L’humanisme contemporain

samedi 3 mars 2012
par  Neimad
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Peut-on ressusciter l’esprit de l’humanisme, l’ouverture d’esprit pour les sciences et les religions, la confiance en l’homme et en ses possibilités ?

Avant de poser la question de son actualité, nous rappellerons quel a été l’humanisme à l’époque de la Renaissance, en essayant de dégager les concepts et les valeurs qui ont porté ce mouvement.



Qu’est-ce que l’humanisme ?


Après un rappel historique de ce que fut l’humanisme à la Renaissance, nous poserons une série de questions sur ce mouvement, sans rien oublier des critiques qui ont été formulées contre celui-ci à travers l’histoire. Nous essayerons d’apporter des éléments de réponses, l’humanisme contemporain étant justement un humanisme à construire.

De la Renaissance aux Lumières


L’humanisme est un mouvement intellectuel et culturel né au 15e siècle, à la Renaissance. Il se caractérise par un intérêt pour le savoir en général, par une croyance dans les potentialités de l’être humain. Les humanistes ont une vision positive de l’homme, ils pensent que l’homme est bon si on l’éduque, qu’il peut être à la fois manuel et intellectuel, bon en sciences et en lettres si on lui apprend. C’est pourquoi les philosophes, comme MACHIAVEL, cherchent à éduquer les princes, c’est pourquoi aussi les romans, comme Gargantua de RABELAIS, prennent la forme de romans initiatiques.

L’Homme est placé au centre des préoccupations, il prend la place que Dieu avait au moyen âge. Pour autant, les humanistes trouvaient important de diffuser les textes religieux pour être accessible à tous. Notons l’impression de la Bible de Gutenberg entre 1452 et 1455 et la traduction de la Bible en langue vernaculaire par ERASME en 1516. Certains humanistes, comme Pic de la MIRANDOLE, étaient d’ailleurs croyants. Nous ne sommes pas encore à l’époque des Lumières où les abus de l’Eglise aboutiront à une remise en cause de la religion, de la monarchie de droit divin et à l’invention du concept de laïcité.

L’homme, c’est la prise de conscience de cette autonomie de l’homme, des droits et des devoirs qu’elle confère. [1]

On confond parfois l’humanisme avec un retour à l’antique, une fascination pour la civilisation gréco-latine qui se manifeste à la fois par la peinture, la littérature et la philologie. En réalité, la fascination pour l’Antiquité existait durant tout le moyen âge.

Les Lumières doivent beaucoup à l’humanisme. La querelle qui opposait le "droit naturel" (les lois de la société trouvent leur source dans la nature) au "contrat social" (la société est un pacte entre les hommes) trouvera sa solution dans le Contrat social de ROUSSEAU, le Léviathan de HOBBES, le Traité du gouvernement civil de LOCKE. Dieu sera définitivement écarté du monde et l’homme se retrouvera seul responsable de son devenir. Les humanistes pensaient changer la société en changeant l’homme, les philosophes des Lumières écriront qu’il faut changer la société pour changer l’homme. Ces idées aboutiront à guerre d’indépendance américaine et à la Révolution française, comme on peut le voir en lisant La Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

L’humanisme est-il une forme d’anthropocentrisme ?

Certains critiqueront la place démesurée accordée à l’homme, cet homme promothéen que s’efforcera de décrire NIETZSCHE, ce Surhomme qu’il voit naître au milieu d’une société relativiste et individualiste où Dieu est mort. Descartes fera basculer l’univers sur les bords de la conscience humaine. Je pense donc je suis, écrit-il. Si l’homme pense, alors le monde peut être. Mais DESCARTES ne franchit pas le cap et croit encore en Dieu. Les philosophes Husserl, Sartre et Merleau-Ponty continueront ce travail, chacun à sa manière : l’homme comme sujet de l’intention (HUSSERL), l’homme comme sujet de sa propre négation (SARTRE) [2], l’homme comme sujet de la perception (MERLEAU-PONTY). Seul HEIDEGGER sortira de l’individu pour interroger de nouveau l’Etre, pour ne pas nommer Dieu.

