Cybèle

lundi 8 août 2011
par  syagrius
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 Contexte Historique

Avant la fin de la deuxième guerre punique (218201 AV Jc) qui avait éprouvé le moral et les nerfs du peuple romain, le sénat a du faire la part du feu. Il s’entend avec le roi de Pergame pour faire venir de Pes­si­nonte la pierre noire de Cybèle, dont le culte est offi­cialisé en 204.
Cybèle, à la dif­fé­rence des autres divi­nités orien­tales géné­ra­lement intro­duites à Rome par des étrangers, des esclaves, ou rap­portées par des soldats revenant de loin­taines expé­di­tions mili­taires, pénétra dans la ville de façon tout à fait offi­cielle, promue par l’aristocratie romaine : en 205, les Livres sibyllins , pour chasser du sol italien l’ennemi étranger, conseillèrent aux Romains de trans­porter de Pes­si­nonte à Rome le bétyle repré­sentant la Mère des dieux.

Ceux ci pré­disent qu’on chassera l’ennemi de la péninsule à condition de trans­porter à Rome "la mère idéenne de Pes­si­nonte". Déjà des forets de l’Ida troyen, Enée et ses com­pa­gnons avaient tiré le bois des vais­seaux qui les avaient menés en Italie. La mère idéenne avait donc veillé déjà sur les ancêtres loin­tains de Romulus et elle s’identifiait avec la mère cré­toise comme apollon de Délos le rap­pelle à Enée chez Virgile (eneide, 3, 94-​​98).
L’entente poli­tique de Rome avec Attale, roi de Pergame, expliquent la rapidité avec laquelle on mit à exé­cution les sug­ges­tions des décemvirs. Une délé­gation offi­cielle se rendit à Pes­si­nonte et rap­porta le bétyle noir, qui fut solen­nel­lement accueilli à Ostie par le « citoyen le plus ver­tueux » uir optimus de Rome, P. Scipion Nasica, et par les matrones (parmi elles, Claudia Quinta, dont, ulté­rieu­rement, la légende embellit le rôle : sa chasteté fut prouvée par une inter­vention mira­cu­leuse de la déesse). Ins­tallée pro­vi­soi­rement dans le temple de la Vic­toire, la Grande Mère eut ensuite son temple sur le Palatin, dédié en 191 ; en outre, on décréta en son honneur un lec­tis­terne et les jeux Méga­lé­siens, célébrés tous les ans, le 4 avril. [1]

C’est ainsi que l’on retrouve dans la capitale des gaules : colonia copia Claudia, du nom même de l’empereur Claude qui y était né pré­ci­sément le jour de l’inauguration de l’autel de Rome et d’auguste, un important essor du culte. D’ailleurs la gaule est une terre de pré­di­lection, on y retrouve plus d’une soixan­taine d’autel tau­ro­bo­lique. De plus, le plus ancien autel tau­ro­bo­lique connu et daté pro­vient de Lyon (cil, 13, 1751) soit en décembre 3 mois avant la mort de l’empereur Antonin le pieux (138 161) p203. Mais il fixe le sou­venir d’un tau­robole accompli en 160 au phry­gianum du Vatican pour consacrer très pro­ba­blement le premier archi­galle de Lyon, investi rituel­lement à Rome par les quin­dé­cemvirs sacris faciundis.

A travers la péné­tration du culte et de notre autel de Lyon nous allons essayer de com­prendre comment s’est faite l’implantation de ce culte orientale en gaule.

 Le culte de Cybèle en soit

 Le mythe

Divinité orientale et gréco-​​romaine connue habi­tuel­lement sous le nom de Cybèle dans la lit­té­rature de la Grèce et de Rome depuis le Ve siècle environ, la Grande Mère des dieux avait également plu­sieurs autres appellations.

