiatiques semblent limités dans leurs effets, tandis que la vio­lence et les coups d’Etat sont à éviter, car ils pré­ci­pitent le monde dans le chaos et que le chaos est part nature impré­vi­sible. Les "moyens sym­bo­liques" et les "moyens des autres" sont le plus souvent uti­lisés par les groupes, mais ils ne semblent pas concerner les indi­vidus eux-​​mêmes [12]. Les moyens spi­ri­tuels seraient inté­res­sants s’ils étaient prouvés.

Ces moyens n’ont pas seulement leurs "avan­tages" et leurs "défauts", car celui qui choisit tel ou tel moyen d’action ne les choisit pas librement mais en fonction de ses propres atouts et fai­blesses. Dans cer­tains cas, nous avons demandé au lecteur de se poser cer­taines ques­tions avant d’agir, afin d’orienter son choix et de partir sur telle ou telle action en toute connais­sance de cause (sur ses moti­va­tions pro­fondes, sur les résultats qu’il veut obtenir…). Ainsi, nos actions sur le monde peuvent être amé­liorées en amé­liorant notre connais­sance de soi. En aug­mentant notre capacité à agir sur le monde qui nous entoure de manière efficace, en fonction de nos propres atouts, on acquiert une plus grande confiance dans la pos­si­bilité d’agir sur le monde.

Celui qui veut agir sur le monde ne devrait pas seulement avoir confiance en lui, il devrait également avoir confiance dans le monde, dans la société, dans la démo­cratie, dans la science, dans l’écologie, dans la parole de Dieu, dans la réalité, etc. Car c’est le monde lui-​​même qui offre cette pos­si­bilité de chan­gement et qui change, inévi­ta­blement. Mais le « monde » est un concept un peu flou pour y placer sa confiance. En quoi ou en qui avoir confiance ? Que croire ? Cer­tains appellent cela Dieu, la Vie, le Destin, d’autres font mention de leur bonne étoile, d’un ange gardien, du progrès de la science ou de la civi­li­sation, des vertus de la démo­cratie, de la nature de l’homme… Au fond, c’est une autre question… Une question de foi.


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Ce monde est à nous, changeons-​​le !



[1] Ce ques­tion­nement rejoint les ques­tions phi­lo­so­phiques essen­tielles : Que puis-​​​​je savoir ? Que dois-​​​​je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ? Selon Kant, les ques­tions s’emboîte les unes dans les autres et la plus impor­tante est la der­nière. Connais-​​​​toi toi-​​​​même, disait déjà l’un des pré­ceptes gravés à l’entrée du temple d’Apollon à Delphes… Qui suis-​​​​je ? deman­daient déjà les Védas il y 2000 ans.

[2] Dans son roman « State of Fear », Mickaël Crichton, l’auteur de Jurassik Park, accuse les écolo­gistes de men­songe vis-​​​​à-​​​​vis du réchauf­fement planétaire.

[3] Voir https://​www​.lesaf​faires​.com/​s​e​cteur…

[4] Il suffit de réécouter le dis­cours de Khadafi lors de ses der­nières heures, mais on peut aussi citer la Corée du Nord, la Chine et de nom­breux autres pays démocratiques.

[5] puisque le système mis en place ne visait qu’à les main­tenir au pouvoir.

[6] La suc­cession Monarchie - Répu­blique  –  Res­tau­ration  –  Empire cor­respond un peu près aux trois modes de gou­ver­nement exposés par Platon : l’aristocratie appelle son opposé, la démo­cratie, la démo­cratie sombre en oli­garchie (les plus riches, la classe des pro­prié­taires), l’oligarchie devient aris­to­cratie (les plus riches deviennent les plus puis­sants et s’accaparent le pouvoir), etc.

[7] Le Que sais-​​​​je ? de Jean Mai­son­neuve, daté de 1968, reste une bonne ini­tiation. Voir aussi notre article : Comment échapper à la dyna­mique de groupe ?

[8] James Rawls (19212002), Théorie de la Justice, 1971.

[9] Amé­liorer les ren­de­ments, per­mettre à des plantes de pousser dans des condi­tions dif­fi­ciles dans les pays du Tiers-​​​​monde, pro­duire des médi­ca­ments dans le lait produit par des vaches trans­gé­niques, créer de nou­velles espèces, bre­veter le vivant…

[10] Les mathé­ma­tiques seraient capable de prédire l’évolution de l’humanité, et plus cette humanité s’étendra, plus ses pré­dic­tions se feront précises…

[11] Plus le nombre d’individus dans un groupe est élevé, par exemple dans un groupe de dino­saures, et plus les muta­tions s’accélèrent…

[12] Par là-​​​​même, les groupes ne sont pas "moraux" au sens de Kant, on ne peut pas attendre d’eux une morale, car la morale implique l’individu et non le groupe. En effet, selon Kant, la condition de pos­si­bilité d’une action morale est de consi­dérer l’homme comme une fin en soi. Or, la logique du "groupe" implique néces­sai­rement de consi­dérer les indi­vidus comme des "moyens". Par contre, les choix des indi­vidus à la tête de ces groupes peut-​​​​être morale. Ainsi, l’existence d’un ou de plu­sieurs chefs par­fai­tement connus et iden­tifiés est une condition néces­saire pour qu’un groupe agisse en fonction de la morale, pour le bien des indi­vidus et du groupe dans son ensemble. A contrario, des déci­sions prises par des groupes ano­nymes comme les "action­naires" d’une société ou la "com­mission" euro­péenne, ne reposent jamais sur une morale. Leurs choix sont a-​​​​moraux, mais ils peuvent reposer sur d’autres prin­cipes, sur le droit du travail ou sur des plans d’action enté­rinés par le Par­lement européen par exemple.


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