Les écologistes pourront accuser l’humanisme d’anthropocentrisme. Que deviennent les autres espèces, la sauvegarde de la biodiversité si l’homme est le seul être vivant digne de respect ? Les écologistes expliqueront que l’homme fait partie d’un écosystème, d’un organisme vivant qui s’appelle la Terre, ils s’attaqueront au privilège dont l’homme a cru bénéficier durant des millénaires [3], ils rappellerons que la définition de l’homme a changé au cours des siècles et qu’on ne fait plus de hiérarchie aujourd’hui entre les différentes peuples. Les animaux d’aujourd’hui sont-ils les "nègres" d’hier que nous envoyons chaque jour à l’abattoir ? Les générations futures nous jugeront-ils pour notre inhumanité  ?

Nous pouvons répondre à ces critiques que l’humanisme est une réaction contre une autre domination, celle de la tradition, du préjugé, qu’il s’agisse d’obéir aux ordres de la noblesse ou de croire que la Terre est plate. L’homme de l’humanisme n’est pas un homme contre le monde, mais un homme libéré du monde. Sa place reste encore à définir. S’il est difficile de penser la survie de l’espèce humaine sans la survie des autres espèces de la planète, il est encore plus difficile de croire que l’on pourrait sacrifier l’homme pour leur survie. Le concept de "développement durable" est peut-être un début de réponse.



L’humanisme est-il un nihilisme ?


D’autres accuseront l’humanisme de saper la source de la moralité en effaçant toute référence à Dieu et à la Bible. Quand SARTRE écrit L’existentialisme est un humanisme au sortir de la guerre (1945), il ouvre un abîme sous l’homme, celui de sa liberté absolue à l’égard du monde : « Il n’y a d’autre univers qu’un univers humain, l’univers de la subjectivité humaine ».

L’homme est seule responsable de ses pensées, de ses croyances et de ses actes à l’égard des autres et du monde [4]. MERLEAU-PONTY décrit très bien le mécanisme de cette responsabilité :

Tout engagement est ambigu, puisqu’il est à la fois l’affirmation et la restriction d’une liberté : je m’engage à rendre ce service, cela veut dire à la fois que je pourrais ne pas le rendre et que je décide d’exclure cette possibilité. De même mon engagement dans la nature et dans l’histoire est à la fois une limitation de nos vues sur le monde et ma seule manière d’y accéder, de connaître et de faire quelque chose. [5]

La pensée de SARTRE renverse ainsi le stoïcisme antique : ce ne sont plus seulement ses pensées que l’homme a le pouvoir de changer, c’est son attitude à l’égard du monde. Si l’homme donne sens à l’univers qui l’entoure, cela veut-il dire que l’univers n’a aucun sens pour lui-même ? L’humanisme est-il un nihilisme ? SARTRE, dans L’Etre et le Néant, ne dit-il pas lui-même que "l’homme est une passion inutile" ?

Pour SARTRE, il ne sert à rien de sauver l’homme de lui-même, car le propre de l’homme est de se perdre dans sa liberté. Sartre nous avertit : donner un sens à la place de l’homme dans l’Univers, au cheminement de l’histoire humaine, ce n’est pas sauver l’humanité, c’est l’emprisonner dans une idéologie.

Le culte de l’humanité aboutit à l’humanisme fermé sur soi de Comte et, il faut le dire, au fascisme. [6]

Si l’humanisme fermé aboutit au fascisme, à quoi ressemblerait un humanisme ouvert à toutes les possibilités de l’existence ? DOSTOIEVSKI faisait dire à l’un de ses personnages que "si Dieu n’existe pas, alors tout est permis". De même, PASCAL, la fragilité de l’homme est seulement supportable si l’on prend conscience de la place de l’homme dans l’Univers. Il propose d’ailleurs aux agnostiques un pari, qui peut se résumer ainsi : faites le pari que Dieu existe et suivez ses commandements ; si vous avez raison, alors vous serez récompensés ; si vous avez tord, au moins vous aurez eu une vie vertueuse. Ce faisant, PASCAL utilisait la raison contre elle-même, il démontrait que la raison est bornée aux connaissances positives que l’on peut avoir sur ce monde, mais qu’elle ne dit rien sur l’au-delà, s’il existe. On répondra à ce pari de deux manières :

  • le pari de Dom Juan, tout d’abord, qui consiste à profiter de cette vie sans s’alourdir des tabous et des questions morales, car on ne peut pas savoir si le pari de Pascal en vaut le coup ;
  • une moralité "païenne" existe, que cela soit la morale kantienne (la loi morale est un "impératif catégorique" qui n’a pas besoin de justification, le bien et la justice sont des idées qui s’imposent à l’homme [7]) ou les morales utilitaristes (l’homme a plus de chances de survivre en société s’il s’occupe de son prochain que le contraire, etc.).