Cer­taines de celles-​​ci pro­venant de lieux célèbres où l’on rendait un culte à cette divinité (ainsi Din­dymène, du mont Dindyme en Galatie). Le nom officiel complet que lui don­naient les Romains était Mater deum magna Idaea (la Grande Mère des dieux, déesse de l’Ida). [2]

Grande Mère des dieux, Cybèle était adorée à Pes­si­nonte en Phrygie et sur l’Ida comme déesse de la terre et maî­tresse des fauves. Sa religion, où se mani­fes­taient les éléments d’un féti­chisme pri­mitif (culte du pin, des pierres, des fauves), était carac­té­risée par des céré­monies orgiaques de nature mys­tique et par des rites sau­vages (muti­lation et émas­cu­lation de ses prêtres, les galles) ; elle pos­sédait un dieu parèdre, Attis. JPEG - 95.7 ko

Buste d’Attis

Voici d’après Arnobe (contre les nations, 5, 5-​​7) le mythe pes­si­nontien de fon­dation qu’exposait Timothée : Il y avait en Phrygie une éminence rocheuse : agdos d’ou Pyrrha et Deu­calion avaient tiré, dit on les cailloux jetés de par le monde pour recons­tituer la race humaine après le déluge. De la pierre animé s’était formé la mère que Jupiter aurait tenté en vain de séduire. Faute de mieux il aurait fécondé le roc qui avait enfanté un enfant bisexué : acdetis ou agdistis).

Agdos Cet her­ma­phrodite, qui avait à la fois la vio­lence des ins­tincts mas­culins et féminins, se déchaî­naient sans égard ni aux dieux ni aux hommes. De là l’olympe décida de lui retirer l’un de ses sexes, Dio­nysos après l’avoir assoupi avec du vin le ligote et l’émascule, de son sang écoulé qui rougit la terre naîtra un gre­nadier chargé de fruit.

Nana, la fille du roi de san­garios ravie par la vue de la grenade la met sur son sein ce qui la rend grosse et suscite la colère de son père. San­gorios enferme alors nana en la privant de nour­riture. Mais la mère des dieux l’alimente, elle met au monde un fils : Attis ou chez les phry­giens attagis.
Cybèle adore ce garçon mais Acdestis aussi, quoique eunuques ou parce que. Attis ayant avoué au roi Midas celui de Pes­si­nonte l’affection que lui voue Acdestis lui propose le mariage avec sa fille. La mère des dieux inter­vient le jour des noces car elle connaît le destin de l’adolescent et qu’il ne serait sau­ve­gardé parmi les hommes. Force les rem­parts. Acdestis en fureur surgit au milieu du festin et com­mu­nique son délire, la fiancée de coupe les seins, le père se châtre.. quant a Attis, il fuit presque en transe qua­siment dio­ny­sia­tique, et tombe au pied d’un pin après s’être amputé.

"tiens, Acdestis prends ces parties à cause des­quels tu as pro­voqué par la folie de si grands malheur".


Il meurt et se son sang naît des vio­lettes qui servent à décorer les pins sacrée d’Attis. la grande mère lave et enterre pré­cieu­sement les uirila du défunt. La fiancé se tue sur la tombe, de son corps enterré par Cybèle naître un amandier symbole amer du deuil. Prié en vain par Acdestis de res­sus­citer Attis, Jupiter le consent, son corps échappera la putré­faction, ses cheveux conti­nueront de pousser et son petit doigt de bouger = culte annuel

 ANTONIN LE PIEUX

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(86161) empereur romain (138161)

