Comment échapper à la dynamique de groupe ?

mardi 14 août 2012
par  Neimad
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La dyna­mique des groupes nous apprend beaucoup sur le fonc­tion­nement des hommes en société. Projet 22 étant un groupe parmi d’autres, comment éviter les écueils qui finissent par toucher tous les groupes à un moment ou un autre de leur évolution ?

Après avoir pré­senté l’évolution des groupes, nous nous inté­res­serons l’émergence de la vio­lence inter­groupes et au phé­nomène du lea­dership. Elles nous amè­neront à réfléchir sur les formes de gou­ver­nement et sur les ten­ta­tives de réa­li­sation des utopies au travers de l’histoire. Enfin, nous pré­sen­terons notre position par rapport aux effets de dyna­mique de groupe en général, et par rapport à l’engouement autour de 2012 en particulier.



L’évolution des groupes


Un groupe acquiert une plus forte identité et une plus grande cohésion entre les membres si les cri­tères d’entrée deviennent plus dif­fi­ciles, s’il produit des réfé­rences et un voca­bu­laire communs, mais ce faisant, il est moins ouvert aux influences exté­rieurs et tend à se refermer lui-​​même.

Un groupe mino­ri­taire devient majo­ri­taire quand l’environnement est favo­rable aux idées qu’il défend, mais il se sclérose avec le succès, il n’est plus capable d’innovation et trouver des solu­tions aux nou­veaux pro­blèmes qui se pré­sente, il sera ren­versé par un groupe mino­ri­taire qui sera mieux adapté à la situation.



La violence intergroupes


Tout groupe est poten­tiel­lement violent envers les autres groupes, il cherche la confron­tation pour affirmer son identité. Dans une expé­rience célèbre de socio­logie [1], M. Sherif, a cherché des solu­tions pour apaiser les ten­sions entre deux groupes de 12 garçons [2]. Les salles de jeux com­munes ne don­naient pas d’amélioration, car les deux groupes se sépa­raient le ter­ri­toire et conti­nuaient les pro­vo­ca­tions. L’arrivée d’un troi­sième groupe qui ser­virait d’ennemi commun n’a constitué qu’une solution pro­vi­soire. Seul un pro­blème urgent qui dépassait les res­sources propres de chacun des groupes a permis aux deux groupes de s’allier. Une fois les groupes fusionnés, il n’est pas interdit de penser qu’ils se confron­teront à des groupes plus gros (après les tribus, les pro­vinces, les pays, les continents…).

Par exemple, la menace d’un ébou­lement ou d’une montée du niveau de l’eau peut amener les hommes à s’unir malgré leurs cli­vages, comme ce fut le cas aux Pays-​​Bas. De même, le manque de sang dans les hôpitaux n’a pas amené les pays ou les hôpitaux à se concur­rencer. Il a été fait appel à la géné­rosité de chacun pour donner son sang… Même chose pour les banques ali­men­taires, l’aide inter­na­tionale après les catas­trophes natu­relles, etc.

Ainsi, la raré­faction des res­sources sur la planète (eau, pétrole, mais aussi gaz, uranium, poissons…) peut amener les hommes à s’unir au lieu de s’affronter et de se faire la guerre. C’est aussi ce qu’espèrent les tenants de l’écologie…



Le phénomène du leadership


Chez les enfants comme chez les adultes, on observe des per­sonnes qui ont de l’ascendant sur d’autres per­sonnes. Cet ascendant est parfois naturel, c’est-à-dire accepté par ceux qui se sou­mettent à l’autorité, et parfois coer­citive, c’est-à-dire imposé par la force ou par à un rapport de force (c’est-à-dire une menace).

Dans le premier cas, les per­sonnes suivent la per­sonne qui possède les qua­lités qui leur semble néces­saire pour agir et prendre les meilleures déci­sions. Dans le deuxième cas, les per­sonnes suivent la per­sonne la plus forte ou la plus dan­ge­reuse, dans le but d’assurer leur propre survie ou le maintien de leur intégrité.

Le sociologue Max Weber distingue trois type de chefs :

  1. Le chef charismatique
  2. Le chef traditionnel
  3. Le chef démocratique

Selon Redl, il existerait plutôt 5 types de leaders :

  1. Le type auto­ri­taire : il agit par inti­mi­da­tions et sanc­tions.
  2. Le type coopé­ratif : il fait par­ti­ciper les autres à ses déci­sions et est plus proche de ses subor­donnés.
  3. Le type manoeu­vrier : il influence autrui indi­rec­tement ; cette attitude succède souvent à un style auto­ri­taire qui n’a pas fonc­tionné.
  4. Le type éluci­dateur : il permet au groupe de se constituer, facilite une prise de conscience col­lective d’un pro­blème et accom­pagne l’émergence d’une ou plu­sieurs déci­sions ; il ne s’agit pas tout à fait d’un lea­dership mais d’une attitude "non directive".
  5. Le type laisser-​​faire : le contraire du leader.