A la morale religieuse s’oppose ainsi la loi de l’homme, la règle que l’homme se donne à lui-même. Ainsi, la tentation de vouloir accomplir l’homme par un programme ou une doctrine serait une démarche contraire à l’humanisme, qui s’appuie sur la liberté de l’homme. L’humanisme fermé dont parlait Sartre serait ainsi de l’anti-humanisme. Le fascisme serait à l’exact opposé des valeurs prônées par l’humanisme [8], son côté obscur si l’on veut.

La Raison est-elle un nouveau Dieu ?


D’autres critiqueront la primauté à la Raison, comme un nouveau dieu. En concevant l’homme comme un animal rationnel, Durkheim a inventé la sociologie, Lévi-Strauss a révélé les structures sous-jacentes des sociétés, des langues et des mythes, Foucault a montré les structures invariantes de notre société, Freud a analysé l’Inconscient et les rêves… Ces structures semblent échapper à la volonté, à l’individu, elles apparaissent seulement en comparant entre elles les paroles et les actions des hommes. La subjectivité devient une illusion [9]. N’y a-t-il donc aucun sens ? Einstein se posera la même question concernant la physique quantique et l’explication des phénomènes par des probabilités : l’Univers peut-il se réduire à un jeu de dés ? [10]

Dès lors, que manque-t-il à la Raison ? Des valeurs, des croyances, le sentiment esthétique ? Le chaos dont a besoin le créatif pour faire émerger un ordre nouveau ? Ces critiques contre la raison sont aussi des critiques contre la philosophie, la logique et la science.

Mais l’humanisme part de la raison, non pour glorifier une entité abstraite, mais pour user du seul outil qu’il peut maîtriser, qu’il peut mesurer à l’aune de ses propres pensées, la raison, la logique ou la faculté de juger, selon les différentes appellations qu’on peut lui donner. La raison est donc au service de l’homme, et non l’inverse. Prouver que le monde, la société – et l’homme lui-même – répondent à une logique qu’il est possible à l’homme de comprendre, ce n’est pas rabaisser la place de l’homme au sein de la Nature, c’est au contraire montrer que cette Nature est compréhensible et accessible à l’homme, ce roseau pensant, disait Pascal.

En lisant les travaux des matérialistes, il ne faut jamais oublier que tous les travaux des neurobiologistes sur les mécanismes de la pensée, par exemple, ne sont possibles que parce que l’homme est capable d’étudier et de comprendre la matière dont il est fait. Cela n’est-il pas incroyable ? Cela n’est-il pas étonnant ? Cela n’est-il pas beau ?

Peut-on être humaniste et croyant à la fois ?


Parmi les humanistes modernes, nous pourrons citer des personnages comme Teilhard de CHARDIN (jésuite et paélontologue), Emmanuel MOUNIER (le père de l’existentialisme chrétien), Théodore MONOD (un des plus grands spécialistes des déserts), tous trois scientifiques, chrétiens et humanistes. Or, nous avons vu que l’humanisme interrogeait la nature à partir de la raison. Peut-il se mêler à la croyance sans se contredire ? Oui, si l’homme reste humble face à la nature.

Teilhard de CHARDIN décrivait dans Le phénomène humain comment les éléments matériels s’étaient enchaînés jusqu’à l’apparition de l’homme, dans une solution de continuité. Il suivait pas à pas le cheminement de la nature avec la seule espérance de voir dans cette succession de causes et d’effets la marque d’un plan divin.

Théodore MONOD, quant à lui, essayait de relier les différents monothéismes autour de la même foi. Il donnait l’image de la montagne que les croyants des différentes religions gravissent d’un versant différent, même si à la fois tout le monde se retrouve au même sommet. En tant que chrétien, il s’ouvrait ainsi aux autres religions du livre. En tant qu’humaniste, il essayait de rationaliser la diversité des dogmes. Le phénomène religieux devenait ainsi une expérience vécue par des millions de croyants qu’il s’agissait d’expliquer, les dogmes constituant des explications différentes du même phénomène [11].

L’humanisme du XXe siècle était un humanisme chrétien. Quel sera l’humanisme du XXIe siècle ?



Peut-on encore avoir confiance en l’homme ?