Autant Hadrien est un voyageur infa­ti­gable, un esprit versé dans la connais­sance de l’universalisme et du cos­mo­po­li­tisme hel­lé­nis­tique, autant Titus Aurelius Fulvius Anto­ninus Pius, plus connu sous le nom d’Antonin le Pieux, qui lui succède en 138, apparaît comme un empereur tourné vers le passé, vers les vieilles tra­di­tions romaines.
Né à Lanuvium, non loin de Rome, il appar­tient à une bour­geoisie rurale ori­gi­naire de Nîmes et il aime, dit-​​on, faire lui-​​même les ven­danges [3]. Partagé entre le respect dû à cette déesse offi­ciel­lement adoptée par la Ville et dont l’arrivée avait coïncidé avec la vic­toire sur Car­thage et, d’autre part, le danger que pré­sen­taient pour la moralité romaine ces fêtes « scan­da­leuses », le Sénat prit des mesures des­tinées à isoler Cybèle dans son temple du Palatin :
Inter­diction aux citoyens romains et aux esclaves de faire partie du clergé et de sacrifier à la déesse ; rites et sacri­fices confinés à l’intérieur du temple ; quête publique auto­risée uni­quement à cer­tains jours de l’année. Ces mesures res­tric­tives expliquent que le culte de la Grande Mère ait eu une exis­tence obscure jusqu’à la période impé­riale.
Celle-​​ci marque une nou­velle phase dans la religion de la Grande Mère : Auguste, hostile aux cultes orientaux qu’il bannit hors du pomerium , mani­feste au contraire son atta­chement au culte de Cybèle dont il fait recons­truire le temple, détruit par un incendie, qu’il dédie en l’an 3 ; sa femme, Livie, est assi­milée à la déesse ; les poètes augus­téens rat­tachent le culte aux ori­gines troyennes de Rome.
Des inno­va­tions impor­tantes sont ensuite apportées par l’empereur Claude et les Antonins : le parèdre de la déesse, Attis, est doté d’un culte officiel et son prestige s’est pro­gres­si­vement accru aux dépens de celui de Cybèle [4].

 Lyon capitale des gaules

Lug­dunum est fondée en 43 par le pro­consul Munatius Plancus, « à l’endroit où la Saône et le Rhône mêlent leurs eaux », pour établir les familles romaines chassées de Vienne par le sou­lè­vement des Allo­broges à la mort de César.
Condate, sur les pentes de la colline de la Croix Rousse et sur la bande de terre séparant les deux fleuves, et la ville basse, centre du com­merce fluvial. Condate est le centre reli­gieux de tous les peuples de la Gaule : en l’an -12, un autel en l’honneur de César-​​Auguste y est érigé ; chaque année, les députés des soixante cités des Gaules s’y réunissent.
de plus le plus ancien autel tau­ro­bo­lique connu et daté pro­vient de Lyon (cil, 13, 1751). Mais il fixe le sou­venir d’au tau­robole accompli en 160 au phry­gianum du Vatican pour consacrer tres pro­ba­blement le premier archi­galle de Lyon, investi rituel­lement à Rome par les quin­de­cemvirs sacris faciundis. La céré­monie fut suivie d’une minuit = meso­nyctium le 9 décembre de la même année, veillée peut etre marqué par une liturgie ini­tia­tique. L’intronisation de l’archigalle Lyonnais dut coïn­cider avec l’inauguration du sanc­tuaire de Cybèle, qu’on n’a pas encore iden­tifié assu­rément der­rière le grand théâtre de fourviere.

 Le rite 

 La notion d’autel

Le culte a créé l’autel. En raison de cette dépen­dance, ses formes sont avant tout déter­minées par les rites, ce qui n’exclut pas d’autres influences [5].
À lui seul l’autel est un sanc­tuaire. Jacob pro­clame que la pierre qu’il a ointe « sera une maison de Dieu ». De même, les païens ont long­temps élevé des autels en dehors des temples. Mais l’autel est géné­ra­lement associé à un ensemble sacré. Les druides uti­li­saient des autels de bois d’ailleurs à l’instar des temples afin de res­pecter la donne naturel et pri­mitive entre dieux et les hommes

 Les galles

Dans le mythe, ses ser­vi­teurs, les cory­bantes, étaient des êtres sau­vages, à demi démo­niaques  [6]. Ses prêtres, les galles, se cas­traient eux-​​mêmes quand ils entraient à son service.
Cette auto­mu­ti­lation barbare trouvait sa jus­ti­fi­cation dans le mythe suivant : l’amant de la Grande Mère, le dieu de la fer­tilité, Attis, s’était émasculé sous un pin où il avait trouvé la mort en perdant tout son sang.
Chaque année, à la fête de Cybèle (du 15 au 27 mars), on coupait un pin qu’on apportait à son sanc­tuaire ; là, il était adoré comme un dieu et décoré de vio­lettes qui avaient poussé, croyait-​​on, à partir du sang d’Attis.
Le 24 mars, le « jour du Sang », le grand prêtre de Cybèle, l’archigalle, se tran­chait la peau du bras et en offrait le sang à la déesse, au son des cym­bales, des tam­bourins et des flûtes, tandis que les prêtres de rang infé­rieur tour­noyaient, en proie au délire, et se tailla­daient le corps pour enduire l’autel et le pin de leur sang. Ces rites avaient pour but la résur­rection d’Attis, qui sym­bo­lisait le retour de la fertilité.

