La pyramide de Couhard

dimanche 19 août 2012
par  Neimad
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Le monument


Dans le village de Couhard, en Saône-​​et-​​Loire, dans la région Bour­gogne, une pyramide de près de 25 mètres de haut s’élève au-​​dessus de la cité médiévale d’Autun, en contrebas.

Autrefois recou­verte d’un rêve­tement de cal­caire blanc [1], la pyramide de Couhard, également appelée "pierre de Couhard", mesure 10,50 mètres à sa base, possède quatre côtés, et son sommet avoi­sinait les 30 mètres [2]. La taille exacte est dif­ficile à mesurer à cause de l’effondrement d’une partie des pierres.

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Datant sans doute du 1er siècle après J.-C., aucun corps n’a été retrouvé à côté de la pyramide. Un trou percé sur le côté de la pyramide pour explorer l’intérieur n’a donné aucun résultat [3]. Il s’agirait donc plus d’un céno­taphe, célé­brant la mémoire d’un mort, que d’un tombeau. En l’honneur de quel per­sonne ou de quel dieu ? A moins que ce monument n’ait eu d’autres fonctions ?

On a retrouvé à sa base une tablette magique datée du 2e siècle ap. J-​​C., portant des ins­crip­tions de malé­fices en grec et en latin. Nous n’avons pas obtenu de copie de ces tablettes et ne savons pas à quels dieux elles s’adressaient, mais il s’agissait pro­ba­blement de syn­cré­tisme comme dans de nom­breuses incan­ta­tions de cette époque [4].


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Son environnement


Il existe de nom­breuses pierres aux alen­tours du monument, ce qui montre que les construc­teurs ont pu utilisé des maté­riaux à leur disposition.

L’encaissement de la vallée donne une sonorité plus grande aux sons graves pro­noncés un peu forts, à la limite de l’écho. Si des incan­ta­tions étaient chantées en ce lieu, elles devaient pro­duire un effet de force ou de puissance.

De nom­breuses rivières coulent aux alen­tours [5] et rejoignent l’Arroux, un affluent de la Loire.

La pyramide domine la vallée où se situait la nécropole "le Champ des Urnes" de la ville d’Autun, située en contrebas.


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Augustodunum, sœur et émule de Rome


Autun est le chef-​​lieu du dépar­tement de la Saône-​​et-​​Loire, dans la Région Bour­gogne. Cette ville, d’environ 15 000 habi­tants, était autrefois une ville romaine de la pre­mière impor­tance, plus grande que le Dijon antique. Augus­to­dunum, sur­nommé "sœur et émule de Rome", signifie « la for­te­resse d’Auguste », du nom de l’empereur romain qui l’a fonda durant son règne, au premier siècle avant Jésus-​​Christ (entre -24 et -14).

Augus­to­dunum avait pour fonction de devenir la nou­velle capitale des Eduens et de rem­placer Bri­bacte, un important site gallo-​​romain des environs. Les Eduens étaient un important peuple gaulois, qui avait fait appel aux Romains contre d’autres tribus gau­loises et les avait soutenu dans leur invasion de la Gaule. La fon­dation d’une nou­velle ville consti­tuait ainsi une récom­pense. Elle per­mettait aussi à l’empereur romain d’asseoir sa domi­nation en donner son nom à la nou­velle capitale. Après sa fon­dation, Bibracte déclina rapidement…

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Autun possède le plus grand théâtre de la partie occi­dentale du monde roman. Il pouvait contenir 20 000 per­sonnes. Il est moins bon état que celui de Nice, car il ne reste qu’un seul niveau. Devenue éche­vêché dans l’antiquité, Autun possède également une cathé­drale, avec un très tympan roman où sont repré­sentés Jésus et les douze signes du zodiaque. Elle est entourée d’une muraille longue d’environ 6 km et de cin­quante tours, pour une super­ficie totale de 200 hectares.

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Photographie prise depuis le théâtre romain.

A l’extérieur des rem­parts, à proximité d’une rivière, se trouve le temple dit "de Janus".



Le temple de Janus


Le temple dit "de Janus" est de forme gau­loise (carré) et de construction romaine (en pierre), il est donc dif­ficile de dire s’il était dédié à un dieu gaulois ou à un dieu romain.

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Il ne reste aujourd’hui que deux des quatre murs. Un péri­style entourait autrefois le temple.

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Un autre théâtre se situait à 150 mètres au nord-​​ouest du temple de Janus et pro­ba­blement d’autres temples.