A l’heure des nou­veaux modes de gou­ver­nance, qui mettent autour de la table un nombre d’acteurs de plus en plus nom­breux (les fameux "par­te­naires sociaux"), le type auto­ri­taire dis­paraît et laisse place au type coopé­ratif. Parfois, le type coopé­ratif devient une coopé­ration de façade, les déci­sions conti­nuent de venir d’en haut et l’on aboutit au type manoeuvrier.

Le type "éluci­dateur" se trouve plutôt chez les psy­cho­logues. Il peut aussi venir d’un per­sonnage reli­gieux, d’un intel­lectuel ou d’un homme poli­tique s’il inter­vient à un moment de crise. Il devient rapi­dement inutile quand la crise est passée. Il peut même être rejeté ensuite par ceux qui l’auront écouté, car il leur rap­pelera alors par sa pré­sence leur moment de faiblesse.

Le laisser-​​faire trouve son expression dans le stoï­cisme et dans le taoïsme, avec l’image du sage qui se contente d’accepter la suc­cession des événements.

Il existe des chefs dif­fé­rents dans des groupes dif­fé­rents : le pré­sident d’une asso­ciation ne se com­portera pas comme le directeur d’un centre de profit, parce que le but de leur orga­ni­sation diffère et que les indi­vidus qui les com­posent attendent des qua­lités dif­fé­rentes de leur chef.

Ce sont bien les hommes qui font leur chef. Il arrive donc un moment, comme dans toute société humaine, où un homme monte en renommée, pro­voque des jalousies, affronte un concurrent, emporte la vic­toire, ter­rasse son ennemi et se récon­cilie - ou non - avec ses ennemis d’hier. Il finit par décliner et par être rem­placé par un nouveau leader. Cela s’observe aussi bien en poli­tique que dans le monde du spectacle…

A l’opposé du leader, il ne faut pas oublier la figure du bouc-​​émissaire, qui prend sur lui les "maux" du groupe auquel il appar­tient. Selon les époques et les sociétés, il a pu s’agir d’une sor­cière, d’un juif, d’un pro­testant, d’un noir, d’un vendéen, d’un monar­chiste, d’un collabo, d’un com­mu­niste, etc.

S’il accepte de jouer ce rôle, il pourra sus­citer des sen­ti­ments de haine ou de pitié, et le groupe se sera soudé contre cet ennemi commun (sans résoudre les pro­blèmes d’origine). S’il refuse de jouer ce rôle et accuse le groupe des pro­blèmes qu’il refuse d’endosser, la réaction du groupe peut être très vio­lente et aboutir à une scène de lyn­chage. Le groupe se sera de nouveau soudé contre un ennemi commun, mais il y aura eu un mort…



Du leadership aux formes de gouvernement


Un leader est-​​il tou­jours néces­saire ? Il a existé des orga­ni­sa­tions à plu­sieurs têtes, comme à Sparte ou à Rome [3]. Il existe d’ailleurs une sépa­ration des pou­voirs légis­latifs, exé­cutifs et judi­ciaires dans nos Répu­bliques. Il existe en outre plu­sieurs partis dans une démo­cratie. Commes les indi­vidus, ces groupes peuvent se concur­rencer, s’affronter ou s’associer, fusionner, puis se diviser encore… [4]

En France a lieu régu­liè­rement un débat sur la repré­sen­ta­tivité de l’Assemblée nationale et sur le poids de celle-​​ci par rapport au pouvoir pré­si­dentiel. La IVe Répu­blique a montré l’échec d’un gou­ver­nement qui n’avait pas la majorité au Par­lement : aucun vote n’obtenait la majorité et aucune décision n’était prise. Le Ve Répu­blique donne un pouvoir pré­éminent au Pré­sident de la Répu­blique, grâce aux élec­tions pré­si­den­tielles (le Pré­sident est direc­tement élu par le peuple et donc légitimé par celui-​​ci) et sur­epré­sente le nombre de députés des partis majo­ri­taires par rapport à leur poids réel dans les élec­tions. Cer­tains plaident ainsi pour une plus grande proportionnelle…

