Maurice Maeterlinck et les coïncidences

dimanche 5 octobre 2014
par  Neimad
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L’écrivain belge Maurice Mae­ter­linck, l’auteur de L’Araignée de verre (1932), de la pièce de théâtre L’oiseau bleu (1908) et de En Égypte, notes de voyage (1925), témoigne d’intuitions "pré­mo­ni­toires" dans son livre de pensées Avant le grand silence, publié en 1934 [1]. Il est alors âgé de 72 ans et pense à sa mort, qui ne viendra pourtant que 15 ans plus tard.

Dans ce livre de pensées, qui tournent prin­ci­pa­lement autour de la mort, Mae­ter­linck s’interroge sur l’existence d’une vie après la mort, il et témoigne d’intuitions régu­lières concernant la mort de ses anciens amis :

En tout cas, j’ai pu plus d’une fois contrôler ce fait assez curieux : je pense à un ami, à un camarade de collège : c’est-à-dire d’il y a quelque soixante ans. Quand l’un deux se pré­sente, après enquête, j’apprends régu­liè­rement qu’il est mort. Il est vrai qu’à mon âge, la plupart des amis d’enfance ne sont plus sur terre…

​-​​ M. Mae­ter­linck, Avant le grand silence, Fas­quelle éditeurs, 1934, pp. 104-​​105

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Du point de vue reli­gieux, Mae­ter­linck envisage plu­sieurs fois la pos­si­bilité de Dieu : selon lui, l’existence de Dieu ne serait pas seulement "pos­sible" mais "néces­saire" si la vie avait un sens, mais Mae­ter­linck s’interroge également sur le sens de nos vies, il compare l’existence humaine à celle d’une ter­mi­tière [2]. Sa vision maté­ria­liste du monde lui interdit en effet le passage à la "foi", ce qui ne l’empêche pas de se poser des ques­tions. Dans Le Grand Secret publié en 1921, Mae­ter­linck cherche des réponses dans L’Hymne à Brahman des Védas et la mytho­logie égyp­tienne, il croit voir que la base des plus anciennes croyances ne sont en réalité que des conjonc­tures et que le véri­table mystère réside en nous… Son agnos­ti­cisme ne trouve pas de "religion" à laquelle il pourrait accorder son crédit, si bien qu’il peut adhérer à toutes les reli­gions, à l’idée de spi­ri­tualité en général : son agnos­ti­cisme res­semble plutôt à un panthéisme.

Quelques citations extraites du même ouvrage que le témoignage :

Je ne crois pas en la réin­car­nation, bien qu’elle soit sou­hai­table et fort pos­sible. Mais tous les argu­ments qu’on invoque en sa faveur (…) s’expliquent suf­fi­samment et bien plus natu­rel­lement par l’hérédité dont nous com­mençons à peine d’entrevoir les énigmes que la récente décou­verte des chro­mo­somes et des hor­mones vient d’éclair d’un jour inat­tendu. Il est vrai que l’hérédité est exac­tement une réin­car­nation dans le même corps rajeuni. (M. Mater­linck, Avant le grand silence, pp. 55-​​56.)

En tant qu’homme, nous ne savons rien et pro­ba­blement nous ne saurons jamais rien ; car si nous savions quelque chose, ce qui s’appelle "savoir" - nous n’en avons qu’une très vague idée - tout de suite nous sau­rions tout et ne serions plus hommes. (M. Mater­linck, Avant le grand silence, pp. 54.)

Son approche cri­tique res­semble cependant à celle de Projet 22 puisqu’il ne veut pas croire sans preuve aux "visions" des mys­tiques. Il veut éven­tuel­lement admettre leur caractère "inspiré" à condition que les per­sonnes qui ont eu des visions fussent illet­trées, sinon ont peut sup­poser qu leurs "mes­sages" sont de simples rémi­nis­cences de la lecture de la Bible, par exemple.

On trouve ce même scep­ti­cisme à la fin de la citation : avoir des intui­tions concernant la mort de per­sonnes âgées n’est pas si incroyables que cela, c’est "sta­tis­ti­quement" pro­bable, et de même qu’un voyant pourra tou­jours pro­phé­tiser des catas­trophes, une ren­contre amou­reuse, une maladie ou un nouveau job, puisque cela fait partie de la vie et qu’il y a de grandes chances que cela se pro­duise pour un certain pour­centage de per­sonnes (qui seraient convaincues de la réalité de ses dons de prophétie).