L’importance de l’influence gau­loise sur le temple dit "de Janus" et la cor­ré­lation entre la date de fon­dation d’Augustodunum et la pyramide de Couhard, nous amène à penser que les Eduens sont à l’origine de la pierre de Couhard, et non pas un fonc­tion­naire romain, comme c’est le cas avec la pyramide de Cestius à Rome.

Dans ce cas, pour quel Eduen célèbre est érigée ce monument ?


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La pierre de Couhard est-​​elle un céno­taphe à la mémoire du druide Diviciacos ?


Au 1er siècle av.-C. vivait un per­sonnage important chez les Eduens : le druide Divi­ciacos [6]. Celui-​​ci diri­geait le parti pro-​​romain et était en relation avec Jules César, qui le men­tionne à plu­sieurs reprises dans ses Com­men­taires sur la guerre des Gaules.

Au 1er siècle av. J-​​C., une coa­lition gau­loise de l’Est de la France [7] ren­contre les armées ger­ma­niques [8] à la bataille de Mage­to­briga, avec un effectif de 20 000 hommes de chaque côté. La coa­lition gau­loise perd la bataille, les Séquanes doivent céder une partie de leur ter­ri­toire aux vaincus et se sou­mettre comme peuple vassal. Les autres gaulois sont en grand danger. Le druide Divi­ciacos est l’homme de la situation. Il sou­tient le parti pro-​​romain et fait partie des Eduens, le peuple le plus important de la coa­lition après les Séquanes.

Vers -60 av. J.-C., Divi­ciacos obtient le titre de ver­gobret, la magis­trature au sein des Eduen. Ce titre lui per­mettait de diriger l’armée mais il ne pouvait pas quitter le ter­ri­toire éduen [9]. Il obtient le droit excep­tionnel de franchir les fron­tières pour défendre la cause gau­loise à Rome, devant le Sénat.

«  Invité à s’asseoir, il refusa l’offre qu’on lui faisait et plaida sa cause appuyé sur son bou­clier. » [10]. Il devient l’hôte de Cicéron qui rap­porte des entre­tiens avec lui dans son livre De la divi­nation. Cicéron précise que Divi­ciacos appar­tenait à la fois à la classe sacer­dotale et à la classe guer­rière (il diri­geait la cava­lerie éduenne), alors qu’il avait la pos­si­bilité, en tant que druide, de ne plus com­battre [11].

Son frère Dum­norix, qui avait également été druide et chef mili­taire, s’opposait à l’intervention de Rome. Il fut saisi comme otage par Rome sitôt le traité passé avec son frère, comme une sorte de "garantie". Pourquoi Divi­ciacos avait-​​il accepté que son frère soit enfermé ? Etait-​​ce une façon d’évincer son frère de la magis­trature suprême ? Etait-​​ce pour éviter que ses enfants ne soient pris en otage, comme cela arrivait parfois à l’époque ? Avait-​​il vraiment eu le choix ? Son peuple avait besoin de l’aide de Rome. Quelques années plus tard, son frère sera exécuté [12].

En tenant de ces éléments, il paraît plau­sible que la pyramide de Couhard soit un monument élevé à la mémoire de ver­gobret Divi­ciacos, qui a sauvé les Eduens et leurs alliés face aux peuples ger­ma­niques, qui a vengé leurs morts de la bataille de Mage­to­briga, qui a gagné auprès de Rome une cer­taine indé­pen­dance et une nou­velle cité : Augustodunum.

Reste à com­prendre l’origine de la forme du monument : pourquoi une pyramide ? Ce n’est pas très gaulois…


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La pierre de Couhard marque-​​t-​​elle l’entrée d’un sanc­tuaire du dieu Mithra ?


Il existe au moins une autre pyramide datant de l’époque galllo-​​romaine : la pyramide de Falicon, au nord de Nice. Celle-​​ci marque l’entrée de la grotte dite de " Rata­pi­gnata ", qui pré­sentent les carac­té­ris­tiques d’un sanc­tuaire du dieu Mithra. Une grotte est-​​elle cachée à proximité de la pyramide de Couhard ? Il est vrai que de nom­breuses rivières existent dans ces col­lines. Un sanc­tuaire du dieu Mithra n’est pas impos­sible. Il était en effet très popu­laire dans les armées romaines.

D’autres pyra­mides exis­taient peut-​​être en Gaule qui ont pu être détruites pour réuti­liser ses pierres, comme ce fut le cas du parement de calcaire.