A l’inverse, les traités suc­cessifs de l’Union euro­péenne mettent en place un fédé­ra­lisme sur le modèle des Etats-​​Unis. Il entraîne une perte de sou­ve­rainté des Etats sur les ques­tions réga­liennes, mais aussi sur les ques­tions de santé publique, de fis­calité, de dette…

Une société sans gou­ver­nement est-​​elle pos­sible ? Autrement dit, l’utopie des anar­chistes (selon l’origine de ce mot) est-​​elle réa­li­sable ? Une société sans loi ? Une éducation sans école ? Une justice sans juges ? Cela appe­lerait une nou­velle défi­nition des rap­ports humains. Plu­sieurs utopies ont été expé­ri­mentés dans l’histoire, pour mettre en place des sociétés plus libres ou plus égali­taires [5]. Elles n’ont pas tenu au-​​delà d’une géné­ration ou de deux ou trois cents ans, ce qui est déjà beaucoup. Les autres sociétés, moins libres et moins égali­taires, ont fini par les envahir, à moins qu’elles ne dis­pa­raissent par l’épuisement du rêve qui animait les fon­da­teurs… [6]

Comment main­tenir le rêve ? A sup­poser qu’un homme vision­naire sou­tienne les efforts d’un groupe durant sa vie entière pour construire une société meilleure, que deviendra ce groupe à sa mort ? Si les valeurs de notre société sont écrites dans notre Consti­tution, celles-​​ci sont-​​elles tou­jours respectées ?

A l’inverse, existe-​​t-​​elle un rêve ou une vision de l’avenir suf­fi­samment belle et forte pour que des géné­ra­tions de poètes, de poli­tiques, d’entrepreneurs, d’hommes, de femmes et d’enfants s’en sai­sissent et par­ti­cipent à sa réa­li­sation, comme la construction d’une cathé­drale ou d’une pyramide ?

Quelle serait la cathé­drale ou la pyramide pour notre époque ?



Conclusion


La dyna­mique des groupes étudiés par les socio­logues a produit des résultats repro­duc­tibles mais limités à notre culture occi­dentale. La vio­lence inter­groupes, par exemple, est liée à la com­pé­tition qui existe dans notre société, sur les bancs de l’école comme dans le monde du travail. D’autres cultures, à d’autres époques, ont trouvé d’autres solu­tions pour résoudre les conflits. Même si d’autres valeurs existent ailleurs ou ont existé dans l’histoire, Projet 22 est né en France et ses membres sont des occi­dentaux. Doit-​​on changer de culture ou faut-​​il trouver des solu­tions adaptées à notre société occidentale ?

Par exemple, sachant qu’un groupe mar­ginale qui devient majo­ri­taire doit évoluer vers le confor­misme puis la déchéance, ne faut-​​il pas prévoir un système d’auto-critique et de remise en cause comme en science ?

Ne faut-​​il pas prévoir dès aujourd’hui la pos­si­bilité pour Projet 22 d’être dépassé par une minorité ? Si Projet 22 avance avec pru­dence, n’y aura-​​t-​​il pas besoin, à un certain moment, quand des preuves auront été obtenues, d’en tirer des conclu­sions et de faire connaître la vérité ?

Ces ques­tions, nous devons nous les poser aujourd’hui, car nous avons déjà com­mencé à faire des choix : invention d’un nom et de "slogans" en bas de page, sélection des membres, prise de recul sur ce qui se dit, refus de théories toutes faites, recherches de preuves…

Nous avons choisi de ne pas cri­tiquer les autres sites et les men­songes qu’ils véhi­culent parfois, car ce travail serait inter­mi­nable et nous faisons confiance sur l’intelligence des Inter­nautes. Nous nous contentons d’expliquer les choses de manière posée et rai­sonnée, en acceptant la cri­tique. Cette "méthode" ou ce "ton" doivent suffire à assurer le succès de Projet 22.

Cette position est-​​elle la bonne ? Autrement dit, les évène­ments qui agitent le monde en 2012 ne nécessitent-​​ils pas une autre réponse ? Les gens n’attendent-ils pas des affir­ma­tions plutôt que des ques­tions pour répondre à l’urgence ? Répondre à ce besoin nous per­met­trait peut-​​être d’augmenter le nombre de visi­teurs et de com­men­taires sur le site, mais aurions-​​nous raison de le faire ? Devons-​​nous par­ti­ciper à l’instabilité du monde actuel et relayer le dis­cours des médias sur les dangers qui nous menacent (insé­curité, pan­démie, bou­le­ver­sement cli­ma­tique, crise écono­mique…) ? Ne faut-​​il pas plutôt tenir droit la barre et per­mettre au navire de tra­verser la vague ?