Pour Michel FOUCAULT, l’homme est une inventée datée. C’est un concept européen né au 15e siècle. L’homme est l’effet d’une évolution du savoir humain. La connaissance scientifique donne aujourd’hui une autre place à l’homme. Il n’est plus au centre de l’univers, il n’est plus l’auteur des changements dans la société, comme les crises récentes nous l’ont montré [12], il n’est plus l’inventeur des découvertes scientifiques qui sont celles aujourd’hui des laboratoires de recherche et des groupes pharmaceutiques. Il semblerait que l’on puisse prédire la fin prochaine de l’homme au sens où l’humanisme l’entendait [13].

Le concept de l’homme occidental hérité de la Renaissance risque aujourd’hui de basculer devant la conception matérialiste de la science ou devant celle, plus mystique, du retour du religieux. La conception de l’homme libre, seul face au monde, serait définitivement abîmé dans celle d’un homme déterminé par sa date de naissance, sa nationalité, sa langue, sa biologie, ses hormones, sa nourriture, ses revenus, son patrimoine, son réseau, son groupe social, ses croyances religieuses, etc. Le philosophe LEVINAS apporte une solution au problème d’une liberté conçue comme opposition à l’autre et au monde. Pour lui, la responsabilité de l’homme à l’égard d’autrui est antérieure à toute autre action, à toute autre pensée [14], ce qui revient à dire que les « autres » sont toujours en arrière-fond de sa pensée, comme un écrivain qui s’adresse à des lecteurs imaginaires. L’homme naît dans une famille, entouré d’hommes et de femmes, il apprend à communiquer avec eux, et même s’il s’enfuie un jour dans le désert ou dans le Grand Nord, il rêvera encore des hommes, comme dans le film Seul au monde avec Tom HANKS. La liberté de l’homme n’est pas incompatible avec celles des autres hommes [15]. Au contraire, la liberté d’un homme à faire des choix passe par assumer son existence au milieu des hommes. LEVINAS rencontre ici, sans le vouloir, le Surhomme de NIETZSCHE. A une différence près : l’homme ne s’accomplit vraiment qu’en aidant les autres à se libérer, qu’en permettant la société de changer et de s’améliorer.

Récemment, le Printemps arabe a montré que les peuples soumis pouvaient un jour se révolter [16]. Les Indignés ont porté dans le monde entier le masque de Vendetta. Partout, des manifestations pacifiques ont renouvelé l’action non-violente de Gandhi. Il n’est peut-être pas trop tard.

Comment accoucher d’un nouvel humanisme ?


Mais l’histoire ne se répète pas. L’humaniste de la Renaissance était un Européen qui appuyait sa pensée sur les penseurs de l’Antiquité. L’humaniste du 21e siècle sera un être humain ouvert aux autres cultures. L’humanisme contemporain ne sera pas un mouvement homogène, mais une myriade de courants de pensée au sein d’un univers mondialisé, éclaté et en perpétuel mouvement.

Il ne s’agit pas non plus de se perdre dans l’action, d’oublier l’histoire et de la refouler (pour mieux la revivre ?), de nier tous les conditionnements et les contraintes qui sont les nôtres [17] : nous savons quel rôle a joué l’Histoire dans l’apparition de l’humanisme et dans sa diffusion. Nous savons aussi que l’intellectuel du Moyen Age ou de la Renaissance voyait comme un ami tel homme de l’Antiquité [18]. Les siècles qui les séparaient n’avaient pas d’importance. L’unité de pensée les rapprochait [19]. Rapprochons à notre tour des humanistes de la Renaissance, bravons les siècles et voyons si l’humanisme n’a pas un avenir.

Il appartiendra à certains hommes de servir de guide, de repères, comme des phares dans la tempête, de rappeler les valeurs et les croyances, de diffuser ce qui mérite d’être connu, de recueillir ce qui mérite d’être sauvegardé, de réunir et de réaliser de nouvelles synthèses, de proposer des chemins nouveaux et de briser les chaînes que l’humanité s’évertue à inventer à chaque nouvelle génération. Il n’est pas dit qu’il n’y aura pas de conflits, de luttes et de violence, mais l’humaniste devra dénoncer les effets de la dynamiques de groupe [20], les enchaînements de paroles et d’actes qui mènent à la violence. L’humanisme contemporaine n’est ni une idéologie, ni un parti politique. Le reste est à inventer.

Pour notre part, nous désirons seulement apporter une expression porteuse de sens, « l’humanisme contemporain », à ceux qui voudrons bien nous lire. Ce faisant, nous entendons rendre hommage à tous les humanistes, de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui.