D’autres ont pu être détruites par l’Eglise qui voyait là la sur­vi­vance de cultes païens, comme le prouve la tablette trouvée aux pieds de la pyramide de Couhard. Il est d’ailleurs étonnant que les chré­tiens qui ont construit la cathé­drale d’Autun n’aient pas jugé bon de détruire cette pyramide qui se voit depuis la ville ?


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La pierre de Couhard marque-​​t-​​elle l’influence de la religion égyp­tienne chez les Romains ?


La forme de pyramide du monument pourrait cor­res­pondre à la pré­sence d’égyptiens dans l’armée romaine ou de la mode égyp­tia­ni­sante qui existait déjà dès -30 av. J-​​C., comme le prouve la pyramide de Cestius à Rome.

La pyramide de Cestius fut construit en 30 av. J-​​C. par "Caius Cestius Epulo, fils de Lucius, de la tribu Publilia, préteur, tribun du peuple, et membre du collège des sep­temviri epu­lones" (ceux qui veillent sur les grands festins sacrés), selon l’inscription gravé sur elle.


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D’autres monu­ments mys­té­rieux alen­tours : les menhirs d’Epoigny


A 22 kilo­mètres d’Autun se trouvent les menhirs d’Epoigny : 7 pierres dont 5 ont été redressées. En forme de V orientée vers le sud, ces pierres mesurent entre 2 et 7,30 mètres. La plus lourde pèse environ 30 tonnes. Quelques dessins et sym­boles gravés témoignent de la culture celte du néo­li­thique moyen, entre re 4500 et 3500 av. J.-C [13].

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Il n’y a pas de pierres appa­rentes sur le sol aux alen­tours, ce ne sont que des champs. Les hommes pré­his­to­riques qui ont levé ces pierres avaient dû les trans­porter de beaucoup plus loin.

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Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?


[1] Sans doute réutilisé pour la construction des maisons, comme ce fut le cas des pyra­mides d’Egypte.

[2] Entre 25 et 33 mètres selon les sources.

[3] Le trou a été percé en 1640, sans les mesures pré­ven­tives des archéo­logues d’aujourd’hui. D’autres fouilles effec­tuées au 19e siècle ne don­nèrent aucun résultat.

[4] Les malé­fices de l’époque font appel aux dieux romains, grecs, égyp­tiens, phéniciens, babyloniens…

[5] Dont le ruisseau de La Fée.

[6] Divi­ciacos est la forme latinisé de Divi­ciacus, un nom qui aurait le sens de "divin" ou de "vengeur", si l’on tient compte de la racine "divic" (vraincre) et du verbe latin "devincere". Divi­ciacos a le mérite d’être le seul druide romain cité par Jules César. Il possède des mon­naies à son nom, avec la mention DEIOY­KIIAKOC.

[7] Du côté du Jura.

[8] Hel­vètes, Lato­bices, Tulinges, Rau­raques et Boïens… Ceux-​​​​ci migrent vers l’ouest pour une raison inconnue (pression démo­gra­phique ou migra­tions d’autres peuples venant du Nord ou de l’Est). Cette migration sert de pré­texte à Rome pour "envahir" la Gaule, avec l’aide d’une partie des peuples celtes qui la composent.

[9] "Les lois des Éduens inter­di­saient à ceux qui géraient la magis­trature suprême de franchir les fron­tières.", in Jules César, Com­men­taires sur la Guerre des Gaules, VII,33.

[10] Pané­gy­riques latins, 8, 3

[11] Voir http://195.220.134.232/​numerisation/​tires-​​a-​​part-​​www-​​nb/​0000005531370.pdf

[12] En 54 av. J-​​​​C

[13] Source : http://​www​.lieux​-inso​lites​.fr/​saone…


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Commentaires

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samedi 27 avril 2013 à 14h58 - par  remadi

Bonjour,

il y à mille est mille façons d’informer l’ennemi, mais dire de construir une pyramide pour ça,
désolé c’est pas scien­ti­fique !
ce que je peux dire , vous avez là un trésor d’apres vos photos
ça prouve qu’il y ’avait des gens civi­lisés, cultivés et scientifiques

Veuillez , ver­rifier SVP les mesures des pierres ( 2 a 7.30 ), si ce n’est pas entre
( 2 a 7.375 ) !

merci

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vendredi 26 avril 2013 à 15h49 - par  planoise

Vous négligez l’emplacement. C’est le seul endroit depuis Autun où l’on voit à la fois Bibracte et la mon­tagne de Bard visible depuis Alésia. Hors il est reconnu que les gaulois étaient très vite informés et on ne savait pas commun. Est-​​ce que la pyramide n’aurait pas pu servir de signal ? A l’époque un feu se voyait de très loin surtout la nuit.

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