En 2013, les per­sonnes et les sites qui auront affirmé qu’en 2012 "l’humanité changera de cycle", "sera envahie d’ondes posi­tives", "subira une invasion extra-​​terrestre", "le Messie arrivera sur terre" ou autre… seront ridi­cules et cou­pables d’avoir créé la panique. A force de crier "au feu", les gens s’affolent, courent partout, font tombeau une chan­delle et mettent le feu sans le vouloir.

Quand les hommes verront que la société n’aura pas changé, que les hommes sont tou­jours les mêmes et qu’il n’y a rien à espérer de Dieu (même s’il existe), feront-​​ils d’autres choix pour demain, voudront-​​ils pro­téger la planète pour les géné­ra­tions à venir, construire une autre société, s’envoler vers l’espace ? C’est tout ce que nous souhaitons.


[1] SHERIF M., In comman Pre­di­cament, Houston Miffin, Boston, 1966, .

[2] Ces groupes avaient été créés arti­fi­ciel­lement : après avoir laissé des affi­nités s’installer, deux groupes avaient été créés en séparant sys­té­ma­ti­quement les meilleurs amis : les enfants se sont constitués de nou­veaux amis et les anciens amis sont devenus des rivales.

[3] Deux dic­ta­teurs obte­naient l’imperium, c’est-à-dire les pleins pou­voirs, en cas de crise majeure

[4] Voir en par­ti­culier la suc­cession des types de pouvoir, telle que Platon l’avait observé à son époque : au gou­ver­nement oli­gar­chique, celui du petit nombre, succède le gou­ver­nement démo­cra­tique, celui du peuple, avant que la tyrannie d’un per­sonnage cha­ris­ma­tique ne s’installe ; il donne des pri­vi­lèges à cer­tains groupes pour garder le pouvoir, ins­talle sa famille et ses amis à des postes impor­tants, et bientôt c’est de nouveau une oli­garchie qui se met en place, fondée sur la nais­sance ou sur la richesse…

[5] Les com­mu­nautés phi­lo­so­phiques ou reli­gieuses de l’antiquité (les pytha­go­ri­ciens, les épicu­riens, les essé­niens, les pre­miers chré­tiens…), les confréries de fli­bus­tiers des 16e et 17e siècles, la Commune de Paris en 1871, les sociétés anar­chistes anglaises de la fin du 19e siècle, les expé­riences de mai 1968, les expé­riences de squats auto­gérés, les écoles libres ou liber­taires, les écovillages…

[6] Seuls les Amishs, peut-​​​​être, conti­nuent de vivre dans la société qu’ils ont inventé, mais ils pos­sèdent un évèque, un prê­cheur et deux niveaux de diacre, il y a donc une hiérarchie.


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Commentaires

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samedi 17 mai 2014 à 08h58 - par  Neimad

Merci, Laruiz, pour ce com­men­taire tout à fait juste.:-) Il s’applique surtout au niveau des asso­cia­tions, des acti­vités béné­voles ou des groupes d’amis, où le niveau d’implication est libre et la durée variable. On peut y rentrer et en sortir presque quand on veut. C’est un peu moins vrai quand il s’agit d’une entre­prise, d’un club sportif ou quand le groupe s’étend au niveau d’une religion ou d’une nation…

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dimanche 19 août 2012 à 18h40 - par  Laruiz

Faut-​​il réel­lement vouloir échapper à une dyna­mique de groupe ?
Elle devient quasi inévi­table au fur et à mesure du temps, il faut juste à mon sens faire évoluer pour une émer­gence d’idées et d’actions.
Dans un groupe, il y aura tou­jours les per­sonnes actives qui veulent faire avançer, débattre et ceux qui s’informeront, regar­deront mais qui ne sou­haitent y prendre part ( soit par timidité ou manque de temps…)
Un groupe à besoin des deux, meme si pour une évolution enri­chis­sante, il est néces­saire d’avoir un nombre suf­fisant de per­sonnes actives pour une émula­tions d’idées.

Bien le sur le pré­sident de l’organisme, d’association ou autre est la per­sonne qui donne le "ton" mais je pense (peut-​​etre à tord) que se sont les autres per­sonnes qui font vivre un groupe ?
D’autres per­sonnes peuvent avoir envie de s’investir dans un groue sans vouloir pour autant supl­lanter les diri­geants et en apportant seulement une vision nou­velle ( ou du moins déjà la sienne) et de s’investir dans une ou plu­sieurs actions pour des durées différentes.

Fata­lement une dyna­mique de groupe ne pourra plaire à tout le monde car nous évoluons tous à des degrès et des moments dif­fé­rents de notre vie.

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