Cela rap­pelle l’effet Uri Geller : dans les années 1970/​1980, le célèbre médium disait réussir à faire exploser, par la seule force de son esprit, des ampoules chez des mil­liers de per­sonnes qui regar­daient l’émission télé­visée où il se pro­duisait. Pierre Bel­lemare repro­duisit cette expé­rience un 1er avril avec un acteur qui devait jouer le rôle d’un médium. Or, "par une sorte de phé­nomène col­lectif, il était mathé­ma­tique que chez des mil­liers de per­sonnes il y ait des mil­liers d’ampoules qui claquent au même moment parce qu’en ce moment même alors que je parle, il y a des ampoules qui claquent" [3]. En effet, sur des mil­lions de spec­ta­teurs, il y a mathé­ma­ti­quement un certain nombre qui verront leur ampoule arriver en fin de vie. Rap­pelons que cela se passait à l’époque des ampoules à incan­des­cence d’Edison (durée de vie de 1000 heures, soit environ 1 an) et non les ampoules basse consom­mation (durée de vie de 6000 à 10000 heures, soit environ 6 ans). Le tour d’Uri Geller aurait donc aujourd’hui six fois moins de chance de réussir…

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[/​-​​ Source : http://​www​.dai​lymail​.co​.uk/]

Les pré­mo­ni­tions rap­portés par Mae­ter­linck dans son témoi­gnage sont-​​elles des "coups de chance" de la même nature que l’effet Geller, c’est-à-dire un effet sta­tis­tique dû à l’âge de ses anciens amis ? Sans doute, mais pourquoi pense-​​t-​​il pré­ci­sement à "tel ami" par­ti­culier et non à "quelqu’un va mourir" ? Uri Geller ne pré­disait pas chez qui l’ampoule aller éclater, il savait seulement que cela allait se pro­duire chez des per­sonnes, sa pré­diction était donc direc­tement liée à l’effet sta­tis­tique. Ce n’est pas le cas chez Mae­ter­linck, on peut donc penser qu’il s’agissait de véri­tables prémonitions.

Pourquoi à ce moment-​​là et pas avant ? Ce n’est pas seulement une question d’âge : il aurait pu avoir d’autres pré­mo­ni­tions, sur d’autres sujets (un nouvel enfant, un malheur, un livre édité, une ren­contre…), à d’autres moments de sa vie - ce dont il ne parle pas. Il est plus pro­bable que son intérêt pour la mort, qui est le sujet du livre qu’il était en train d’écrire, a un lien avec les pré­mo­ni­tions qui se sont pro­duites : c’est parce qu’il s’intéressait à la mort qu’il a eu des pré­mo­ni­tions concernant la mort de ses anciens amis…

Cela peut-​​il être compris comme un signe ? Cela prouve-​​t-​​il que la vie après la mort existe ? Les "signes" ne disent rien, c’est nous qui inter­prétons. Constatons sim­plement le phé­nomène. Des sortes d’intuitions existent, qui font le pont entre ce qui nous pré­oc­cupent et des choses qui peuvent arriver dans le monde, c’est déjà beaucoup…

Avez-​​vous d’autres exemples ? Pour notre part, nous en avons notés d’autres dans la rubrique Evé­ne­ments vécues

_​_​_​

Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?



[1] Il s’agit véri­ta­blement d’un livre de "pensées" à la façon des Pensées de Pascal, que ce soit par leur forme ou par leur thématique.

[2] Dans La Vie des ter­mites en 1927, inspiré du livre L’Âme des ter­mites d’Eugène Marais publié deux ans plus tôt.

[3] Source : http://​www​.scep​tiques​.qc​.ca/​r​e​ssour…


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Commentaires

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lundi 6 octobre 2014 à 09h40 - par  syagrius

Intriguant, et intéressant…

Les coïn­ci­dences sou­lèvent de nom­breuses ques­tions et peu de réponses…Certains y voient des signes, d’autres du chaos, des mes­sages bref pour le moment on constate MAIS rien que cela est énorme car nous pouvons admettre par analyse qu’il y a des conver­gences et des événe­ments étranges limite que la réalité n’est pas tout à fait ce qu’elle prétend etre, c’est dire tan­gible, concrète et matériel.

Je citerai l’un de nos rédacteurs qui dernièrement me disait :

Peut être sommes nous constamment en pré­sence d’évènements sta­tis­ti­quement très impro­bables… Alors l’improbable devient-​​il banal ?

A nous de faire le néces­saire pour mieux com­prendre et cela passe par une forme de col­lecte d’information afin de croiser les données.

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dimanche 5 octobre 2014 à 14h33 - par  Neimad

Pour être tout à fait honnête sur la genèse de cet article, je suis tombé sur ce livre de Mae­ter­linck dans une bro­cante. Je n’avais jamais lu aucun livre de cet auteur mais je le connaissais de "nom", je savais que c’était un écrivain célèbre. J’ouvre le livre au hasard et je tombe sur cette citation. Ni une, ni deux, j’achète ce livre et je me promets d’écrire un article là-​​dessus - ce que j’ai fait. B-)

C’est ce qu’on appelle une heu­reuse coïn­ci­dence, un coupe de chance qui fait gagner du temps dans les recherches… même si ce jour-​​là, je ne cher­chais pas de livres ésoté­riques, mais plutôt des livres d’histoire, etc. Le livre ayant été publié en 1934, on peut consi­dérer qu’il s’agit d’un livre d’histoire, après tout ;-)

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