Le 27 mars mar­quait le cou­ron­nement de la fête. La statue d’argent de la déesse, avec la pierre sacrée placée à l’intérieur de sa tête, était portée dans une pro­cession com­pliquée, et on la bai­gnait dans l’Almo, un affluent du Tibre. La cas­tration d’Acdestis légitime l’eunnuchisme, afin d’échapper à la sujétion des ins­tincts sexuels selon Timothée.
De nou­veaux prêtres, les archi­galles, sont choisis parmi les citoyens romains (ce ne sont pas des eunuques comme les galles). Un nouveau cycle de fêtes, à caractère net­tement phrygien, du 15 au 27 mars, fait revivre la mort et la résur­rection d’Attis, sym­bo­lisant la renais­sance de la végé­tation [7].

 La taurobole et criobole

Le premier jour, une pro­cession de can­no­phores (porte roseaux) et le sacrifice d’un taureau pré­cèdent une semaine de conti­nence et d’abstinence .
< Le 22 mars, les den­dro­phores trans­portent un pin. désormais le 22 mars, la confrérie des bûcherons ou den­dro­phores porte pro­ces­sion­nel­lement au temple du palatin le pin coupé (enve­loppé de ban­de­lettes et de vio­lettes, repré­sentant Attis mort )en sou­venir de l’arbre au pied duquel Attis avait tranché sa virilité. Le pin était coupé avant la fin de la nuit en sacri­fiant un bélier dont le sang impré­gnait les racines de l’arbre. mar­quant une neu­vaine de péni­tence une sorte de carême.
Le 24, jour du sanguis , les funé­railles du dieu sont célé­brées à grand renfort de douleur bruyante et de muti­la­tions.
Le 25, les hilaries fêtent la résur­rection d’Attis.
Enfin, le 27, la Grande Mère est purifiée par un bain (lavatio ) dans l’Almo, vieux rite agraire qui a pour but d’attirer la pluie. Cette alter­nance de douleur vio­lente et de joie exu­bé­rante, l’impression brillante pro­duite par le cortège de Cybèle, la pro­messe de salut contenue dans la résur­rection d’Attis atti­rèrent la dévotion des Romains, surtout des femmes, écartées du culte de Mithra.
Le rituel du tau­robole — puri­fi­cation et ini­tiation par le sang d’un taureau égorgé, qu’on recueille d’abord dans un vase, puis, au IVe siècle, dont on asperge le fidèle en manière de baptême — fut introduit offi­ciel­lement à Rome par Antonin [8].

On sait, par une ins­cription, que le culte de la grande-​​mère Cybèle a été introduit offi­ciel­lement à Lyon, venant du Vatican de Rome, que ce culte a été inauguré, sous le règne d’Antonin, par un tau­robole pour le salut de l’empereur et de la maison impé­riale et pour celui de la colonie de Lyon.

Le rite barbare du tau­robole, qui consistait à asperger un fidèle du sang du sacrifice d’un taureau, s’est lar­gement répandu, à partir de Lyon, au milieu du IIe siècle et jusqu’au IIIe siècle. Fait digne de remarque, la Gaule est de toutes les pro­vinces romaines celle qui a fourni le plus de tau­ro­boles [9].

L’archigalle (grand prêtre) ins­titué sous Claude était un citoyen romain, or il devait être comme les autres galles castrer. C’est là qu’intervient le rituel sin­gulier du tau­robole comme sacrifice de sub­sti­tution. La pre­mière attes­tation épigra­phique d’un tau­robole metroaque date de 160 ap. modalité que par des auteurs chré­tiens comme fir­micus maternus et surtout pru­dence.
Pru­dence parle d’une arme de jet, uena­bulum ou epieu de chasse. Pourtant les monu­ments nous montrent un long couteau muni d’un crochet (harpè). Il s’agissait de frapper le taureau pour ensuite élargir la plaie avec le croc, afin d’obtenir un abondant flot de sang.