A ceux à qui ce projet parle, je leur demande de poster ici, sur le site Internet de Projet 22, leurs idées ou leurs propositions pour définir « l’humanisme contemporain » et lui donner vie. Il ne suffit pas de le nommer, comme le Golem de la légende, il faut encore lui créer des bras et des jambes. Projet 22 pourrait publier un manifeste, contacter des intellectuels, des associations, organiser des conférences-débats… Qui est partant ?

Quelques propositions


Voici quelques propositions :

1 / Définir l’humaniste en cinq points ou cinq principes, par exemple :

  • la connaissance  : l’homme se libère par la connaissance (du monde, de soi-même et des autres), d’où l’importance de l’avancée des sciences, de la diffusion de la connaissance et de la vulgarisation scientifique,
  • l’éthique  : l’homme libre est responsable des autres hommes (éthique) et du vivant en général (bioéthique),
  • l’indépendance de l’homme à l’égard de toute forme de transcendance (Dieu, le destin, le karma ou autre…),
  • la laïcité permet de respecter les croyances de chacun,
  • la confiance dans les potentialités de l’être humain.

2 / Faire la liste des intellectuels « humanistes » d’aujourd’hui dans la perspective de les contacter et d’échanger avec eux sur ce projet.

3 / Faire la liste aussi des bien des préjugés à combattre (en commençant par les siens) que des outils qui peuvent permettre à l’homme de se libérer.

4 / Chercher des exemples dans l’actualité ou dans l’histoire qui montrent la faculté de l’homme à se changer et à changer le cours des choses.

5/ Oser imaginer qu’un autre monde est possible.

Qu’en pensez-vous ?

___

Ce monde est à nous, changeons-le !


[1] Joël ROMAN, Chroniques des idées contemporaines, Bréal, Rosny, 1995.

[2] Voir Sartre, L’Etre et le Néant, 1943.

[3] La Genèse indique d’ailleurs que l’homme a été créé pour dominer la Terre.

[4] C’est parce que cette responsabilité crée une angoisse "existentielle" que l’homme se ment à lui-même, ce que Sartre appelle la mauvaise foi, qu’il est près à accepter toutes les aliénations et toutes les servitudes. SARTRE répond ainsi à LA BOETIE, qui cherchait à comprendre dans son Discours sur la servitude volontaire (1549) pourquoi les hommes se laissent asservir par d’autres hommes alors même qu’ils ont les moyens de se révolter.

[5] Maurice MERLEAU-PONTY, Sens et non-sens, Paris, 1947, Nagel, pp. 124-125.

[6] Jean-Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, Paris, 1946, Nagel, pp. 90-94.

[7] Des pillards qui volent un trésor saisissent d’emblée qu’il est plus "juste" de répartir le trésor en part égale ; un pillard floué crierait à l’injustice !

[8] C’est ce qu’affirme DERRIDA dans Marges en s’opposant à HEIDEGGER.

[9] Ce n’est pas un hasard si les chercheurs en neurosciences s’intéressent au bouddhisme pour expliquer l’esprit humain : pour le bouddhisme, il n’existe pas de substance, seulement des agrégats ; il n’existe pas de sens, seulement le karma, autrement dit la relation de causalité étendue sur plusieurs vies.

[10] Le philosophe allemand Martin HEIDEGGER accusera l’humanisme de créer lui-même cette aporie : c’est parce que l’humanisme part du postulat que la métaphysique (ce qui est au-delà de la physique) n’existe pas qu’il aboutit à la conception d’un monde physique, matériel, causal… dénué de sens : « Tout humanisme reste métaphysique. Non seulement l’humanisme, dans sa détermination de l’humanité de l’homme, ne pose pas la question de la relation de l’être à l’essence de l’homme, mais il empêche même de la poser, en ne la reconnaissant ni ne la comprenant pour cette raison même qu’il a son origine dans la métaphysique. », in Lettre sur l’humanisme, trad. franç. de Über den Humanismus par Roger Munier, Paris, Éditions Montaigne, 1957, p. 51.

[11] D’ailleurs, l’image de la montagne pourrait aussi s’appliquer à des religions polythéistes.

[12] Mais ne l’a-t-il jamais été ? Jacques RANCIERE accusait les bourgeois de chanter la « chanson humaniste » pour persuader les prolétaires qu’ils sont responsables de leur sort. Voir Jacques RANCIERE, La leçon d’Althusser, Gallimard, Idées n°294, 1975 ; La fabrique édition, 2012.