L’archigalle pouvait désormais porté la cou­ronne et l’occabus ou gros bra­celet d’or. investi par les quin­dé­cemvirs sacris faciundis, il appar­tenait à la hié­rarchie offi­cielle du sacerdoce romain.
D’abord accompli dans le port d’Ostie, la tau­robole fut célébré à partir d’Antonin le pieux dans un nouveau sanc­tuaire phrygien construit au Vatican.

On tau­ro­bolise sur l’ordre de Cybèle, des le milieu du second siècle ap, le sanc­tuaire du Vatican est le haut lieu de la consé­cration metroaque., devant l’actuelle basi­lique saint pierre. La tau­robole associé à un criobole, sacrifice du bélier auquel on arra­chait aussi les testicules.

On peut penser que la tau­robole honorait Cybèle et la criobole Attis, or l’apologiste chrétien clément d’Alexandrie (pro­trep­tique, 2, 15, 2) évoque le mythe de Zeus arra­chant au bélier ses deux tes­ti­cules qu’il jeta au beau milieu du sein de deo (terre mère), acquittant men­son­gè­rement la peine de sa vio­lence impu­dique, comme s’il s’etait mutile lui même. La vio­lence de Zeus envers deo rap­pelle la fécon­dation du rocher agdos. La tau­ro­bolisé est en somme "rené" comme Attis né une vie nou­velle. Un seul empereur se fait tau­ro­bolisé : hie­ro­gabale (218 222) mais pour s’emparer de la pierre noire !!!!

 Les réactions en gaule

 Un mythe plus ancien

Le récit légen­daire donné par vulcain dans un texte de sa Pharsale ainsi recons­titué met en scène une grande déesse-​​mère qui est le per­sonnage prin­cipal et qui épouse suc­ces­si­vement le dieu du ciel, Taranis (dieu céleste), et le dieu de la terre, Esus (démiurge, ordon­nateur du monde, médiateur entre le dieu de la vie et la mort).
Ce dernier apparaît, suivant les saisons, tantôt sous une forme humaine et sous le nom d’Esus, tantôt sous la forme d’un monstre hybride, moitié homme moitié cerf, Cernunnos.

En tant qu’Esus, le dieu est celui de la végé­tation et l’époux prin­tanier de la déesse-​​mère ; en tant que Cer­nunnos, il est le dieu des enfers, des morts et de la richesse. Il est devenu, à la fin de l’hiver, l’amant de la déesse-​​mère qui a quitté Taranis et ses chiens redou­tables pour le rejoindre sous la terre.

Encouragé et soutenu par la déesse-​​mère, le com­pagnon et pro­tecteur d’Esus, le héros Smer­trius, qui a été assimilé à l’Hercule romain, tue le molosse de Taranis, suivant un mythe qui rap­pelle le triomphe d’Héraclès sur le lion de Némée ou sur Cerbère.

Pour se venger, le dieu du ciel envoie un autre chien contre la déesse-​​mère et la trans­forme, elle et ses deux aco­lytes, en trois grues. Celles-​​ci recouvrent la forme humaine grâce à Hercule-​​Smertrius qui sacrifie, pour assurer leur nou­velle méta­mor­phose, les trois tau­reaux divins décou­verts par les Dios­cures avec l’assistance d’Apollon. Smer­trius aura également permis à Cer­nunnos, par le sacrifice d’un cerf, de revenir sous la forme humaine afin de retrouver la déesse-​​mère et de l’épouser. La religion que l’on vient d’évoquer est celle des Gaulois de La Tène

 Un rayonnement particulier

Les reli­gions orien­tales à mys­tères (culte de Cybèle et Attis, culte de Mithra) ont connu en Gaule un rayon­nement par­ti­culier, qui est dû en partie à des causes his­to­riques et géo­gra­phiques. L’abondance d’éléments grecs et orientaux dans la vallée du Rhône, entre Vienne et Lyon, a permis la dif­fusion rapide du culte de Cybèle, surtout à partir du règne d’Antonin.

 De réelles comparaisons

Cette large dif­fusion en Gaule des cultes orientaux paraît avoir été faci­litée dans une cer­taine mesure par les réelles ana­logies que pré­sentait leur rituel avec celui de la religion cel­tique.
C’est ainsi qu’à la céré­monie de l’arbor intrat , pro­cession du pin d’Attis, cor­res­pondait un usage gaulois ana­logue : les guer­riers gaulois trans­portant pro­ces­sion­nel­lement, à cer­taines dates de l’année, un arbre, qu’ils allaient ensuite jeter dans un puits.

Ce rite gaulois est attesté par une scène figurant sur le chaudron de Gun­destrup et par les arbres entiers, munis de leurs branches, de leurs racines et de leurs feuilles, décou­verts dans les puits funé­raires gallo-​​romains, notamment en Vendée et dans le Sud-​​Ouest.

Quant au tau­robole, il trouvait son équi­valent approché dans le sacrifice annuel des tau­reaux en l’honneur de la déesse-​​mère. On peut se demander si dans une large mesure, notamment à Lyon, le culte de la grande mère des dieux n’est pas venu se greffer sur un culte indigène des déesses mères.

Les figu­ra­tions décorant une série de chau­drons en bronze ou en argent, dont la plupart ont été décou­verts au Danemark, ont une origine gau­loise. Le chaudron de Brå porte, entre deux têtes de tau­reaux, une repré­sen­tation expres­sion­niste de la tête d’une chouette, associée à un serpent stylisé [10].

Nous pensons qu’il s’agit ici de la chouette et du serpent d’Athéna-Minerve, cette déesse ayant été assi­milée à la déesse-​​mère des Gaulois. On observe qu’elle est associée aux têtes de tau­reaux, sym­boles des sacri­fices qui avaient lieu en son honneur.
Sur la parure de Reinheim figure une Athéna cel­tisée, qui peut être assi­milée à la déesse-​​mère gau­loise. Sur le chaudron de Rynkeby apparaît l’une des plus anciennes repré­sen­ta­tions que l’on connaisse de la triade gau­loise, qui est invoquée par Lucain dans La Pharsale (I, 44) et qui semble être à la base du pan­théon gaulois

 Conclusion

Par décret des décu­rions, ce qui confère un caractère offi­cielle à l’acte reli­gieux. Le culte de Cybèle eut une grande extension géo­gra­phique : plu­sieurs sanc­tuaires à Rome, un important métrôon à Ostie, des temples dans toutes les pro­vinces et dans les grands centres métroaques de Lyon et de Vienne.

L’image de la déesse, cou­ronnée de tours et assise sur un char tiré par des fauves, était pré­sente dans tout l’Empire. Son culte, étroi­tement associé à celui de l’empereur, fut considéré comme une mani­fes­tation de loya­lisme à l’égard de celui-​​ci (le tau­robole étant géné­ra­lement accompli pour le salut de l’empereur et de sa famille).

Les den­dro­phores, chargés de porter le pin sacré lors des fêtes du prin­temps, furent à l’origine de cor­po­ra­tions à la fois reli­gieuses et pro­fes­sion­nelles regroupant les char­pen­tiers. Les autels tau­ro­bo­liques mani­festent la pérennité du culte de Cybèle et d’Attis jusqu’à la fin de l’Empire. [11]

Aux rêveries de la fon­dation, de la construction s’allient tous les sym­bo­lismes si riches de la « pierre d’angle », de la « pierre vive » qui vont du symbole bétyle, ou de l’omphalos (cf. la pierre noire de Cybèle) au sym­bo­lisme amplifié que constitue le temple (beith-​​el , « maison de Dieu », temple, qui a donné bétyle) et la simple maison.

 Bibliographie

Robert turcan, les cultes orientaux, les belles lettres, paris, 1992
Marcel le glay, la religion romaine, a colin, paris, 1997
Franz cumont, recherches sur le sym­bo­lisme funé­raire des romains, belles lettres, paris, 1966
John scheid, la religion romaine, a colin, paris, 1998



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