[13] La fin prochaine de l’homme viendrait ironiquement remplacer la fin de l’Histoire, prônée par MARX. Les marxistes croyaient en effet en une fin de l’histoire, où l’homme serait libéré des contingences matérielles et des contraintes économiques (pour simplifier). Le philosophe Althusser pensait que les marxistes se trompaient, que l’homme ne maîtrisait par l’Histoire. Voir Louis ALTHUSSER, Pour Marx, Maspero, coll. « Théorie », 1965 ; réédition augmentée (avant-propos d’Étienne Balibar, postface de Louis Althusser), La Découverte, coll. « La Découverte / Poche », 1996.

[14] « Par cette susceptibilité, le sujet est responsable de sa responsabilité, incapable de s’y soustraire sans garder la trace de sa désertion. Il est responsabilité avant d’être intentionnalité. » Cf. Emmanuel LEVINAS, Humanisme de l’autre homme, Montpellier, 1972, Fata Morgana, pp. 72-75.

[15] Selon l’adage bien connue : « la liberté des uns finit là où commence celle des autres ».

[16] Certains diront que les révolutions tunisienne et égyptienne, par exemple, n’ont pas apporté les changements escomptés, puisque les Islamistes sont arrivés au pouvoir. Le pouvoir de changer l’Histoire est plus importante encore que la réalisation effective de la libération, car l’erreur fait partie du chemin. Etre libre, c’est aussi avoir le droit de se tromper. Nous mesurons tout le danger de cette affirmation. Prévenir le danger est essentiel, mais cela ne veut pas dire restreindre la liberté de prendre ce risque, à moins qu’elle ne soit dommageable pour autrui. La prévention des risques n’est pas seulement une pratique, c’est une politique et une philosophie.

[17] La question du temps, de l’argent… même si ces contraintes tirent leur force du fait que l’homme croit qu’elles sont purement objectives et qu’il n’a pas d’autre solution que de les accepter.

[18] Il ne s’agissait pas seulement d’un autre penseur, d’un écrivain comme Sénèque ou Cicéron, mais aussi d’un « grand homme », comme Solon ou Périclès, qui mettait en pratique les vertus vantées par d’autres.

[19] Les hommes de l’Antiquité ne sont pas seulement concernés. Pensons à Saladin. En ce Par les égards qu’il montra à l’égard de ses ennemis vaincus, il montra le respect dans lequel il tenait l’homme, au-delà des différences de culture et de religion. Il se libéra lui-même de l’esprit de vengeance qui aurait pu l’animer. Saladin n’était-il pas humaniste dans l’âme ?

[20] S’opposer à un deuxième groupe pour s’unir, exclure les plus faibles pour s’unir, s’unir pour ne pas être seul, ne pas être seul pour ne pas être faible, etc.


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Commentaires

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jeudi 10 janvier 2013 à 15h01 - par  ianop

Pour être révolutionnaire, l’humanisme doit sortir du carcan rationaliste hérité des siècles précédents. Il ne faut pas le repenser, il faut s’en débarrasser. La connaissance de soi est peut-être salutaire, mais il se trouve que ce n’est pas cette connaissance-là qui sous-tend les avancées de la science contemporaine, axées principalement sur une compréhension matérialiste du monde - et donc superficielle (quand elle n’est pas tout simplement dangereuse pour l’écosystème).
L’humanisme, pour être efficace, doit s’appuyer sur autre chose que la science, l’économie ou la psychanalyse. Loin de prendre ses distances vis à vis du "transcendant", il pourrait au contraire cesser de tout réduire à une représentation purement mécanique de la nature et commencer à s’intéresser à ce qu’il y a de différent dans l’homme, plus particulièrement dans son rapport à l’irrationnel, que ce soit dans l’art, dans ses croyances, dans les manifestations insolites attachées à ces croyances, dans son aspiration à être une créature reliée et non plus séparée. Un authentique humanisme ne doit pas s’opposer à cette partie obscure de l’humanité, car c’est en elle que se trouve sa libération.
L’humanisme classique voulait sortir de ce qu’il appelait le "Moyen Age". Pour ma part, je trouve qu’il y a plus d’humanisme dans les cathédrales ou dans les figures cosmogoniques des indiens Hopi que dans toutes les spéculations des philosophes contemporains. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille attribuer aux sociétés du passé une sagesse automatique. Mais nous devons tenir compte de ce passé d’aspirations diverses pour évoluer et non nous détacher de lui sous prétexte que nous serions devenus "adultes" et "responsables" après avoir vendu notre âme au dieu Technologie.

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